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Après le conte shamanique Uwishin, Julien Stephan nous plonge dans un décor urbain, plus classique que la forêt amazonienne. Les rues d'une grande ville la nuit sont pourtant aussi une jungle, et le prédateur rôde.
Ballade Nocturne est un huis clos en extérieur, à la fois intime, poignant et virevoltant. Un dialogue dans lequel deux personnes vont s'ouvrir. Au fil des mots et des pas, les masques s'effritent, se craquellent...
Est-il raisonnable de vouloir faire tomber tous les masques ? Les visages qu'ils cachent sont-ils si beaux ?
Il y a des personnes qu'il vaut mieux ne pas fréquenter. On devrait toujours se rappeler les conseils de maman. Mais il arrive qu'on ait envie de transgresser ces petites prudences. Le jeu est excitant, plus prenant que la retenue.
Où placer à nouveau la limite quand on l'a déjà franchie ? Y'a-t-il un si grand trou entre passion et folie ?
Cette pièce est un hymne à ces petits égarements, car on se fout des conséquences.
Les courts extraits de livres : 28/11/2010
Tableau 1
Lumière. Le décor représente une rue, de nuit. Lui déambule sur la scène vide, jetant à l'occasion des regards vers le côté gauche de la scène. Elle arrive de ce même côté, marchant distraitement, sans le regarder. Il se plante devant Elle. Elle lève les yeux vers Lui.
LUI. - Bonsoir
ELLE, distante. - Bonsoir
LUI. - Vous me reconnaissez ?
ELLE, après un temps. - Oui.
LUI. - Ça me fait plaisir. Je vous ai reconnue moi-aussi dans le théâtre, depuis le balcon, quand les lumières se sont rallumées. Je me suis dit que je ne pouvais pas m'en aller sans vous faire signe.
ELLE. - La dernière fois pourtant vous étiez parti sans prendre le temps de me dire au revoir.
LUI. - J'avais dû filer, malheureusement. Mais je m'en suis voulu, croyez moi. Je peux peut-être me rattraper en vous raccompagnant ce soir ?
ELLE. - C'est à deux stations de métro, je ne pense pas que ça vaille le coup, mais merci.
LUI. - Il fait beau ce soir, on pourrait marcher ? Deux stations... à pied ce sera vite bouclé, et on pourra se dire trois mots.
ELLE. - Si vous ne dites que trois mots je vais vite m'ennuyer. (Un blanc. Elle regarde ailleurs puis repose son regard sur lui.) Allez, pourquoi pas. Je manque d'exercice en ce moment.