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Auteur : Colum McCann
Traducteur : Jean-Luc Piningre
Date de saisie : 08/11/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 4397
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 9782264052179
GENCOD : 9782264052179
Sorti le : 04/11/2010
7 août 1974. Sur une corde tendue entre les Twin Towers s'élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires. De cette apparition fugace, Colum McCann déroule le vertigineux panorama d'un New York en pleine ébullition : grandes dames de Park Avenue, junkies en cavale, curé des rues, prostituées épuisées, mères pleurant la cruauté d'une guerre en Asie tout juste terminée... Une ronde de personnages dont les voix s'entremêlent comme autant de fils tendus sur la course du monde. Porté par le souffle et la grâce de l'écriture, un roman vibrant, poignant, l'histoire d'une humanité qui n'en finit pas de se relever.
«[...] comme toujours avec McCann, l'essentiel est là. Cette aisance à montrer l'humain dans son combat quotidien avec la réalité, cette empathie pour les plus fragiles, les moins glorieux !»
Bruno Corty, Le Figaro littéraire
"Domaine étranger" créé par Jean-Claude Zylberstein
Ceux qui le virent se turent. Depuis Church, Liberty, Cortlandt, West, Fulton ou Vesey Street. Un silence terrible, superbe, à l'écoute de lui-même. Certains pensèrent à une illusion d'optique, une ombre mal placée, un effet d'atmosphère. D'autres prirent ça pour la blague éculée du type qui se plante sur l'asphalte, le doigt pointé, et on s'attroupe autour, les têtes se renversent, hochent, confirment, mais les yeux sont levés pour rien, et on attend comme on attend la chute d'un gag de Lenny Bruce. Seulement, plus ils regardaient, plus c'était clair. A l'extrême limite du toit, la silhouette se détachait sur la grisaille du matin. Sans doute un laveur de vitres. Un ouvrier du bâtiment. Ou un suicidaire.
Cent dix étages plus haut, parfaitement immobile, une miniature noire dans le ciel nuageux.
On ne le remarquait pas de n'importe où. Ou alors les passants s'arrêtaient au coin de la rue, repéraient une brèche entre les immeubles, zigzaguaient dans la pénombre, se frayaient une perspective sans corniche, sans gargouille, sans balustrade, sans garde-corps. Et si une ligne partait de son pied vers la tour jumelle, ils ne comprenaient pas bien pourquoi. Mais la figurine les clouait. Le cou tendu, ils oscillaient entre la fatalité de l'évidence et la promesse du quotidien.
Le dilemme de l'observateur : ne pas rester là sans raison - ça n'est qu'un imbécile penché sur le vide -, mais ne pas rater le moment où la police viendra l'arrêter, où il tombera, plongera peut-être, les bras en croix.
La ville rassemblait ses bruits autour des passants. Klaxons. Camions d'éboueurs. Cornes de brume. Le ramdam des métros. Un bus de la ligne M22 qui freine, se range le long du caniveau et gémit dans l'ornière. Le vent plaque un emballage de chocolat sur une bouche d'incendie. Le claquement des portières de taxi. Des poubelles se bagarrent au fond de l'impasse. Les baskets qui repartent au petit trot. Le cartable en cuir qui frotte sur un pantalon. Le cliquetis des parapluies sur le bitume. Une porte à tambour qui propulse au-dehors un début de conversation.
Mais le tohu-bohu n'aurait été qu'un son compact, on n'y aurait quand même pas prêté attention - et ceux qui maugréaient le faisaient à voix basse, respectueusement.
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