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Auteur : Julien Deslembre
Illustrateur : Michaël Bettinelli
Date de saisie : 04/01/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : les Ardents éditeurs, Limoges, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782917032220
GENCOD : 9782917032220
Sorti le : 01/10/2010
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis Agrégé d'Histoire, chercheur à l'Université et, à 29 ans, "Le manuscrit des Parfaits" est mon premier roman publié.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Je dirais plutôt deux thèmes centraux : catharisme et romantisme (ce dernier terme étant pris dans son sens littéraire !). Le rapprochement m'a paru intéressant entre une religion - le catharisme - qui n'a rien perdu de son caractère subversif depuis le Moyen Âge et un courant littéraire incarné par le personnage principal, lequel présente les mêmes fêlures qu'un Alfred de Musset quelques décennies plus tard.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Ce serait une phrase qui résume l'état d'esprit du héros de la première partie du livre, le moine médiéval Adémar de Chabannes, à propos du pouvoir de l'écriture :
"Car Adémar savait pertinemment qu'en ces temps où l'écrit était rare, le dernier mot restait toujours à celui qui avait su le coucher sur papier."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ce serait un mélange entre d'énergiques accords de guitare (pour traduire l'anticonformisme du personnage "romantique" évoqué plus haut), des subtiles nappes de piano et des choeurs mystiques (comme on peut en entendre dans la musique des groupes Nightwish ou Therion).
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Trouver des parentés de sensibilité est sans doute l'expérience la plus émouvante pour un auteur ; j'aimerais susciter chez mes lecteurs de l'empathie pour les interrogations parfois métaphysiques et la détresse, si profondément humaine, des personnages principaux. D'un point de vue plus "technique", je serais également ravi de discuter de la construction du roman, bâti sous la forme de trois séquences chronologiques successives (deux médiévales, une "révolutionnaire"), et du dénouement que j'ai essayé de rendre le plus surprenant possible.
Haletant et en sueur, Alexandre se redressa brutalement dans son lit. Encore ce damné cauchemar ! Il était hanté de la sorte chaque nuit depuis la tragédie, mais cette fois, c'était au-delà du supportable. Se levant d'un bond, il se précipita vers le petit miroir accroché au-dessus de sa table de travail. Ce visage ! Ces traits ! Exactement les mêmes que ceux du jeune clerc de son rêve maudit : habituellement, il les détestait autant qu'il les chérissait. A cet instant toutefois, la haine avait clairement pris le pas sur l'adoration. Il se saisit d'un grand couteau à la pointe effilée et le pointa sur son reflet.
Limoges, une cité sous la Révolution.
Alexandre Lonelet, jeune avocat tourmenté par un profond mal de vivre, se retrouve au coeur d'une intrigue angoissante liée à un mystérieux manuscrit. Pourquoi vers l'An Mil, le moine Adémar a-t-il falsifié la mémoire sacrée de son abbaye ? Pourquoi 300 ans plus tard le Grand Inquisiteur Bernard Gui voulait-il exterminer une paisible communauté installée à Gimel, au coeur du Limousin ?
Une énigme sur fond de troubles révolutionnaires qui remonte aux temps les plus anciens.
Du Moyen Âge à la Révolution, de la cathédrale Saint-Étienne de Limoges aux cascades de Gimel en Corrèze à quelques chevauchées de là, Julien Deslembre a construit un roman d'aventures à la fois mystique et décadent.
Julien Deslembre est un jeune agrégé d'histoire. Il est spécialiste de l'époque médiévale et ses recherches l'ont conduit à s'intéresser à l'histoire religieuse. Le Manuscrit des Parfaits. Chroniques limousines est son premier roman. Illustrations de Michaël Bettinelli.
Peu après des manichéens parurent en Aquitaine, séduisant le peuple, niant le saint baptême et la puissance de la croix, et tout ce qui relève d'une saine doctrine, s'abstenant de nourriture comme des moines et simulant la chasteté, mais se livrant entre eux à toutes les débauches : comme messagers de l'Antéchrist, ils firent s'écarter de la foi beaucoup de gens.
Adémar de Chabannes, Chronique, livre III, chapitre 49
Chapitre I
Le moine Adémar était prostré en pleurs sur le tombeau de Martial de Limoges, «son» saint, celui qu'il avait contribué à «créer». Oui, Adémar pouvait se permettre de considérer l'évangélisateur du Limousin de la sorte. Au cours de la décennie précédente, il avait consacré tout son talent, toute sa remarquable intelligence, à faire triompher la «cause de l'apostolicité» : en d'autres termes, à convaincre le plus large auditoire possible que Martial, autrefois vénéré comme un saint évêque du IIIe siècle, était en fait un Apôtre du Christ. Peut-être même avait-il mis son âme en péril pour cette cause.
Or, au fond de son coeur, Adémar savait bien que cela ne pouvait être démontré par aucun texte, par aucun témoignage. Mais la Vérité ne se Ut pas seulement dans les manuscrits ; c'est aussi quelque chose que l'on expérimente au plus profond de soi. Et cette vérité-là, le moine vieillissant l'avait perçue au cours de ses années de jeunesse au monastère Saint-Martial de Limoges, alors l'un des plus grands centres spirituels de la Chrétienté, florissant, flamboyant, en tout cas si différent de l'austère Saint-Cybard d'Angoulême, son abbaye originelle. Les dix dernières années de sa vie avaient été tout entières vouées à une seule cause, à une seule obsession. Et voilà qu'il avait tout remis en question quelques heures plus tôt, pour aider un de ceux qu'il avait toujours considérés comme d'irréductibles ennemis, un de ces hérétiques maudits.
La lueur de la lune, pénétrant par l'un des étroits soupiraux de la crypte, située en deçà de l'abbaye Saint-Martial de Limoges, le tira de sa méditation. Le grand sarcophage de pierre n'avait pas bougé de la chambre sépulcrale. Oh, comme il aurait aimé que Martial, son Apôtre, son saint, se relève d'entre les morts pour lui prouver qu'il n'avait pas failli, qu'il ne s'était pas simplement laissé abuser par la langue fourchue du tentateur parlant par la bouche d'un de ses sbires !
Il se rappelait le moindre détail des événements qui l'avaient conduit à agir si contrairement à ses intérêts et à toutes les inclinations antérieures de son coeur. Sans doute valait-il mieux qu'il essaye à présent d'ordonner ses souvenirs pour se prouver à lui-même qu'il n'avait pas rêvé les jours précédents.
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