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Auteur : Bernard Vasseur
Date de saisie : 28/11/2010
Genre : Arts
Editeur : Cercle d'art, Paris, France
Collection : Découvrons l'art du XIXe siècle
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782702209332
GENCOD : 9782702209332
Sorti le : 19/11/2010
Il y a dans l'oeuvre de Rodin des mains, des mains indépendantes et petites qui, sans appartenir à aucun corps, sont vivantes [...] Les mains sont déjà un organisme compliqué, un delta où beaucoup de vie, venue de loin, conflue, pour se jeter dans le grand courant de l'action [...] Rodin a le pouvoir de donner à une partie quelconque de cette vaste surface vibrante l'indépendance et la plénitude d'un tout.»
Rainer Maria Rilke
Et voilà ce culte du fragment que Rodin introduisit en sculpture, faisant voler en éclats l'unité du corps, comme si les parties (les organes, comme la main) y prenaient le pas sur tout.
Trouver une approche qui ne soit pas la pure et simple redite des nombreux livres déjà disponibles - et dont certains sont excellents - consacrés à Rodin. Trouver une approche originale, nouvelle, fondamentale et accessible. Le livre s'emploie donc à explorer les paradoxes qui entourent Rodin et son oeuvre, et à fournir des clés d'accès à ses grandes oeuvres (sculptées et dessinées notamment). Bien sûr la vie de Rodin est présentée dans ses séquences et toutes ses dimensions (y compris celle de ses relations passionnées, tumultueuses et finalement malheureuses avec son " assistante " elle aussi géniale, Camille Claudel).
Un livre pour aider le lecteur à pénétrer dans les " secrets de fabrication " d'un immense sculpteur au génie protéiforme et d'une étonnante diversité.
L'OEUVRE D'AUGUSTE RODIN
Confidence de Rodin au poète Rainer Maria Rilke qui fut aussi son éphémère secrétaire et l'un de ses commentateurs les plus profonds parmi ses contemporains : «J'ai appris la sculpture, et je savais bien que c'était quelque chose de grand. Je me souviens maintenant que, dans l'Imitation de Jésus-Christ, en particulier dans le troisième livre, j'avais mis un jour "sculpture" partout où il y avait "Dieu", et c'était juste, ça collait.»
«LA MAIN DE DIEU»
Vérification : considérons justement La Main de Dieu, cette pièce magnifique qui est la métaphore par excellence de l'art du sculpteur et comme un condensé de tout Rodin. Elle est la figuration même de la création, mais -variation fantasmée ? - c'est le couple entremêlé et sensuel de l'homme et de la femme (et pas seulement Adam comme dans le texte biblique) qui est modelé dans le limon originel. Elle est aussi la rêverie de la main, qui, écrivait Gaston Bachelard, «a sa poésie aussi bien que le regard» : elle est ce qui donne forme à l'informe, l'ordre vainqueur du chaos, dans la parfaite dialectique du dur et du mou, de la résistance et de la souplesse, du lisse parfaitement ouvré et du rugueux non finito cher à Michel-Ange, que vient souligner l'irrégularité des traces de l'outil laissées dans la matière brute (le bloc informe fait partie de la pièce ouvrée).
Cette main de Dieu est peut-être même surgie d'un moulage sur nature de la propre main de Rodin (on le verra : procéder par moulage est considéré comme scandaleux !). En tout cas, symboliquement, c'est bien la sienne, ainsi que le déclara Bernard Shaw du vivant du «Maître». Car le règne de l'humain commence avec elle : la bête sans mains, même dans les réussites les plus tardives de l'évolution, ne crée qu'une industrie monotone aussitôt née que perdue, sans transmission ni descendance, et reste au seuil de l'art. Elle est aussi ce qui a été retiré par amputation violente aux Ombres, ces créatures damnées surgies de l'Enfer du Dante, dans la version en plâtre que donnera Rodin de sa Porte de l'Enfer et qu'il exposa en 1900 dans son pavillon de l'Aima, en marge de l'Exposition universelle. Et dans les pouvoirs de la main dort toute la magie du travail du sculpteur : c'est là que surgit ce «miracle» la matière inerte prenant «vie» (mot crucial chez Rodin) dans les mains de l'artiste et que doit rendre sensible la pièce qui en résulte. Rien de cérébral là-dedans ! L'inspiration ? L'imagination ? Rodin s'insurge : «Je suis un ouvrier qui se plaît aux occupations les plus viles. Ces rudes mains que voici travaillent le bloc, gâchent le plâtre... Je suis comme les artistes de la Renaissance : c'étaient des artisans et non de beaux messieurs.» Il dit la même chose pour ses apprentis dont il trouve l'éducation de son temps trop livresque («On a cru remplacer l'apprentissage par des éducations d'école.»). Il peste contre son époque qui promeut la machine et néglige l'outil et son manche tenu par la main («Notre époque est celle des ingénieurs et des usiniers, mais non point celle des artistes... Aujourd'hui l'art est chassé de la vie quotidienne. Ce qui est utile, dit-on, n'a pas besoin d'être beau.»). Rodin : le plus bel «éloge de la main» possible avant Henri Focillon !
La main, c'est «l'Agent suprême». C'est aussi un résultat : la pièce qu'il ne cessa de réaliser tout au long de sa carrière, de celle d'Adam (1880) - dont le doigt tendu semble bien venir du célèbre doigt de Dieu au plafond de la chapelle Sixtine - jusqu'à celles qui peuplent (avec bras, pieds et jambes) ses collections «d'abattis» (il appelait ainsi les éléments de son lexique plastique (n1 10) qu'il assemblait pour composer des pièces nouvelles, comme avec un nombre fini de mots on peut créer des phrases inédites à l'infini).
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