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Auteur : Noël Bernard
Date de saisie : 03/11/2010
Genre : Photos
Editeur : Cercle d'art, Paris, France
Collection : Photographie Contemporaine
Prix : 60.00 € / 393.57 F
ISBN : 9782702209288
GENCOD : 9782702209288
Sorti le : 19/11/2010
«Je ne photographie pas la danseuse mais la danse, pas l'oiseau mais le vol, pas le cheval mais la course.»
André Naggar
Tout l'art de Naggar consiste à faire des tableaux avec un appareil photographique. Là où la peinture utilise habituellement un pinceau et de la peinture, Naggar emploie «sa boîte à images». Il s'agit pour lui de rendre évident le sentiment de beauté et de joie ressenti face au spectacle émouvant qu'il photographie.
«André Naggar, depuis longtemps, qualifie de «mentales» ses images photographiques.
Comment une image, qui nous montre du visible et qui en est composée, peut-elle nous donner à voir ce qui, par essence, passe pour invisible ? Les choses, bien sûr, ne sont pas aussi simplement distinctes, aussi tranchées, mais les photographies d'André Naggar nous mettent face à une telle étrangeté qu'il faut bien s'interroger sur leur nature : celle de leur visibilité.
Doit-on mettre en question le visible ? Cette pensée, en tout cas, ne se laisse pas écarter de sorte qu'elle conduit vers une histoire de l'oeil en rupture avec nos perceptions habituelles.»«L'oeil n'est pas neutre, on le sait tout en ne cessant de l'oublier.
Certains vont jusqu'à dire que l'oeil possède l'équivalent d'une conscience interne destinée à trier l'essentiel pour en faire notre vue.»
«La réalité visuelle serait donc inséparable de la production de l'apparence.
La photographie aurait d'ailleurs dû nous apprendre que l'objectif révèle couramment son contraire, c'est-à-dire le subjectif.»
«Mais, nouveau paradoxe, le subjectif, du moins dans le domaine photographique, est souvent caractérisé par la justesse du regard si bien que ses images opèrent un dévoilement : elles écartent les stéréotypes de la vision ordinaire et montrent les choses telles qu'en elles-mêmes.»
«Qualifier de «mentales» des images photographiques garde l'allure d'une provocation tant qu'on ne saisit pas ce qui, dans leur composition, rend anormale leur visibilité.
Tout se situe à l'intérieur d'une contradiction puisque, regardant l'une de ces photographies, on est bien face à du visible et qui, tout à fait normalement, se manifeste sous la forme d'une image, mais cette image se dérobe dans sa propre visibilité faute de ressemblance.»
«Le fait qu'il s'agisse d'une photographie accentue l'effet troublant de cette situation puisqu'on ne saurait douter que voilà bien un travail sur le visible effectué avec des moyens visuels. Le spectateur ne s'évade
d'une perplexité sans issue qu'en se disant qu'André Naggar a dû agir sur ces images tout comme agit sur elles le passage à travers l'oeil vers l'intériorité. Une image mentale ressemble à une image visuelle
sauf qu'elle a subi une espèce de transmutation qui a changé sa nature.
Elle est maintenant évocatrice plutôt que ressemblante.»
Extrait du texte de Bernard Noël
André Naggar, depuis longtemps, qualifie de "mentales" ses images photographiques. Comment une image, qui nous montre du visible et qui en est composée, peut-elle nous donner à voir ce qui, par essence, passe pour invisible ? Les choses, bien sûr, ne sont pas aussi simplement distinctes, aussi tranchées, mais les photographies d'André Naggar nous mettent face à une telle étrangeté qu'il faut bien s'interroger sur leur nature : celle de leur visibilité. Doit-on mettre en question le visible ? Cette pensée, en tout cas, ne se laisse pas écarter de sorte qu'elle conduit vers une histoire de l'oeil en rupture avec nos perceptions habituelles.
