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Auteur : Janine Massard
Date de saisie : 05/11/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Bernard Campiche, Orbe, Suisse
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 9782882412720
GENCOD : 9782882412720
Sorti le : 26/09/2010
Mais qui sont ces personnages décalés, habités par des rêves et que la réalité ne ménage pas ? Des grands ducs humains, un grand-père mutant, un toxicomane qui croit avoir mangé du soldat de Napoléon, un autre qui confesse appartenir au monde des fantasmes nocturnes, un vieil homme infirme qui prend un pan de son passé en pleine figure, une montagnarde aspirée par le monde, un fantôme largué près d'un abribus, divers héros ou héroïnes deviennent les interlocuteurs d'une passionnée de lecture, une jeunesse engouffrée dans le silence. Dans ces onze nouvelles, des personnages interrogent sur la société actuelle et ses mutations.
Née en 1939 dans un milieu ouvrier, je suis parvenue à faire des études et à entrer à l'Université, par le biais d'une maturité classique préparée au Gymnase du Soir de Lausanne. Après trois semestres d'études de lettres, j'ai abandonné la Faculté pour me consacrer à l'éducation de mon premier enfant et à l'écriture.
Mon premier texte...de seconde classe a été remarqué par un jury d'écrivains prestigieux (y siégeaient alors Jacques Chessex, Maurice Chappaz, Corinna Bille, Nicolas Bouvier, Alexandre Voisard), lors d'un concours réservé à des auteurs n'ayant jamais publié : il s'agissait du Prix Geroges-Nicole. Si le texte n'est pas primé, les éloges reçus me convainquent que la voie choisie est la bonne. Les nouvelles de Christine au dévaloir connaissent un joli succès de presse puis paraît L'avenir n'est pas pour demain, un conte philosophique qui ne laisse pas indifférent mais il me faudra attendre la publication de La Petite Monnaie des jours pour rencontrer un large public et recevoir mes premières récompenses, dont le Prix Schiller. Les contacts que j'ai alors avec de nombreux lecteurs me persuadent qu'il manque, à l'édition romande, un livre racontant sans fioritures les conditions de vie de personnes nées au début du XXe siècle dans un pays profondément agricole et qui, parvenues à l'autre bout de ce siècle, ont assisté à des transformations profondes : les champs de betteraves ou de pommes de terre, autrefois cultivés avec tant de peine, se sont couverts d'habitations, petits locatifs, maisons mitoyennes, villas; la paysannerie, qui était un gros pourvoyeur d'emplois jusque dans les années cinquante, s'amenuise dangereusement, la société ne produit plus que des cols bleus et des blancs. Cela donne Terre noire d'usine, un documentaire pour lequel je me suis livrée à un certain nombre de recherches et interviews de personnes. Puis l'expression évolue résolument vers l'imaginaire, avec Trois Mariages, trois petits romans de soixante pages chacun, qui reprennent les thèmes développés jusqu'ici. Ce livre est traduit en allemand dans le cadre de la Collection CH et publié par eFeF- Verlag. Cette édition est aujourd'hui épuisée.
À partir de 1992, ma vie est marquée par des épreuves, décès du conjoint, cancer de ma fille aînée qui décédera à son tour en 1997. Entre deux morts, j'écris Ce qui reste de Katharina, roman dans lequel une femme âgée fait le point sur sa vie après le décès de son fils. L'origine de l'héroïne, allemande, née en 1918, pressée par sa mère d'épouser un Suisse, m'a permis de faire une nouvelle traversée du siècle mais côté bourgeoisie. En automne 2001 paraît Comme si je n'avais pas traversé l'été, roman inspiré par un séjour contraint près de la mort : c'est un livre de résistance et finalement un hymne à la vie.
Publié en automne 2005, Le Jardin face à la France, roman inspiré par le jardin de mon enfance et sa maison branlante avec, en face, la Savoie occupée par les Allemands. En l'absence du père, mobilisé, c'est le grand-père, d'origine huguenote, qui va tenter d'expliquer à ma petite héroïne la complexité du monde en guerre et ses retombées sur la vie quotidienne d'un pays resté neutre au milieu des belligérants. Ce livre est aussi celui de la réconciliation avec la vie, l'écriture s'y évase et donne de la voix à l'humour. Trois ans plus tard, paraît L'Héritage allemand, roman mais aussi tragédie familiale vue dans le miroir de l'histoire. L'héroïne s'interroge sur l'origine des malheurs qui frappent des personnes de son entourage, liées entre elles par la généalogie et forcément par leur patrimoine génétique.
Après quatre romans, retour à la nouvelle : en automne 2010, un recueil de onze textes intitulé Childéric et Cathy sont dans un bateau paraîtra chez Bernard Campiche.
JUDITH tente de se rassurer, elle se répète que rien n'est encore fait, que son père va revenir à la raison mais, inutile, elle se sent mal, tout en elle bouillonne de colère contenue, d'incompréhension surtout : Childéric est déterminé à changer de sexe ! En père responsable, il avait attendu que ses enfants fussent adultes pour mettre au monde la part de féminité ressentie au fond de lui ; désormais, le temps était venu de passer de l'autre côté, comme ce général de l'armée coréenne, avait-il affirmé gravement. La fille ne comprend pas : papa, c'était l'élément cool du couple. Maman, Ysaline née de H., issue d'une famille de hobereaux protestants, persistait à se tenir droite comme si elle avait avalé un parapluie malgré les évolutions sociétales ; dans le duo parental, elle tenait le rôle de forteresse imprenable, tandis que papa était celui qui racontait des histoires un peu folles, corrigeait les péripéties quotidiennes par le biais de la sorcière Gadafoue de Gspon, responsable de tous les maux du monde, disparition des dinosaures incluse ! En grandissant, Judith avait soupçonné la fée poussiéreuse d'être un avatar d'Ysaline, ce qui avait permis à Childéric de s'affranchir de la sévérité désuète de sa femme, et de camoufler, par le burlesque, des reproches qu'il n'osait lui adresser en présence des enfants. Jimmy, son frère cadet de trois ans, avait compris cette forme de déplacement de personne puisqu'un jour, tandis qu'il était jeune collégien, il s'était ramassé la plus mauvaise note possible lors d'un contrôle de maths et, hilare, avait commenté ce résultat en prétendant que Gadafoue de Gspon s'était tenue derrière lui durant tout le temps du travail, lui pinçant les bras, lui soufflant dans les oreilles. Cette concentration volatile - que Judith avait plutôt attribuée à la première fumette de hasch du petit frère - avait amusé le père qui lui avait aussitôt accordé un soutien en maths sous la forme d'un répétiteur, se déplaçant à domicile. Alors, pense Judith confrontée à cet impérieux désir de métamorphose, serait-ce que Gadafoue de Gspon lui aurait mis dans la tête de se transformer en femme ?
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