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Auteur : Jean-Marie Chevrier
Date de saisie : 07/12/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Romans français
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782226215260
GENCOD : 9782226215260
Sorti le : 05/01/2011
Matthieu est libraire de livres anciens sur la Butte-aux-Cailles. Sa femme travaille à la Mairie de Paris. Cassius son chien fidèle meurt. Sa mort vint s'ajouter au contrôle fiscal qu'avait déclenché la vente de la librairie. Sa femme tombe amoureuse d'un homme plus jeune qu'elle de vingt ans et le quitte ex abrupto. Le voilà seul et pauvre comme au début de sa vie.
Il se souvient de l'oncle Gerbault avec son ample costume de velours bronze qui lui servait quasiment de maison par la multitude de ses poches, avec ses chaussures montantes d'un cuir rougeâtre qu'il faisait briller de la crème du lait de ses chèvres. C'était dans la Creuse, à peu de distance de Guéret. C'était là le berceau de sa famille. "À Paris, on disait que l'air y était pur."
Il décide d'aller s'y installer, loin de la civilisation, n'aspirant qu'à s'immerger dans la nature, avec les bêtes pour seule compagnie. Jour après jour il entre en solitude. Il a emporté avec lui "L'Iliade" et "L'Odyssée", "Les Géorgiques" et "Malone meurt" de Beckett. Il lui arrive de s'ennuyer à mourir dans ce coin perdu au bas d'une pente, noyé dans la verdure. "La route n'allait pas plus loin. Pas de traces de passé, pas d'histoire, ni batailles, ni passages de personnages illustres, pas de massacres de partisans, pas d'assassinats crapuleux et sanglants."
Il n'a que peu de nouvelles du monde. Il a encore besoin des autres ; une fois par mois, il va à leur rencontre. Il retire à la poste sa pension de retraite en argent liquide. Parfois le désespoir l'accable. La vanité de son projet lui saute aux yeux. "Il était brusquement devenu un homme âgé dont les forces déclinaient, réfugié dans une maison misérable, au coeur d'un pays terne, dans une nature détruite." Il vit en automate. Il est conduit au renoncement, à l'indifférence. "Il y avait un temps pour souffrir d'être privé des autres, un autre pour guérir."
L'époque est aux randonneurs. Un jour du mois d'août, un couple entre dans sa cour. Pitoyables, le visage poussiéreux, les cheveux collés de sueur, ils lui demandent un verre d'eau et la permission de s'asseoir un peu...
Peut-on vivre en ermite à notre époque ?
Un très beau roman sur le temps qui passe, la liberté, le désir, écrit dans une langue sensible, mélancolique, sensuelle.
Télérama a décerné quatre étoiles, sa côte maximale à cette "lointaine Arcadie" qui a été l'un des dix romans publiés en janvier, février ou mars sélectionnés pour le prix France Culture - Télérama.
La retraite, une femme que l'on n'aime plus, un chien que l'on perd... c'est dans ce tourbillon que Mathieu, libraire parisien, s'installe dans la Creuse, au coeur de la solitude avec trois livres fétiches. Une sorte de retour à la terre inspirée de mythologie arcadienne dans l'espoir de retrouvailles originelles avec la Nature qui se révèlera être une fragile installation utopique ne résistant pas au désir.
Un très beau roman sensuel et bucolique écrit comme un conte philosophique qui donne aussi envie de relire Virgile, Ulysse, Beckett !
Matthieu, libraire parisien, quitte tout après que sa femme l'a quitté. Sa vie, sa librairie et ses repères. Il part au fin fond de la Creuse, loin de la civilisation, n'aspirant qu'à s'immerger dans la nature, avec les bêtes pour seule compagnie. Lorsqu'un couple de randonneurs fait halte chez lui, un irrésistible élan de vie bouleverse ses velléités de renoncement. Peut-on se couper de tout et sacrifier ses désirs ?
Jean-Marie Chevrier possède une voix singulière, tout en sensibilité érudite, mélancolie et sensualité. On retrouve dans son nouveau roman les thèmes chers à l'auteur d'Un jour viendra où vous n'aimerez plus qu'elle et de Départementale 15 : le temps qui passe, la liberté, le désir. Autrement dit, l'amicale et simple tragédie de l'existence.
Jean-Marie Chevrier est l'auteur de six romans : Zizim ou l'Épopée tragique d'un prince ottoman (1993), Une saison de pierre (1995), La seconde vie (2000), Le Navire aux chimères (2004), Un jour viendra où vous n'aimerez plus qu'elle (2007) et Départementale 15 (2009), tous publiés aux Éditions Albin Michel.