BERNARD NOËL
André Naggar, depuis longtemps, qualifie de «mentales» ses images photographiques. Comment une image, qui nous montre du visible et qui en est composée, peut-elle nous donner à voir ce qui, par essence, passe pour invisible ? Les choses, bien sûr, ne sont pas aussi simplement distinctes, aussi tranchées, mais les photographies d'André Naggar nous mettent face à une telle étrangeté qu'il faut bien s'interroger sur leur nature : celle de leur visibilité. Doit-on mettre en question le visible ? Cette pensée, en tout cas, ne se laisse pas écarter de sorte qu'elle conduit vers une histoire de l'oeil en rupture avec nos perceptions habituelles.
L'oeil n'est pas neutre, on le sait tout en ne cessant de l'oublier. Certains vont jusqu'à dire que l'oeil possède l'équivalent d'une conscience interne destinée à trier l'essentiel pour en faire notre vue. La réalité visuelle serait donc inséparable de la production de l'apparence. La photographie aurait d'ailleurs dû nous apprendre que l'objectif révèle couramment son contraire, c'est-à-dire le subjectif. Mais, nouveau paradoxe, le subjectif, du moins dans le domaine photographique, est souvent caractérisé par la justesse du regard si bien que ses images opèrent un dévoilement : elles écartent les stéréotypes de la vision ordinaire et montrent les choses telles qu'en elles-mêmes.
Il est vrai qu'une incertitude subsiste quant à ce que nous voyons. Chacun, évidemment, est persuadé qu'il y a identité entre ce qu'il voit et les choses vues, alors que le regard se contente d'identifier la chose en nous la désignant sous son nom. L'acte visuel se borne en général à la nomination du visible, et cette nomination nous rassure en nous garantissant la stabilité de notre environnement et sa ressemblance continue avec l'image que nous en avons.
Un clin d'oeil suffit pour que nous sachions à quoi nous en tenir. Et ce clin d'oeil, simple constat de reconnaissance, n'est en soi ni un regard, ni une perception, ni même une attention.
Le clin d'oeil fournit une information, puis il s'éteint ou passe à une autre. Il est sans trace, donc sans durée. Il est expéditif et somme toute verbal autant que visuel puisque le nom de l'objet lui suffit sans nul besoin qu'il soit réfléchi. Le clin d'oeil ne se prolonge pas en perception : ce qu'il communique est trop rapide, trop immédiat. On pourrait dire qu'il fournit une représentation qui ne se «mentalise» pas et fonder là-dessus la distinction entre l'image visuelle et l'image mentale.
La première relève de l'impression : elle jaillit de l'oeil vers l'intérieur et s'efface dès qu'identifiée. Elle n'est que rétinienne, et demeure superficielle. La seconde est tout intérieure et déjà élaborée. Elle est immédiate et cependant réfléchie, en quelque sorte reconçue dans et par l'espace au milieu duquel elle s'affirme à travers références et reconnaissance.
Mais qu'est-ce que l'intérieur, que l'intériorité ? Ce dernier mot est lié à une histoire ancienne et riche. Cette histoire situe l'intériorité du côté de la seule expérience spirituelle alors que, désormais, il faut considérer son espace comme faisant partie du corps - de la vie interne du corps. Il importe par conséquent de le redéfinir en soulignant que l'intériorité est en nous le lieu de la métamorphose où la vision se transforme par le moyen d'une symbolisation, qui en fait l'origine de notre activité mentale. Vaudrait-il mieux parler d'espace mental ? Probablement pas pour la raison que le mot «intériorité» est plus physique et qu'il s'étend au mental.
La langue est née du processus de symbolisation bien avant que se forme celle dont nous avons l'usage. Difficile de mesurer ce qui paraît aller de soi depuis si longtemps que la pratique en paraît acquise depuis toujours. Tous les mots courants condensent une information visuelle devenue le nom des plantes, des gestes, des postures, des choses : ces mots nous dispensent de nous représenter les images qu'ils symbolisent tant ils leur sont directement associés. Le mot «arbre», par exemple, est l'abstraction de tous les arbres aussi longtemps que nous n'éprouvons pas la nécessité de savoir quel genre d'arbre est là.
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