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Auteur : Françoise Cruz
Date de saisie : 19/12/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Naïve, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-35021-201-2
GENCOD : 9782350212012
Sorti le : 05/01/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis auteur, amoureuse des livres, des écrivains, c'est la raison pour laquelle, je suis récemment devenue éditrice.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le thème central de ce livre est la vie de deux musiciennes, orphelines, à Venise au XVIIIe. J'ai voulu faire revivre leur passion pour la musique, indissociable de leur passion pour Venise et de leur attachement à leur vie au sein de l'institution religieuse de la Piétà.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«J'ai ici les plus beaux, les plus surhumains, les plus insaisissables bonheurs.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Concerto in re maggiore per due violini liuto e basso continuo
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Leur découverte de cette vie d'eau et de musique, leur proximité avec nous.
«Qu'importe les hommes et leurs conceptions de l'amour, du mariage, des femmes. La seule voie qui exige de nous l'excellence est celle de la musique.»
Venise, XVIIIe siècle. La Pietà, institution religieuse, dont Vivaldi sera l'une des figures intenses, recueille les orphelins. Ce roman d'une amitié tisse les destins croisés de Leona Dal Contralto et de Clemenzia Dal Violino, deux musiciennes exceptionnelles de la Pietà. Orphelines, artistes, seules mais vivant ensemble, féminines mais indépendantes dans une société machiste, comme leurs soeurs, Leona et Clemenzia n'étaient pas hors du monde et de la vie vénitienne. Au contraire. On les trouve ici passionnées, actives et à l'image de leur cité lacustre, se confondant dans les eaux parfois claires, parfois boueuses, qui semblent les emporter dans une ultime acqua alta.
Françoise Cruz, après avoir été journaliste dans le sud de la France, est désormais éditrice. Elle a notamment consacré un ouvrage somme au travail et à la personnalité du chorégraphe Angelin Preljocaj (Topologie de l'invisible, Naïve, 2008). Ses Petites Histoires horribles à lire avant de s'endormir sont parues en novembre 2010 chez le même éditeur.
Venise
Leona Dal Contralto, 1er juillet, après minuit
Comment fait-on pour commencer à vivre ? Un cri, à ce que l'on nous dit, un premier cri, douleur, effroi, plaisir, nous baptise, des ténèbres aux lumières.
La lagune m'a déposée au bord du monde.
Ma mère, elle, me déposa près d'un mur où geignaient d'autres nourrissons. Je commençai donc à vivre ainsi, ballottée par le hasard et le désarroi d'une jeune mère. Ce début d'existence revient rarement dans mes pensées. Il ressurgit à l'improviste, lorsque, de derrière ma fenêtre, j'observe la nuit sur Venise. Venise. Elle seule fut témoin de ce duo désespéré : une jeune femme abandonnant un enfant de quelques mois.
J'ai seize ans à présent et aucun manque maternel ne me fait souffrir. Il me reste de cet abandon un sentiment de curiosité, une distance. Un doute. Des aînées m'ont raconté une histoire, à laquelle je ne sais si je dois croire : lorsque l'on me trouva, je n'étais pas vraiment seule... Dans les linges, emballé près de moi, un autre bébé... Un garçon à ce que l'on dit, et qui me ressemblait comme deux gouttes d'eau... Mon frère jumeau. Une autre femme l'emporta, et je ne sais s'il vit, où il vit, quelle est sa figure, et s'il existe même ! Rosa, ma maestra, m'assure que cette histoire est fausse et qu'il en court ainsi des dizaines d'autres. Les filles les imaginent pour se distraire, ou pour s'inventer une famille en dehors d'ici. Je ne sais qui croire.
J'en ai fini de deviser sur ce chapitre... Peut-être ai-je cherché inconsciemment à m'éloigner de cette journée éprouvante. Je dois dire que la condamnation de Pellegrina m'a tourné les sangs ! Car quoi de plus injustifié, injustifiable et sauvage que ces dix jours de trou ? Et tout cela pour une futilité, une subtilité vue par les autres filles et moi-même, car c'est secret de polichinelle que Pellegrina, en tant que portera, responsable des entrées et sorties à la Pietà, ne laisse pas entrer ici que le vent... Portera... A ce mot, nous frémissons toutes... Avec ceux de chanteuses ou de musiciennes, c'est là notre statut favori. Quelle merveilleuse liberté... A laquelle je n'ai, hélas, pas encore accès, étant donné mon jeune âge. Que de possibilités en perspective ! Si l'on reste sage, dans la mesure où la folie contagieuse des autres filles nous le permet, il reste à savourer l'exquise promesse de pouvoir devenir folle... d'ouvrir et de fermer la porte comme bon nous semble... Portera ! Même les plus célèbres d'entre nous se déchaînent en intrigues afin d'obtenir le plus souvent possible ce privilège. Pellegrina, étant l'une des plus habiles d'entre nous, décroche fréquemment ce titre.
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