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.. La perruque de Monsieur Régnard

Couverture du livre La perruque de Monsieur Régnard

Auteur : Henri Troyat

Date de saisie : 06/11/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 9782877066815

GENCOD : 9782877066815

Sorti le : 03/11/2010

  • Les présentations des éditeurs : 06/11/2010

De Jean-François Regnard, écrivain français de la fin du XVIIe siècle, que savons-nous ? Qu'il est né en 1655, c'est-à-dire qu'il avait trente ans de moins que Molière. Que ses comédies ont eu beaucoup de succès et que l'une d'elles, Le Légataire universel, est encore au répertoire. Mais c'est tout. Une notice dans un dictionnaire : ce qui reste en général d'un bon auteur. L'histoire ne retient que les plus grands.

Mais c'est peut-être parce qu'il est complètement oublié qu'Henri Troyat a pu en faire un personnage de roman. Il a eu l'idée de nous raconter la vie de Regnard, en se servant du peu que l'on connaît de sa biographie et en laissant son imagination remplir les blancs.

Il a placé auprès de lui un compagnon de son âge. Les deux jeunes gens partent pour l'Italie, et c'est le début d'une série d'aventures et de voyages. Ce sont des amis inséparables, mais le moins qu'on puisse dire est que leur amitié n'est pas exemplaire. L'un est riche, cynique, brillant, séducteur, sans scrupule. L'autre, qui n'est pas moins doué, le suit comme son ombre, accepte son infériorité, ne songe jamais à se révolter. C'est le premier qui devient célèbre, mais c'est le second, pour finir, qui portera la perruque du premier : la perruque de Monsieur Regnard.

Et c'est une fois de plus l'occasion de nous laisser entraîner par le talent d'Henri Troyat, romancier à l'invention inépuisable, enchanté par les caprices, les fantaisies, les imprévus de l'existence, mais qui n'ignorait rien des noirceurs de l'âme humaine.

Né en 1911 à Moscou, Henri Troyat s'est éteint, en 2007, en France, où il vivait depuis 1920. Profondément marqué par les récits de ses parents sur la Russie d'avant 1917 et par son enfance de Russe blanc, il a écrit plus d'une centaine de romans (Aliocha, Le Fils du satrape, Namouna ou la Chaleur animale...) et de grandes sagas romanesques (Les Semailles et les Moissons, La Lumière des justes...). En 1938, il obtient le prix Goncourt pour L'Araigne. Il est également le biographe de romanciers russes - Dostoïevski, Pouchkine, Tolstoï... - et français - Baudelaire, Flaubert, Maupassant, Zola. Son dernier roman La Traque est paru en 2006 (Grasset) ; sa dernière biographie est consacrée à Boris Pasternak (Grasset, 2006).


  • Les courts extraits de livres : 06/11/2010

Quand Jean-François Regnard me proposa de partir avec lui pour l'Italie, je compris qu'il me considérait comme son meilleur ami. En quoi avais-je mérité cette faveur ? Je me le demande encore. Nous avions vingt-deux ans l'un et l'autre en 1677. Nous nous étions connus quelque six ans plus tôt en travaillant comme apprentis dans la mercerie de son beau-frère, Siméon Marcadé. A vrai dire, parmi cette atmosphère familiale, Jean-François en prenait à son aise, servant les clients avec désinvolture, puisant dans la caisse pour se payer de menus plaisirs et quittant le magasin lorsque l'envie le chatouillait de se dégourdir les jambes. Sa soeur Marthe lui vouait une adoration toute maternelle. Il avait une autre soeur, Anne, l'aînée, également mariée à un mercier, et qui logeait dans la même maison. La quatrième soeur, Jeanne, avait épousé un frère de Siméon Marcadé, Pierre, gros marchand lui aussi. Seule la troisième soeur, Marguerite, avait choisi la religion et était entrée au couvent des Récollettes du Faubourg Saint-Germain sous le nom de Soeur du Saint-Esprit. Moi qui suis fils unique, j'enviais Jean-François pour cet entourage de femmes, toutes aux petits soins pour le seul mâle du groupe. Orphelin de père, il avait encore sa mère, une veuve belle et riche, qui prêtait de l'argent au denier sept et ne refusait jamais de nous aider dans nos frasques d'adolescents. Jean-François avait fait quelques études dans un bon collège et avait quitté les bancs de la classe à quinze ans. Il savait un peu de latin et écrivait des vers pour s'amuser. Moi, j'en étais alors incapable. Je me suis rattrapé depuis.
Comme Jean-François était très dégourdi pour son âge et volontiers phraseur, son beau-frère Siméon lui confiait parfois une mission délicate. Les Marcadé ne vendaient pas seulement de la mercerie et des gants. Ils faisaient aussi commerce d'orfèvrerie. A plusieurs reprises, Jean-François fut expédié à l'étranger avec des bijoux à écouler. Il visita ainsi l'Italie et poussa même jusqu'à Constantinople. Du moins me l'affirma-t-il sous la foi du serment. Mais je le soupçonnais d'être fort brodeur sur le chapitre de ses aventures orientales. En tout cas, lorsqu'il abandonna son apprentissage, en 1673, il avait déjà considérablement vagabondé hors de France. Bien que n'étant plus employé de son beau-frère, il venait souvent au magasin, rue Saint-Denis, à l'enseigne du Dauphin, pour bavarder avec ses anciens compagnons.


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