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.. L'homme qui aimait les chiens

Couverture du livre L'homme qui aimait les chiens

Auteur : Leonardo Padura

Traducteur : René Solis | Elena Zayas

Date de saisie : 15/04/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque hispano-américaine

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 9782864247555

GENCOD : 9782864247555

Sorti le : 06/01/2011

Autant annoncer tout de suite la couleur : voilà, à mon avis, un roman magistral, long certes, mais qu'on ne peut lâcher. Et pourtant la fin de l'histoire est connue...
Ce roman réunit les protagonistes de l'un des grands crimes staliniens, l'assassinat de Trotski par Ramón Mercader à Mexico en 1940.
Le livre commence par une scène très intense : la mort d'Ana, la compagne d'Ivan, le narrateur, à La Havane, en 2004. Tous deux savent que la fin d'Ana est inéluctable... cancer des os. Lorsque son état s'aggrave Ivan cesse de travailler. La vie entre les quatre murs lézardés de leur appartement est aussi déprimante qu'on peut l'imaginer. Le pire est l'étrange force avec laquelle le corps brisé d'Ana se raccroche à la vie contre la volonté même d'Ana. Un cyclone est annoncé qui évolue avec une insolente arrogance comme s'il prenait le temps de choisir là où il va frapper.
Ivan est écrivain ; il travaille dans un misérable cabinet vétérinaire de La Havane. Après la mort d'Ana il revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait deux lévriers russes sur une plage. Cet homme lui fera des confidences sur Ramón Mercader, l'assassin de Trotski, qu'il semble avoir connu intimement.
Ivan reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein dit Trotski et de Ramón Mercader. L'exil de Trotski, sa lutte depuis l'étranger, ses espérances, ses illusions, ses angoisses. L'enthousiasme pour le communisme de Ramón Mercader, happé par la beauté d'une jeune femme Africa, un volcan en éruption qui rugissait en permanence pour clamer son enthousiasme révolutionnaire. Pour elle le camarade Staline est l'incarnation de l'avenir sur terre. Elle déteste Trotski, "le plus sournois des ennemis de la classe ouvrière". La danse, l'alcool, la famille sont des poisons bourgeois pour le cerveau. Ramón lorsqu'il la possède est comblé mais il souffre de violentes crises de jalousie. Le seul engagement d'Africa c'est la Cause ; elle n'est mariée qu'avec la révolution.
Un roman aussi foisonnant est irracontable. Il est habité de nombreux personnages attachants, qu'ils soient réels ou fictionnels. Tel Boukharine, par exemple, "dont la peur (de Staline) est telle qu'il a préféré la certitude de la mort au risque de devoir, jour après jour, faire preuve de courage pour vivre".
Dans une écriture puissante, Leonardo Padura, écrivain cubain connu pour ses romans noirs, nous raconte cette histoire en nous montrant ses conséquences aujourd'hui, à Cuba, pour toute une génération qui vit au quotidien le lent effondrement de l'utopie socialiste.

N.B. Leonarda Padura est né à La Havane en 1955 où il vit encore. Il est romancier, essayiste, journaliste. Il est l'auteur de plusieurs romans noirs, parmi lesquels "Mort d'un Chinois à La Havane" (2001), "Adios Hemingway" (2005) et "Les Brumes du passé" (2006).


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

En 2004, à la mort de sa femme, Iván, écrivain frustré et responsable d'un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. Après quelques conversations, "l'homme qui aimait les chiens" lui fait des confidences sur Ramôn Mercader, l'assassin deTrotski qu'il semble connaître intimement.
Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, et de Ramón Mercader, connu aussi comme Jacques Mornard, la façon dont ils sont devenus les acteurs de l'un des crimes les plus révélateurs du XXe siècle. À partir de l'exil de l'un et l'enfance de l'autre, de la Révolution russe à la guerre d'Espagne, il suit ces deux itinéraires jusqu'à leur rencontre dramatique à Mexico. Ces deux histoires prennent tout leur sens lorsque Iván y projette ses aventures privées et intellectuelles dans la Cuba contemporaine.
Dans une écriture puissante, Leonardo Padura raconte, à travers ses personnages ambigus et convaincants, l'histoire des conséquences du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur la grande utopie révolutionnaire du XXe siècle ainsi que ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba.
Un très grand roman cubain et universel.

Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Diplômé de littérature hispano-américaine, il est romancier, essayiste, journaliste et auteur de scenarii pour le cinéma. Il est l'auteur, entre autres, d'une tétralogie intitulée Les Quatre Saisons, publiée dans quinze pays.



