Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Mathieu Lindon
Date de saisie : 03/02/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782818012833
GENCOD : 9782818012833
Sorti le : 05/01/2011
La Fête de la Librairie par les libraires indépendants - Un livre, une rose
Le samedi 23 avril 2011
Journée mondiale du livre et du droit d'auteur
Chaque printemps, à partir d'un livre fédérateur édité par notre association VERBES et d'un cahier des charges commun, notre fête Un livre, une rose parvient à réunir de façon non institutionnelle et mosaïque des librairies très différentes : leur parti-pris est de valoriser auprès du public leur métier et de le lier à une littérature de création plaçant haut l'aventure verbale.
Grâce à tous nos partenaires, nous vous offrons, cette année, notre Eloge des cent papiers : un livre sur le livre, un beau lexique érudit et encyclopédique...
Vous y découvrirez cent mots racontant l'odyssée du Livre dont quinze ont été investis par quinze écrivains contemporains majeurs, ainsi que quatre textes d'Alberto Manguel (+un inédit).
Tiré à 15000 exemplaires, cet Eloge des cent papiers sera offert aux lecteurs des 480 librairies mobilisées en France et en Belgique francophone. Cet ouvrage témoigne de notre désir qui perdure envers le livre de papier et notre métier de libraire.
Nous ressentons le devoir de transmettre ce qui nous a construit nous-mêmes et ce qui nous fait être encore là aujourd'hui...
Mathieu Lindon, Ce qu'aimer veut dire
Ce livre, consacré à cette grande figure de la philosophie qu'est Michel Foucault et dont nous sommes tous un peu orphelins, est un des plus beaux livres de ce trimestre : la surprise de la rentrée littéraire de janvier.
Dans cet appartement du quinzième arrondissement, Michel Foucault ouvrait grand sa porte à cette jeunesse qu'incarnaient Hervé Guibert, Mathieu Lindon et quelques autres. Son hospitalité intellectuelle, son souci inventif de transmission et sa liberté affective à leur égard étaient exemplaires.
Cet ouvrage de Mathieu Lindon, sans nostalgie aucune, nous fait voyager d'un père à un autre : de Jérôme Lindon à Michel Foucault, deux pôles et piliers de la vie intellectuelle française.
Nous vivons et méditons encore leur héritage indépassable.
C'est un livre aussi sur toutes les formes de l'amour, sans mesquinerie, sans préjugés.
A le lire, nous prenons conscience d'autant plus cruellement de notre époque plus crépusculaire et obtuse...
En vérité, la proximité la plus grande que j'ai eue fut avec Michel Foucault et mon père n'y était pour rien. Je l'ai connu six ans durant, jusqu'à sa mort, intensément, et j'ai vécu une petite année dans son appartement. Je vois aujourd'hui cette période comme celle qui a changé ma vie, l'embranchement par lequel j'ai quitté un destin qui m'amenait dans le précipice. Je suis reconnaissant dans le vague à Michel, je ne sais pas exactement de quoi, d'une vie meilleure. La reconnaissance est un sentiment trop doux à porter : il faut s'en débarrasser et un livre est le seul moyen honorable, le seul compromettant. Quelle que soit la valeur particulière de plusieurs protagonistes de mon histoire, c'est la même chose pour chacun dans toute civilisation : l'amour qu'un père fait peser sur son fils, le fils doit attendre que quelqu'un ait le pouvoir de le lui montrer autrement pour qu'il puisse enfin saisir en quoi il consistait. Il faut du temps pour comprendre ce qu'aimer veut dire.
Mathieu Lindon est né en 1955. Il est journaliste littéraire à Libération.
Avec Ce qu'aimer veut dire, Mathieu Lindon rend grâce à un double legs. Le premier hommage, évident, revient à Michel Foucault ; le second en découle, comme par ricochet, et fait apparaître la figure du père, Jérôme, illustre directeur des éditions de Minuit. Entre les deux, l'auteur trace sa trajectoire personnelle, presque accidentelle, en tout cas indissociable de celle des autres. «Je suis le héros d'un roman d'apprentissage perpétuel, de rééducation permanente», écrit-il. Le voilà miraculeusement embarqué dans l'air du temps.
Doit-on parler d'impudeur quand rien ne semble devoir être caché, hors les secrets des autres ? Si l'auteur décrit sans fard son quotidien de la fin de ces années soixante-dix, où les drogues circulaient et où les histoires amoureuses et sexuelles se succédaient sans complexe, la pudeur et la délicatesse sont dans chacune de ces pages où il ne dévoile rien qui ne lui appartienne. Son livre est aussi un hommage au lien fort qu'il entretint avec l'écrivain Hervé Guibert, mort du sida en 1991, et à leur belle amitié avec Michel Foucault dont Guibert fit le personnage central du roman autobiographique qui le rendit célèbre, À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie. Mais les pages les plus émouvantes sont peut-être celles consacrées à son père, notamment la lettre posthume que celui-ci écrivit à son fils. Les rapports entre les deux hommes furent parfois gênés, même si empreints d'une forte affection, et le fils sentit la nécessité de s'éloigner pour être, mais sans trahir ni renier, comme le fit son ami Hervé. Comment exister auprès d'hommes de cette importance ? Comment savoir si l'on est recherché pour son nom, pour ses fréquentations, ou pour soi-même ?
