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Auteur : Jean-Michel Belorgey | Leïla Sebbar | Christelle Taraud
Date de saisie : 15/12/2010
Genre : Photos
Editeur : Bleu autour, Saint-Pourçain-sur-Sioule, France
Collection : La petite collection de Bleu autour
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782358480208
GENCOD : 9782358480208
Sorti le : 12/10/2010
Des portraits de tommes sur cartes postales anciennes, souvent inédites.
«Les femmes du peuple de mon père», pour la romancière Leïla Sebbar qui, derrière chacune de ces «belles d'Afrique du Nord» vouées à la séquestration dans la maison, l'ouvroir ou le bordel, voit «une petite fille grandie trop vite»...
Des femmes du réel mais aussi des fictions de femmes fabriquées par le désir de voir et de savoir du photographe occidental, enchaîne l'historienne Christelle Taraud, dont le propos détermine l'ordre des cartes postales.
Et pour Jean-Michel Belorgey, qui voudrait croire que la beauté n'est jamais vraiment captive ni orpheline, c'est l'émerveillement du collectionneur de traits et de gestes, d'étoffes, de bijoux et de tatouages qui l'emporte.
LEÏLA SEBBAR
Les femmes du peuple de mon père
Ces femmes sur cartes postales ne sont pas les soeurs, les cousines, les jeunes tantes de mon père, ni sa mère. Femmes et jeunes filles sans famille ni maison, orphelines dès l'enfance. Les unes adoptées, bien ou mal, les autres abandonnées, mais la rue s'offre aux garçons, pas aux filles. Petites servantes livrées aux fermiers et aux notables, un jour mendiantes ou voleuses à la ville, avant le bordel et la prison. Mon père m'aurait raconté les orphelines de la Mission, les petites filles des Soeurs Blanches, en Afrique du Nord, missionnaires de «Notre-Dame d'Afrique». Dans les ouvroirs des «visiteuses d'outre-mer», les enfants musulmanes, tablier à carreaux et foulard blanc, deviendraient des dentellières accomplies, des tisseuses de soie et de laine, des brodeuses de dentelle à l'aiguille, la «dentelle arabe» dont les citadines riches et élégantes garnissent leurs costumes d'apparat, ces pièces rares que les peintres et les photographes collectionnent pour des femmes sur cartes postales et tableaux orientalistes. Appliquées, les petites orphelines, assises au bord du bassin de la cour mauresque ou sur le sofa en pierre à l'abri de la glycine, sages sous le regard de la jeune Religieuse, que deviendront-elles ? Et si on ne leur trouve pas de mari ou un mari trop vieux... Si elles s'enfuient de la maison adoptive ou conjugale, sans amour... J'imagine.
Mon père me parle de ses soeurs, elles n'iront pas, comme lui, à l'école de la France ni à l'école coranique, elles écouteront le frère bien-aimé réciter les versets sacrés qu'elles apprendront par coeur, jusqu'à leur mort elles les diront dans leurs prières. Ses soeurs vont à l'ouvroir, à la Maison des Soeurs, «Dar La Sourette» comme elles disent, mon père rit avec l'accent de sa maison natale, elles sauront broder leur trousseau. On les mariera, d'abord l'aînée puis la cadette. Elles n'iront pas travailler dans les champs. Les immenses entrepôts du propriétaire terrien, Lucien Borgeaud, au Domaine de la Trappe de Staouëli, ne les verront pas, avec d'autres femmes européennes et «indigènes», mêlées à des hommes, ouvriers agricoles, trier des heures durant le raisin chasselas pour l'emballer dans les cageots neufs.
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