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.. La situation littéraire actuelle en France

Couverture du livre La situation littéraire actuelle en France

Auteur : Henry James

Préface : Jean Pavans

Traducteur : Jean Pavans

Date de saisie : 12/12/2010

Genre : Littérature, essais

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Le don des langues

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782020991155

GENCOD : 9782020991155

Sorti le : 21/10/2010

Qu'est-ce qu'une description objective ? Qu'est-ce qu'un personnage ? Qu'est-ce qu'une intrigue ? Avec ces questions et les réponses qu'il apporte, Henry James explore les fondements de la fiction française, de Balzac à Pierre Loti. Passionnant et inédit.


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

Dès son adolescence aux États-Unis, Henry James a été un lecteur passionné de littérature française. Sa découverte de Balzac, «noire maître à tous», fut décisive dans sa formation personnelle de romancier majeur. À Paris, en 1876, il fréquenta le cercle de Flaubert, le glorieux aîné. Il y rencontra Zola, son exact contemporain, et Maupassant, de peu son cadet. Examiner leurs méthodes et leurs oeuvres, et en général suivre de près les parutions des auteurs français, ce fut pour lui un moyen surtout de mieux définir ses propres principes, soit par adhésion, soit le plus souvent par opposition. Nous avons choisi, sur Balzac, sur Flaubert. sur Zola, sur Maupassant et sur Dumas fils, d importants articles que James écrivit au tournant du XXe siècle. C'est en cette période que se dessina dans ses propres ouvrages une «troisième manière» annonciatrice de directions nouvelles, faisant de lui un des grands novateurs de la littérature mondiale.

Henry James (1843-1916) a été traduit et connu tardivement en France. Ses écrits théoriques complètent ses fictions. Simultanément, paraissent Les Ambassadeurs, aux éditions Le Bruit du temps, dans une nouvelle traduction de Jean Pavans.

Collection dirigée par Anne Freyer-Mauthner



  • La revue de presse Mathieu Lindon - Libération du 9 décembre 2010

En préface de cette Situation littéraire, Jean Pavans cite les reproches d'André Gide à James après que Charles Du Bos lui a fait lire certaines de ses plus fameuses nouvelles dont la Nouvelle Revue française ne publiera donc pas de traduction : «C'est aussi que James, par lui-même, n'est pas intéressant ; il est intelligent seulement ; il n'y a pas en lui de mystère, de secret ; pas de figure in the carpet.»...
Le secret de James est dans cette lutte permanente entre l'intelligence et le caractère pour que l'une et l'autre essaient d'adopter des stratégies conciliables, que la souffrance ne soit pas l'unique vainqueur de la situation.


  • La revue de presse Mona Ozouf - Le Nouvel Observateur du 28 octobre 2010

Il avait abordé la France plein de la tradition selon laquelle «le système moral des gens s'effondre à Paris». Il ne cesse de se demander pourquoi les romanciers français ne traitent au fond que d'un sujet unique, la pulsion sexuelle ; par quelle dépravation du goût ils recourent si souvent à la polissonnerie ; pourquoi ils prêtent attention à «une blanchisseuse boiteuse, dissolue et gloutonne» (Gervaise), ou à «une dame de quatre sous» (Emma) ; comment, surtout, ils s'accommodent de la laideur...
Chez les romanciers français qu'il fréquente, James apprend que ce qu'il était sur le point de nommer relâchement moral cachait une foi - dans la langue française - et un courage - celui de vivre en accord avec ses aspirations profondes. N'est-ce pas là un autre nom pour la vertu ? Telle est en tout cas la leçon, exigeante et précieuse, que diffuse et propage l'air de Paris.


  • Les courts extraits de livres : 07/11/2010

La situation littéraire actuelle de Henry James
par Jean Pavans

En automne 1920, André Gide lit coup sur coup, à l'instigation sans doute de Charles Du Bos, et dans l'original (car ces nouvelles, parues entre 1888 et 1903, n'étaient pas traduites), The Lesson of the Master, The Pupil, The Death of the Lion, The Figure in the Carpet, The Turn of the Screw, The Beast in the Jungle. Il rédige à leur sujet une longue lettre sévère et scrupuleusement argumentée, qu'il décide de ne pas envoyer à Du Bos «de peur (écrit celui-ci dans son Journal, à la date du 5 octobre) de me faire de la peine», et dont il va lui donner lecture. Du Bos la trouve «admirable de pénétration et de profondeur», et se laisse intimider. La conséquence est qu'il ne traduira pas James, alors qu'il en avait le désir, ni pour la NRF, ni ailleurs. A la NRF, en revanche, Gide publiera sa lettre, dans le numéro de décembre 1929, année où paraît (chez Attinger) La Bête dans la jungle dans la traduction de Marc Chardoune, et (chez Stock), Dans la cage, L'Élève, L'Autel des morts, dans les traductions de Denise Clairouin et de Maurice Lanoire, et Le Tour d'écrou, Les Papiers de Jeffrey Aspern, dans la traduction de Maurice Le Corbeiller.
«Admirable», cette lettre déterminante de Gide (déterminante étant donné son pouvoir éditorial de refus ou d'acceptation) l'est par sa haute tenue littéraire, et par ce sérieux où James voyait la supériorité de l'attitude critique française ; lui-même sans doute l'aurait admirée, mis à part le fait qu'elle le condamnait, c'est-à-dire le condamnait au châtiment très relatif de ne pas aussitôt figurer dans la NRP. Car c'est par leur capacité d'obstruction autant que par l'acuité de leur formulation, et aussi par la fausseté de leurs conclusions, que les raisonnements de Gide sont surtout remarquables. Il écrit des choses étrangement justes : «Son travail est comparable à celui de l'araignée qui sans cesse élargit sa toile en posant de nouveaux fils, de tel à tel soutien proposé. Sans doute je le louerai de prendre appui toujours sur les mêmes données du problème.» Et puis : «Ces personnages ne vivent qu'en relation les uns des autres, qu'en fonction de ces relations ; ils sont désespérément mondains ; j'entends par là que rien de divin ne les habite, et que l'intelligence explique toujours tout ce qui les fait agir ou trembler. Je ne le sens point tant, lui, l'auteur, snob, que profane; oui, profane, incurablement.»
À tout cela, on peut d'un certain point de vue encore adhérer : encore aujourd'hui. Non seulement les personnages de James ne se définissent que dans l'instant de leur situation de réciprocité, ou de non-réciprocité, et n'ont pas de psychologie «intrinsèque» qui régenterait mécaniquement leurs comportements, lesquels ne cessent de basculer selon la circonstance; mais les morts même n'appartiennent à aucun au-delà : ils y appartiennent si peu, qu'ils demeurent ici-bas, et dialoguent avec les vivants. «Profanes», oui, en ce sens, et en quelque sorte «incurablement» pragmatiques, concrets, et américains.


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