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«Chasse les prostituées, aussitôt les passions troubleront tout» : le second Moyen Âge semble une méditation sur ces paroles de saint Augustin. Ribaudes et grandes courtisanes, ruffians et maquerelles, étuves privées et bordels publics : le monde des amours vénales, bien visible, marquait alors les sociétés occidentales de son omniprésence.
Vingt ans après son ouvrage fondateur, La Prostitution médiévale (Flammarion, 1988), Jacques Rossiaud renouvelle ses analyses à la lumière de la recherche récente. En une synthèse magistrale, il brosse le tableau non plus de la, mais des prostitutions au Moyen Âge, mettant en évidence la complexité des pratiques qui relèvent de la vénalité, et la multiplicité des consonances sociales que celle-ci revêt.
Jacques Rossiaud, historien médiéviste, est professeur émérite à l'université Lumière Lyon II. Spécialiste d'histoire urbaine et du Rhône médiéval, il a consacré à ce dernier un dictionnaire (Centre alpin et rhodanien d'ethnologie, 2002) et» un essai, Le Rhône au Moyen Âge (Aubier, 2007).
La revue de presse André Burguière - Le Nouvel Observateur du 2 décembre 2010
Les descriptions émerveillées des voyageurs et des poètes de l'époque ne sont pas plus fiables pour évaluer l'impact de la prostitution médiévale que les dénonciations des prédicateurs, horrifiés par le déferlement du péché. Mais d'autres sources utilisées par Jacques Rossiaud permettent d'estimer que dans certaines villes ouvertes aux échanges internationaux comme Séville, Paris, Dijon, Avignon, Venise, Florence et surtout Rome, de 10% à 20% des femmes, à la fin du XVe siècle, vivaient plus ou moins du commerce amoureux. A côté des irrégulières qui racolaient à la sauvette, une part non négligeable des filles publiques méritaient particulièrement leur nom : celles qui officiaient dans des bordels publics dont la ville confiait la gestion à des mères maquerelles souvent appelées abbesses...
Ni le confort aseptisé des Eros Centers d'outre-Rhin ni la mondialisation putride du tourisme sexuel en Thaïlande ou en Lettonie ne peuvent nous empêcher de percevoir, dans l'hommage poétique de François Villon aux filles de joie de sa jeunesse, le rappel parfumé d'un monde perdu.