Amateur de théâtre pour lequel il a écrit, poète, Jean-Marie Chevrier est au Comité de rédaction de la Revue semestrielle Siècle 21 (diffusée par La fosse aux Ours - Harmonia Mundi). Il est l'un des co-fondateurs des Rencontres de Chaminadour qui ont lieu chaque automne depuis 5 ans.
Il habite la Creuse depuis toujours, d'où il s'exile régulièrement pour Paris.
Dans cette «Lointaine Arcadie», Jean-Marie Chevrier montre qu'il n'est pas si simple d'aller s'enterrer dans la Creuse, et excelle à rendre compte de l'austère beauté de l'arrière-pays limousin...
Dans ses deux précédents récits, «Un jour viendra où vous n'aimerez plus qu'elle» (2007) et «Départementale 15» (2009), Chevrier mettait déjà en scène des hommes fuyant la ville à la recherche d'un équilibre nouveau, au milieu de paysages limousins ou orléanais. Fidèle à lui-même, il signe ici un septième roman à la beauté sobre et mélancolique.
C'est l'histoire d'un libraire qui veut être seul, et qui part vivre à la campagne, plutôt que mal accompagné. Il emporte trois livres mais surtout leur souvenir, toute une culture dont il nourrit son nouvel état de nature. Sur un lutrin bricolé, il a posé les Géorgiques de Virgile, en a tourné les pages de ses doigts crottés, consulte le poème antique comme un simple manuel d'horticulture. Il fait pousser des baies pour en faire du sirop...
L'écriture est picturale, l'auteur le sait, le personnage en joue : ainsi, voulant cuire son pain, il s'inspire de tableaux de Van Dyck et de Chardin plutôt que d'une recette éprouvée pour atteindre la dorure parfaite...
Une lointaine Arcadie, on l'aura compris, est un livre résolument antimoderne. On y entend à deux reprises Matthieu vitupérer contre les «révolutionnaires» qui veulent changer la société. Or la seule révolution possible à ses yeux est celle qui, au sens littéral du terme, revient à l'origine, à l'humus, boucle la boucle. Il faut devenir «un enfant accroupi, observant dans l'herbe quelque chose qui bouge». Quant à la vache Io, «le trouble affectif qu'elle faisait naître en lui hissait la bête à l'humain».
A la fois souterraine et altière, l'écriture de Jean-Marie Chevrier est faite de radars enfouis et d'antennes hérissées. Remarqué notamment pour Un jour viendra où vous n'aimerez plus qu'elle (éditions Albin Michel, 2007), où il écoutait le monologue intérieur d'un homme atteint d'un cancer, ce romancier guérétois poursuit son incursion dans les méandres de la solitude humaine. Quand son sens de l'autre le pousse à briser cet isolement éperdu, son livre devient un roman d'amour étincelant, sondant le mystère originel avec des accents d'une poésie inouïe
Il avait un chien. C'était un petit chien, un cocker, parce qu'il est déraisonnable d'avoir un chien à Paris et qu'il compensait cette déraison par un animal de petite taille. Il s'appelait Cassius parce qu'il était né l'année des C. Son nom romain de général vaincu était revalorisé par les victoires d'un boxeur américain qui, finalement, abandonna le nom de Cassius lors de sa conversion à l'islam. Cassius était attaché à son nom de façon indéfectible. Les chiens n'ont que peu de repères pour féconder l'intimité qui les lie aux hommes, leur nom reste essentiel. On pouvait penser qu'il bénéficiait d'un vocabulaire de vingt-cinq mots à partir desquels il devait répondre aux multiples échanges que lui imposait sa condition. S'y ajoutaient quelques sifflements modulés. En fait, ce commerce le tirait de son ordre sans lui donner accès à celui des hommes. Il faisait de louables efforts pour comprendre, mais souvent, son oeil tombant ou son refus d'obtempérer trahissait son incompréhension et son désespoir. Son maître, alors, avait beau se comporter en chien, c'était peine perdue. Ne restait de part et d'autre que le pitoyable besoin de croire qu'il était possible de vivre ensemble. Cassius connaissait le nom de son maître et, si on le prononçait en son absence, il courait à la porte d'entrée, les oreilles dressées, et poussait de petits gémissements pour montrer son impatience à le retrouver.
Leur promenade était aussi traditionnelle que celle d'Emmanuel Kant à Koenigsberg. Ensemble, ils descendaient la rue Bobillot, prenaient à droite la rue de Tolbiac pour remonter par la face sud-ouest de la Butte-aux-Cailles. Tous les repères olfactifs de Cassius étaient mémorisés, les angles d'immeubles, les troncs d'arbres, les grilles des jardinets, son nez lui en donnait l'image. Il avait aussi l'image du chien qui l'avait précédé dont l'urine avait laissé un message stercoral à son intention. Il aimait l'excrément et la pourriture ; un rat crevé lui ouvrait un monde de délices. Il ignorait l'odeur des fleurs.
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