  • La revue de presse Marie-José Sirach - L'Humanité du 14 avril 2011

On a beau connaître l'épilogue, on est tenu en haleine par un récit plein de rebondissements, écrit à la manière d'un roman d'espionnage truffé d'indices, d'indications historiques, de réflexions politiques qui ne peuvent laisser personne indifférent...
C'est un livre bâtit sur les ruines d'un rêve. Pas étonnant qu'il place au centre du tournant du vingtième siècle la guerre d'Espagne dont les retentissements hantent encore nos mémoires.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Lire, février 2011

Ce livre est un requiem - titre que donne Leonardo Padura à son dernier chapitre -, la mise en scène d'un cauchemar et d'un étouffement. "J'ai voulu me servir de l'histoire de l'assassinat de Trotski pour réfléchir à la perversion de la grande utopie du XXe siècle, précise l'auteur dans sa postface, ce processus où nombreux furent ceux qui engagèrent leur espérance et où nous fûmes tant et tant à perdre nos rêves et notre temps, quand ce ne fut pas notre sang et notre vie." Pour ce roman crépusculaire, le romancier a choisi une écriture protéiforme : tantôt précise et dialoguée, tantôt descriptive, musicale et métaphorique. Il recompose ainsi la destinée d'un pays rongé par les frustrations et les culpabilités, symbolisé par Iván, victime de toutes les tromperies de l'histoire, fatigué de voir ses rêves partir en fumée et de sentir qu'il appartient à une génération perdue.


  • La revue de presse Alexis Brocas - le Magazine Littéraire, mars 2011

À travers l'histoire de Trotski, de son assassin et d'Ivan, un écrivain cubain, L'Homme qui aimait les chiens témoigne de la chute des croisés de Staline réinventée par le Cubain Leonardo Padura. Par ses coïncidences, ses jeux de miroir, ses motifs récurrents, l'Histoire semble parfois l'oeuvre d'un grand romancier. Et quand un romancier comme le Cubain Leonardo Padura s'en empare pour en souligner les échos, l'idée apparaît qu'il n'est peut-être pas de hasard, mais seulement des destins...
À travers le renversement des valeurs, Padura montre que Staline n'est évidemment pas le seul coupable de la déchéance du «grand rêve» communiste. La responsabilité est collective et concerne tous ceux qui ont persisté à défendre ce rêve en mentant, en se mentant, voire en mimant la foi : quand Mercader tue Trotski, ni l'un ni l'autre ne croient plus en la Révolution.


  • La revue de presse Thierry Clermont - Le Figaro du 20 janvier 2011

Avec maestria, porté par un époustouflant don narratif, il brasse les époques et les lieux (Cuba, Mexique, Paris...), convoque une foultitude de personnages illustres, tels qu'André Breton (qui avait rendu visite à Trotski en 1938), Diego Rivera, Frida Kahlo, Romain Rolland, entre autres. Impossible à résumer. Jamais on ne s'ennuie à la lecture de ce livre imposant, et qui n'est pas un roman historique. Comme dans ses ouvrages précédents, Leonardo Padura passe la société cubaine au peigne fin, des années 1960 à aujourd'hui, dénonçant, mais toujours avec tact, l'autorité du régime, les restrictions imposées à la population, la censure, «l'homophobie institutionnalisée», les privations, les coupures intempestives d'électricité, la répression policière, et ce, sans pour autant se faire le chantre d'un anticastrisme primaire. Et puis il y a son art élégant de la description. Un exemple : «La côte était remplie d'algues grises et marron, de cadavres gonflées de méduses violacées, de morceaux de bois usés et de galets vomis par la mer la nuit précédente, lors de l'arrivée d'un fond froid.» On tient là son roman le plus abouti.


  • La revue de presse Alain Guillemoles - La Croix du 19 janvier 2011

Il y a beaucoup d'audace dans ce roman. L'écrivain a pris le risque de boucher les nombreux trous laissés par l'histoire officielle. Et il le fait sans complexe. Il met en scène des personnes ayant vécu. Il leur invente des paroles, des pensées, des émotions. L'entreprise est risquée. Pourtant, chaque mot du récit est à sa place. Sans doute parce que, à aucun moment, l'imagination de l'écrivain ne prend le pas sur la réalité connue. Leonardo Padura se contente de mettre sa plume au service de ses personnages. Il ne substitue pas sa voix à la leur. Mais pourtant, on l'entend bien, en fond sonore. Et elle nous dit que ce meurtre abject, symbole de millions de meurtres semblables, n'a fait que des victimes : ceux qui ont été tués ; et ceux qui ont donné la mort en croyant servir une idée...
Ce livre qui compte sûrement parmi ses plus ambitieux surprend par sa virulence, alors que Cuba reste toujours officiellement un pays communiste. Il faut croire que le régime ne peut rien contre la notoriété de l'écrivain. Le résultat est une charge terrible, qui sonne comme le bruit du premier clou planté dans le cercueil de Fidel Castro.


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 13 janvier 2011

Il est un monde où Trotsky, cette intelligence en mission, reste un fantôme indésirable. Cuba en fait partie. On n'y parlait pas de Trotsky ou, si on en parlait, c'était pour rabâcher la brumeuse figure du traître - Goldstein du 1984 d'Orwell en version stalino-tropicale, injures indolentes sous les palmiers. Désormais, on l'oublie : si le bruit est l'enfant légitime du capitalisme, le silence est celui, naturel, de l'idéologie. C'est pourtant de cette île que vient un formidable roman historique évoquant l'exil et l'assassinat du Vieux, comme on l'appelait, le 20 août 1940, dans sa villa triste de Coyoacán. Son auteur, Leonardo Padura, est né quinze ans après la mort de Trotsky...
Un grand roman vient de loin. Leonardo Padura a sans doute infusé le sien avant même de devenir écrivain.


  • La revue de presse Gilles Heuré - Télérama du 12 janvier 2011

Dans les coulisses de l'Histoire, Leonardo Padura livre un polar haletant sur l'assassinat de Trotski en 1940...
Leonardo Padura sait raconter des histoires policières aux arrière-plans bien plus profonds que le simple déroulement des événements...
Et même s'il connaît l'issue de l'affaire, le lecteur est entraîné dans une incroyable histoire où trahisons, mensonges, dénonciations et faux-semblants font sans cesse rebondir un récit haletant. Quant à l'homme qui ­aimait les chiens qui donne son titre au ­roman, silhouette mystérieuse qui promène ses lévriers russes sur les plages de La Havane, il serait indélicat de dévoiler ici son identité. Il faut laisser au lecteur le soin de découvrir toutes les nuances de rouge qui teintent ce superbe livre.


  • La revue de presse Paulo A. Paranagua - Le Monde du 6 janvier 2011

Maître du polar cubain, Leonardo Padura a laissé de côté sa créature, l'enquêteur Mario Conde, pour s'attaquer à un duo autrement réfractaire, Léon Trotski et son assassin, Ramon Mercader...
L'homme qui aimait les chiens alterne l'exil de Trotski et les années de formation de Mercader, la déchéance de l'homme public et la montée en puissance de l'agent de l'ombre...
Le roman déploie un troisième récit, celui d'un écrivain cubain en herbe, Ivan, aux prises avec l'autocensure. Sur le bord de mer de La Havane, le jeune homme et le vieux Mercader entament une conversation intermittente, sous le regard distant d'un surveillant de la sécurité de l'Etat. Difficile de voir en Ivan l'alter ego de l'auteur, car le personnage est pétrifié de peur, sans savoir que faire des sulfureuses confidences entendues. Son cheminement pathétique évoque la parabole de l'utopie sous les tropiques.


  • Les courts extraits de livres : 29/11/2010

La Havane, 2004

- Repose en paix, (furent les derniers mots du pasteur.
Si cette phrase usée, si impudiquement théâtrale dans la bouche de ce personnage, eut jamais un sens, ce fut en cet instant précis où les fossoyeurs, avec une habileté désinvolte, descendirent le cercueil d'Ana dans la fosse ouverte. La certitude que la vie peut devenir le pire enfer, et que cette mise en terre me libérait du joug de la peur et de la douleur, m'envahit comme un soulagement mesquin et je me demandai si d'une certaine façon je n'enviais pas le passage final de ma femme vers le silence, car pour certains, la mort, être totalement et vraiment mort, est parfois ce qui ressemble le plus à une bénédiction de ce Dieu avec lequel Ana avait essayé de me réconcilier, sans beaucoup de succès, dans les dernières années de sa pénible vie.
Dès que les fossoyeurs eurent refermé la sépulture et disposé sur la pierre tombale les couronnes de fleurs que les amis leur tendaient, je fis demi-tour et m'éloignai, résolu à me soustraire aux nouvelles accolades et aux traditionnelles condoléances que les gens se sentent toujours obligés de présenter. A ce moment, toute autre parole au monde était superflue : seule la formule éculée du pasteur avait un sens et je voulais m'y raccrocher. Repos et paix : ce qu'Ana obtenait enfin et que je réclamais moi aussi.
Lorsque je m'assis dans la Pontiac pour attendre Daniel, je sus que j'étais au bord de l'évanouissement et j'eus la conviction que si mon ami ne me sortait pas du cimetière, je serais incapable de trouver une issue vers la vie. Le soleil de septembre brûlait le toit de la voiture, mais je sentais que je n'étais pas en état de bouger. Avec le peu de forces qui me restait, désemparé et oppressé, je fermai les yeux pour ne pas succomber au vertige, tandis que je sentais une sueur aux émanations acides glisser sur mes paupières et sur mes joues, sourdre de mes aisselles, de mon cou, de mes bras, inonder mon dos calciné par le vinyle du siège, et devenir un courant chaud qui se précipitait le long de mes jambes avant de s'engouffrer dans le puits des chaussures. Je me demandai si cette transpiration fétide et cette immense fatigue n'étaient pas le prélude à ma désintégration moléculaire ou tout au moins à l'infarctus qui me terrasserait dans les minutes suivantes, et je trouvai que dans les deux cas, cela pouvait être des solutions faciles, désirables même, bien que franchement injustes : je n'avais pas le droit d'obliger mes amis à supporter deux enterrements en trois jours.


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