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Auteur : Mario Levi
Traducteur : Ferda Fidan
Date de saisie : 19/01/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 9782848050928
GENCOD : 9782848050928
Sorti le : 06/01/2011
Le texte de Mario Levi n'est pas de ceux que l'on engloutit précipitamment. Il y faut, au contraire, y infuser du temps pour lui permettre de déployer toutes ses saveurs. Car il est d'une telle densité qu'il a de quoi désorienter un lecteur trop pressé.
Un écrivain, qui n'est pas nommé, étant devenu au fil des années le confident de plusieurs membres d'une même famille, entreprend d'en raconter l'histoire. Les Ventura sont des juifs établis à Istanbul depuis plusieurs générations, mais leurs racines sont européennes. Certains d'entre eux en ont d'ailleurs gardé une attirance pour ces grands foyers de la culture que sont Londres, Paris ou Vienne. Mais en dépit des heurts de leur existence, tous restent profondément attachés à leur ville natale : Istanbul, la cosmopolite, qui répand ses rues bruyantes et animées jusqu'aux portes d'un Orient fantasmé. Pour autant leur enracinement ne s'est pas accompli sans peine ni hésitations. C'est tout le récit de Mario Levi qui balance entre la réalité et l'illusion, entre la vérité et le mensonge, entre ce que l'on a vécu, ce que l'on croit avoir vécu et ce que l'on aurait aimé vivre. Chacune des vies qui composent cette famille, avec en son centre de gravité Monsieur Jak et Madame Roza, est minutieusement portée à la connaissance du lecteur grâce à ces moments d'échange où l'écrivain recueille la parole pour composer son histoire. Son récit est scandé par des mots sans cesse répétés, parmi lesquels trahison et solitude. Comme si l'existence de tous ces personnages n'avait guère tenu ses promesses ; comme si les rêves et les aspirations de la jeunesse s'étaient dissous dans le grand bain de la réalité, qui en aurait changé les couleurs pour en modifier l'aspect initial. Dans cette galerie de portraits intimement composés, écrits avec le souci d'en restituer au plus juste les nuances, c'est la figure de l'écrivain qui transparaît peu à peu, suscitant la curiosité du lecteur. Qui est-il, que cherche-t-il, qu'a-t-il à nous dire que la parole de ceux qu'il interroge ne dit pas ? L'intérêt formidable de ce livre réside dans cet espace de questionnement qui fait de nous, lecteurs, des acteurs à part entière de cette histoire.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire de ce livre, qui est un grand livre sur notre besoin de laisser des traces après notre passage. A l'image de cette petite fille, bientôt déportée qui, après la lecture du Petit Poucet dit à son père : " Si je me perdais, tu me retrouverai, n'est-ce pas ? ". Pourtant ce père faillit à sa promesse. Comment ? Il faut lire ce livre et se laisser porter par sa très grande mélancolie et la nostalgie d'un temps où l'illusion au moins avait un sens.
Claire STROHM & Robert ROTH
Extrait :
"Je voulais découvrir s'il était possible de vivre un texte à travers la voix des autres. Et pour exprimer ce que cela apportait à mon écriture, je devais forger mes propres mots. Mon texte m'engloutissait, je devais mieux savoir et comprendre quelle part de moi-même j'avais mise dans ton personnage. Qui avait écrit en réalité ce texte ? Pour qui ces textes avaient-ils été écrits ?"
ISTANBUL ÉTAIT UN CONTE. Saga familiale, livre-fleuve, déambulation intime et roman-monde, Istanbul était un conte est tout cela à la fois. Issu d'une famille juive séfarade arrivée à Istanbul au moment de la Reconquista, l'écrivain plonge dans la mémoire de sa ville natale comme s'il ouvrait une malle aux trésors.
Les objets, les tableaux et les photographies sépia s'animent, et c'est la vie quotidienne de trois générations de Juifs stambouliotes au cours du XXe siècle qui prend forme. Il faut accepter de se perdre dans les ruelles étroites de la ville, sur les rives du Bosphore et dans les méandres des histoires familiales : au gré des errances du narrateur, dévoilant à travers mille récits et anecdotes les secrets de chacun de ses quarante-sept personnages (qu'il inventorie dans un lexique en début d'ouvrage), le charme agit.
Istanbul est un conte, comme le sont les aventures, réelles ou rêvées, de ses habitants. D'une histoire à l'autre, se dessine le portrait d'une ville-monde, mais aussi son évolution vers la modernité. La ville cosmopolite et accueillante pour les communautés étrangères change au fil des ans, tandis que retentissent jusque dans le coeur des foyers les tragédies du siècle.
Puissamment nostalgique, le livre de Mario Levi tente, et ce n'est pas son moindre attrait, de sauver un monde englouti, un monde de commerçants parlant encore le yiddish et le ladino, un monde où cohabitaient toutes les traditions et toutes les religions.
Istanbul était un conte est le chant d'amour de l'écrivain à sa ville, en même temps qu'une formidable invitation au voyage.
MARIO LEVI est né en 1957 à Istanbul, où il a toujours vécu. Écrivain et essayiste, il enseigne la sociologie à l'université. Istanbul était un conte a été traduit dans de nombreux pays et, en Turquie, salué par des prix importants. Mario Levi, éduqué à l'école française, est parfaitement francophone.
Le beau roman de Mario Levi est une saga foisonnante où le rire se mêle aux larmes. Une suite de contes qui narrent la vie d'une famille juive d'Istanbul sur trois générations depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu'aux années 80. Un kaléidoscope de réminiscences évoquant les photos aux couleurs passées d'un vieil album...
Ses huit livres narrent ce cosmopolitisme enraciné dans la mémoire d'une cité qui fut capitale de trois empires.
L'ÉTOILE D'ESTREYA
Les années passant, on apprenait à supporter de diverses manières l'inéluctable douleur d'abandonner ou d'être abandonné. Avec le temps, on pouvait découvrir le charme qu'il y avait à se dissimuler derrière certaines images. On pouvait se représenter les victoires, les défaites, les rancoeurs, les regrets, et les séparations qui vous revenaient par moments à travers différentes morts. Mais, pour mieux comprendre pourquoi, dans ces moments-là, Monsieur Jak regrettait Olga plus que quiconque, il fallait aussi, au-delà de tous ces possibles, pouvoir atteindre les limites de son histoire.
Durant les longues nuits de solitude, il m'était difficile de savoir de qui on se souvenait, avec quelle image, quel parfum, quels sons, et d'assembler correctement toutes les pièces, conformément à la vie et aux désirs de chacun. Moi aussi j'avais voulu descendre dans ces souterrains. C'était dans une autre région qu'on rencontrait certaines images, certains sentiments appartenant à ces existences. Avec le temps, je comprendrais l'importance de cette région, moi aussi. Après avoir quelque peu appris à avancer dans l'histoire de ces gens, malgré mes tergiversations. Il ne me restait plus, encore une fois, qu'à déceler les indices, et à essayer de faire vivre les histoires cachées dans un endroit nouveau, inattendu, en prenant le risque de ne faire que parcourir une illusion. C'est par ce chemin seulement, qu'à travers la mise en scène et les dialogues, l'on pouvait accéder aux coulisses.
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