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Auteur : Irène Théry
Date de saisie : 05/05/2011
Genre : Ethique
Editeur : Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris, France
Collection : Cas de figure, n° 14
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7132-2265-8
GENCOD : 9782713222658
Sorti le : 18/11/2010
Faut-il lever l'anonymat des donneurs dans le cadre de l'assistance médicale à la procréation ? Alors que les premiers enfants nés grâce aux dons sont devenus de jeunes adultes et, pour certains, revendiquent l'accès à leurs origines, comment distinguer les places respectives des protagonistes du don d'engendrement : parents, enfants, donneurs ? L'enfant n'est-il pas le grand oublié de la perspective médicale traditionnelle assimilant don de gamètes et don du sang, au prix de l'effacement d'une partie de son histoire ?
D'une plume résolument engagée, Irène Théry propose un regard critique sur le modèle bioéthique français qui a sacralisé l'anonymat du don de gamètes alors que tant de pays démocratiques ont su passer du modèle initial Ni vu ni connu à celui de Responsabilité où le donneur - homme ou femme - cesse d'être perçu comme un spectre menaçant.
La panique morale qui semble saisir la société française - corps médical, responsables politiques, religieux - devant une telle évolution révèle les préjugés et les résistances face aux nouvelles représentations de l'identité personnelle et de la filiation, transformées par l'égalité des sexes, le démariage et l'émergence sociale de l'homoparentalité.
Irène Théry est directrice d'études à l'EHESS. Elle a publié plusieurs ouvrages sur les mutations du droit de la famille, sur les familles recomposées et sur le masculin et le féminin.
Depuis sa naissance, au début des années 1990, le modèle bioéthique français repose sur des valeurs qui ont été quasiment sacralisées, comme si leur questionnement relevait d'une sorte d'inconvenance déplacée. Longtemps, l'anonymat des dons de gamètes a ainsi fait figure de référence incontestable : il était censé garantir l'éthique du don de sperme et d'ovocytes en faisant à jamais disparaître la figure du donneur, désignant du même coup les pères ou mères comme les seuls "vrais" parents. C'est cette évidence que questionne longuement Irène Théry dans un livre stimulant qui dévoile les impensés du débat bioéthique français. Cette sociologue du droit, qui a beaucoup travaillé sur le "démariage", le genre et les mutations de la famille contemporaine, démontre avec subtilité et conviction que la "panique morale" suscitée par la levée de l'anonymat révèle une inquiétude plus profonde liée aux métamorphoses de la parenté intervenues à la fin du XXe siècle.
Extrait de l'introduction
Depuis la promulgation en 1994 des premières lois dites de bioéthique, un domaine du même nom s'est peu à peu autonomisé au sein du droit français, sans que l'on prenne toute la mesure des effets, sur la pensée juridique, de ce mouvement de spécialisation. La bioéthique rassemble, sous l'égide d'une «morale du vivant», des questions aussi variées que la recherche scientifique fondamentale et appliquée, les biotechnologies, la déontologie clinique, les choix de société à l'égard du début et de la fin de vie, ou encore l'assistance médicale à la procréation (AMP), qui est le sujet de ce livre.
L'assistance médicale à la procréation se divise en deux grandes pratiques : l'AMP intraconjugale et l'AMP avec tiers donneur. L'une comme l'autre ont toujours été condamnées par l'Église catholique, et le pape a tenu à le rappeler en 2008. Cependant, dès le début, l'opinion a été très favorable à l'AMP intraconjugale, au point que certaines autorités religieuses ne cachaient pas leur bienveillance à son égard. La dissociation entre sexualité et procréation qu'implique l'intervention médicale ne leur apparaissait pas comme une véritable atteinte à la loi naturelle voulue par Dieu quand elle permettait au couple d'un homme et d'une femme victimes d'une stérilité de pouvoir engendrer l'enfant tant espéré.
En revanche, l'AMP avec tiers donneur n'a pas bénéficié d'une telle unanimité sociale. Au début des années 1970, les médecins qui ont promu cette nouvelle pratique médicale en France, tel le professeur Georges David, fondateur des Centres d'étude et de conservation des oeufs et du sperme (CECOS), ont dû affronter la réprobation morale qu'avait toujours suscitée la pratique discrète de l'insémination artificielle dans les cabinets des gynécologues. A l'accusation traditionnelle d'immoralité conjugale et familiale que provoquait l'introduction dans l'intimité d'un couple de la semence d'un tiers géniteur - vue comme une sorte d'adultère entachant d'illégitimité l'enfant ainsi conçu - s'est ajoutée une critique plus conceptuelle, plus anthropologique et pour certains plus théologique : comment la procréation, ce prolongement d'un couple vers l'enfant à naître, puis l'inscription de celui-ci dans sa double filiation paternelle et maternelle, pourraient-elles intégrer cette opération clandestine de substitution d'un géniteur à un autre ? N'avait-on pas placé sous le sceau du secret une sorte d'équation «impossible», qui se retournerait forcément un jour ou l'autre contre les enfants, et contre la société ?
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