De cette époque tourbillonnante et du clan foucaldien de la rue de Vaugirard, Mathieu Lindon est le survivant un peu abasourdi. (Son texte parfois concassé porte encore la trace d'une sidération d'après-cataclysme.) Il a en effet échappé au sida, qui a frappé dans la fleur de l'âge tant de ses amis d'alors. Il est sorti indemne d'une longue addiction aux drogues dures - LSD, héroïne, cocaïne, opium. Et il a réussi, on se demande comment, à se soustraire au devoir de réserve, à la loi du silence, au «Never complain, never explain» qui régissaient depuis longtemps sa famille bourgeoise et cultivée...
Mais Mathieu Lindon n'oublie rien (il décrit ses trips à l'acide, et l'émotion démesurée qu'il en éprouvait, comme s'ils dataient d'hier) ni surtout personne dans ce livre choral qui évoque à la fois «Vincent, François, Paul et les autres» de Sautet et «Ceux qui m'aiment prendront le train», de Chéreau. De Jérôme Lindon, qui n'était pas un artiste, il est le seul à écrire qu'il a fait de son métier d'éditeur «une oeuvre d'art». Et, détournant le titre du livre d'Hervé Guibert, il donne la plus belle preuve de gratitude à Michel Foucault en disant de lui : «L'ami qui m'a sauvé la vie.»
Le fils qui veut retrouver son père doit y aller par quatre chemins. Il lui faut chercher les complications, brouiller les pistes, emprunter des sentiers de traverse. Voilà à peu près le seul moyen de surmonter la malédiction sartrienne, d'endurer ces lignes que nous sommes si nombreux à avoir recopiées avant de les envoyer à nos géniteurs avérés ou présumés : "Il n'y a pas de bon père, c'est la règle ; qu'on n'en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri" (Les Mots, 1964). Cette règle est familière à Mathieu Lindon. Avec Ce qu'aimer veut dire, l'écrivain la prend à bras-le-corps, selon un scénario simple : après une "adolescence désastreuse", le fils de Jérôme Lindon (1925-2001), directeur des prestigieuses Editions de Minuit, accepte enfin la tendresse de ce père grâce à la relation passionnée qu'il noue avec un autre homme, le philosophe Michel Foucault (1926-1984). Sortilèges de l'amour, ruses du détour...
Et le plus remarquable, dans ce livre, c'est que la réconciliation avec la scène familiale s'opère à travers un élan de puérilité qui s'affiche comme tel.
Roman d'apprentissage, tableau d'époque, le récit de Mathieu Lindon porte ainsi une méditation sur l'amour et les multiples formes d'attachement qu'ainsi on nomme - que signifie intimement, hors des archétypes socialement édictés, le fait d'aimer, d'être ami, d'être père, d'être fils... Sans impudeur, ni excès de réserve, l'écrivain a le ton juste pour parler de lui, des autres. Cette famille choisie qu'à partir du milieu des années 1980 l'épidémie de sida est venue décimer. Michel, Hervé sont morts, et combien encore. En ce sens, Ce qu'aimer veut dire est aussi, à sa façon, un mausolée des amis, des amants. D'où vient qu'en dépit de cet inconsolable chagrin la lecture de ce livre fait tant de bien ? C'est l'une de ses beautés que ce secret.
En cherchant un livre, je tombe sur un autre - à quel lecteur, quel auteur n'est-ce jamais arrivé ?
Pour vérifier un accord, je veux mettre la main sur une grammaire et je trouve un recueil de textes en anglais de Willa Cather acheté il y a des siècles dans une librairie new-yorkaise et que je n'ai jamais ouvert. J'adore les romans et nouvelles de cette Américaine qui me mettent les larmes aux yeux par la douceur et la générosité avec lesquelles ils racontent la sobre brutalité de l'affrontement avec la vie. Mais ce recueil destiné aux plus de quarante ans n'est pas de la fiction. Il y a un texte sur Joseph et ses frères de Thomas Mann, un autre sur Katherine Mansfield, ça a tout pour m'intéresser et cependant je n'y ai jamais posé les yeux depuis mon achat.
Le titre du premier texte est «A Chance Meeting», «Une rencontre de fortune» pourrais-je traduire après l'avoir lu. Car la première phrase m'accroche sans avoir pourtant rien d'extraordinaire («Cela s'est passé à Aix-les-Bains, un des endroits les plus agréables au monde») et je ne perds plus un mot. Willa Cather, âgée de cinquante-trois ans en ce mois d'août 1930, était descendue au Grand Hôtel, accompagnée d'un être proche dont la langue anglaise lui permet de ne pas préciser le genre mais que, comme souvent quand demeure cette imprécision, je soupçonne d'être du même sexe, ce que me confirme une biographie. L'amie était Edith Lewis, intime de l'écrivain. Séjourne également à l'hôtel une vieille femme française, âgée d'au moins quatre-vingts ans, qui prend tous ses repas seule et monte dans sa chambre après dîner, à moins qu'elle ne ressorte pour qu'un chauffeur l'emmène écouter un opéra.
Un soir qu'il n'y a pas opéra, elle est en train de fumer dans le salon de l'hôtel et adresse la parole à Willa Cather, lui recommandant de parler simplement, elle-même, par manque de pratique, ne maîtrisant plus aussi bien l'anglais qu'auparavant. Elle vit à Amibes mais raffole de la musique qu'on peut entendre à Aix, évoquant Wagner et César Franck. Quelques jours plus tard, l'écrivain et son amie retombent sur cette octogénaire. Alors qu'il est question de la révolution soviétique, Edith Lewis exprime son sentiment que c'est une chance pour les grands écrivains russes, Gogol, Tolstoï, Tourgueniev, de n'avoir pas vécu assez vieux pour la connaître. «Ah oui, dit la vieille dame, surtout Tourgueniev, tout cela aurait été terrible pour lui. Je l'ai bien connu à une époque.»
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia