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Auteur : Christian Garcin
Date de saisie : 27/04/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Verdier, Lagrasse, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782864326311
GENCOD : 9782864326311
Sorti le : 05/01/2011
Entre récit initiatique et enquête policière, Christian Garcin réussit un vrai coup de maître.
Dès les premières lignes, le lecteur trouve en Zhu Wenguang, détective privé, dit «Zuo Luo» ou encore «Zorro» un compère puis un complice. En effet, «Zuo Luo» est un justicier, redresseur de torts, qui, sans peur du danger, tel un roc, ira libérer chez leurs bourreaux, de nombreuses jeunes filles chinoises issues de familles appauvries, vendues à de sales types et maltraitées.
A travers la philosophie de vie de «Zuo Luo» interceptée d'emblée par le lecteur, l'intrigue de ce roman va se dévoiler, à Guangzhou, un soir où un élément imprévu va réactualiser le passé de ce détective privé chinois, un passé qui apparaît en filigrane du temps présent en l'absence de réponses pour qu'il puisse s'équilibrer dans l'ordre du temps. A ce moment du récit, le lecteur entre dans l'intimité de Zhu Wenguang, il devient son confident, plonge au plus profond de son âme, décèle avec pudeur la fragilité de «Zuo Luo»qui gardera le contrôle de ses émotions et va se substituer à «Bec-de-canard», un indic ami de longue date de «Zuo Luo» et confident. De Chine, Zhu Wenguang nous entraîne ensuite à Hokkaîdo puis à New-York à travers l'évocation de trois histoires d'amour qui l'ont façonné et pour lesquelles il devra établir une jonction en jouant pleinement son rôle de justicier et s'apaiser.
Dans la continuité de son précédent roman «La piste mongole» publié chez Verdier, Christian Garcin, s'accommode à la perfection des différents espaces temps où les personnages se font écho et invite le lecteur à prendre place dans la danse. De plus, la juxtaposition des éléments du temps présent et passé permet d'effacer les frontières géographiques de ce merveilleux périple, l'écriture fluide invite l'âme du lecteur à vagabonder et les différentes épreuves qu'aura à affronter Zhu Wenguang sont ponctuées d'enseignements philosophiques bouddhistes et chinois ne nous permettant plus de distinguer le roman du conte. Ce texte reste une très belle découverte de L'Escale littéraire.
Zhu Wenguang dit Zuo Luo ou encore, Zorro. Un homme massif, lent, austère, fort d'une certitude intérieure qui, à l'aide de son fidèle ami Bec-de-canard, secourt de malheureuses jeunes femmes vendues et mariées de force. Cette mission salvatrice le conduit dans l'intimité de ses souvenirs, des femmes aimées et perdues dans le silence ou la brutalité d'un yakuza.
Par une subtile polyphonie narrative mêlant contes philosophiques et musiques traditionnelles, nous suivrons ce Zorro, tendance Marlowe, dans les bas-fonds New-yorkais, sous le regard d'animaux de pénombre, au Japon et la miséreuse campagne chinoise.
Un étonnant roman d'aventures, mené comme un polar, teinté de fantastique, d'humour et d'une certaine mélancolie. Une belle réussite.
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis Chinois, mon nom est Chen Wanglin, j'ai un peu moins de trente ans, j'étais le personnage d'un roman précédent de Christian Garcin, et je suis le véritable auteur du roman «Des femmes disparaissent».
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La quête de trois figures féminines disparues, qu'a aimées dans sa jeunesse le détective privé Zhu Wenguang, dit "Zuo Luo", ou encore "Zorro".
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Zuo Luo hocha la tête d'un air grave et satisfait : avec ses grosses joues et son regard impassible, il avait tout d'un lutteur de sumo à la retraite, le chignon en moins. Ou de la divinité dodue d'un autel domestique, le sourire en moins. Le Miyagachi Tose aux cheveux ras des détectives privés. Le Bouddha austère et repu des justiciers qui opèrent dans l'ombre."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un opéra de Pékin, une chanson populaire cantonaise, une berceuse japonaise
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le goût de l'ombre, de l'aventure et de l'action silencieuse.
Il a suffi de quatre Japonais dans un bar enfumé de Guangzhou pour activer chez le détective privé Zhu Wenguang - dit «Zuo Luo», ou encore «Zorro» - la lointaine mécanique des souvenirs.
De la belle Yatsunari Sesuko, qui a fini sa vie cloîtrée dans un temple bouddhiste, à la timide Zheng Leyun dont la famille fut massacrée pendant la Révolution culturelle, en passant par la délicieuse Yang Cuicui jadis maltraitée par son yakusa de mari, les destinées tragiques des trois femmes de sa vie se répondent, et le convoquent soudain. Ce sera d'abord dans le Chinatown new-yorkais, puis dans l'extrême nord du Japon, aidé par une médium, un chien errant et une enfant perdue, qu'il devra tenter de démêler l'écheveau des souvenirs, au rythme lancinant d'un road movie existentiel bercé de contes traditionnels et de musiques chinoises.
Parfois, on croit entendre Philip Marlowe, et tout à trac, au milieu d'un chapitre de pure narration, surgit, comme dans un film muet, un carton qui nous transporte d'une cocasse contingence sous le souffle du surnaturel : «Très brève histoire de Michele Chen et du chien Vieux-Fang, racontée par Zhu Menfei à son cousin Zhu Wenguang, dit Zuo Luo». Et encore, vous n'avez rien vu : parfois, c'est le chien qui raconte. Alors, avant d'embarquer dans cette superbe lecture, relisez plutôt votre contrat d'assurance. Surtout les petites lignes.
Où l'on se retrouve très vite immergé dans une affaire romanesque bien plus rêveuse et mélancolique qu'il n'y paraissait de prime abord. Derrière l'intrigue centrale, disons quasi policière, se profilant et s'imposant un tout autre enjeu...
Cette quête intime sur les traces de ses amours perdus se mêle à son activité de détective, l'entraîne de la Chine vers New York et le Japon. Il y a énormément de fantaisie, de vivacité, de vraie et élégante drôlerie dans ce parcours - mais tout cela modulé par un désenchantement discret et tenace, un secret fond d'anxiété.
Foutraque ? Oui. Pourtant on se prend à suivre, avec un plaisir que renforce l'écriture simple et belle de Christian Garcin, les tribulations de notre moderne Zorro, de Guangzhou à New York en passant par Hokkaido, au Japon. Chez Garcin, la narration est lente, subtile, parsemée de dialogues souvent drôles et de contes philosophiques très factuels...
Roman noir, road-movie, légende fantastique, ce livre déroutant propose une revigorante plongée dans le monde actuel. Christian Garcin alterne descriptions des délices de l'Asie et horreur de ces destins brisés.
Entre Asie et Occident, rêve et réalité... Décidément Christian Garcin sait brouiller les pistes de l'enquête...
En bouleversant nos habitudes de lecture, le romancier réussit à tout faire gober avec jubilation : la bière locale servie par une Russe dans un bar de Guangzhou, les Japonais qui s'expriment en chinois, les chiens qui parlent aux chamans et les privés grassouillets séduisants. La narration bousculée devient un plaisir ludique, les bagarres de coin de rue sont des morceaux de bravoure et lorsque Zuo Luo et la petite Yoko se plantent devant un lac, main dans la main, face à un crapaud qui s'essuie la bouche de sa patte avant gauche en roulant des yeux, on applaudit en réclamant la suite des aventures de Zorro et de son copain Bec de Canard.
Bec-de-canard soupira. Il coinça sa cigarette entre ses grosses lèvres, ferma un peu l'oeil gauche, et sortit lentement de sa poche une enveloppe longue et fine qu'il déposa juste devant lui, sur la petite table ronde du Bembo café, à portée de main de Zhu Wenguang, dit Zuo Luo, qui cependant ne broncha pas, trop occupé à tirer sur son cigarillo, réfléchissant à ce qu'il venait d'entendre. Autour d'eux, au-dessous du nuage de fumée qui semblait flotter indéfiniment dans l'air tiédasse du bar, les conversations bruissaient et glissaient sur les notes trop aiguës qui émergeaient parfois d'un magma musical à peu près inaudible.
«Récupérée» ? fit sombrement Zuo Luo.
C'est le terme qu'a utilisé la famille, indiqua Bec-de-canard.
La toute jeune Irina Lewidowskaïa avançait vers eux, accentuant à la limite de la contorsion sa démarche chaloupée, tentant maladroitement de reproduire celle d'une actrice américaine qu'elle avait vue la veille dans un téléfilm des années quatre-vingt. Lorsqu'elle fut tout près d'eux, Bec-de-canard ne leva pas la tête et lui fit simplement un signe de la main, index et majeur dressés.
Non, non, rectifia Zuo Luo. Un thé, pour moi. Du Mao fan.
Irina Lewidowskaïa s'inclina légèrement, fit un élégant demi-tour et se dirigea vers le bar.
Tu es malade ? s'enquit Bec-de-canard en contemplant l'émouvante ondulation des hanches qui s'éloignaient.
Un peu trop bu hier soir, avoua Zuo Luo. J'étais invité chez les parents d'Hibiscus.
Bec-de-canard mima une intense réflexion.
Hibiscus... Hibiscus... Celle du tournevis ?
Zuo Luo le fixa sans broncher.
Pourquoi, tu en connais d'autres ?
Non, c'est vrai... Hibiscus. La fille au tournevis. Tout va bien pour elle ?
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