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.. La malédiction de Jacinta

Couverture du livre La malédiction de Jacinta

Auteur : Lucia Puenzo

Traducteur : Anne Plantagenet

Date de saisie : 03/06/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : La cosmopolite

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 9782234064232

GENCOD : 9782234064232

Sorti le : 09/02/2011

Dans nos mégalopoles, à Buenos-Aires comme ailleurs, rien de moins improbable que la rencontre de deux paumés.
Elle, c'est Twiggy : plus de deux mètres et la maigreur du top-modèle dont elle porte le nom. Elle essaye d'échapper à ses parents, à ses psys, à ses médicaments, à elle-même. Avec l'énergie du désespoir. «C'est une de ces filles qui n'arrêtent pas de sourire même quand elles sont au bord du suicide», pense Pepino.
Lui, Pepino, son surnom (concombre) lui colle à la peau depuis qu'il a été un des figurants d'une série populaire «Señora Maestra». De fait, il n'a jamais grandi, ni dans son corps, ni surtout dans sa tête. Quand on a été le modèle d'une génération d'enfants, c'est dur de s'accommoder de la réalité d'un pays en crise. D'autant plus si personne ne se souvient de vous, ni le public, ni vos anciens camarades.
Pour Twiggy, Pepino déroule le fil de ces semaines où il a été la marionnette de sa mère, prête a tout pour lui obtenir un succès qui la flatterait, et de Santa Cruz, le scénariste qui lui propose un étrange marché...
La mort de Jacinta, l'institutrice de la série, rapproche pour un dernier baroud quelques-uns des acteurs, tous des ratés aux rêves trop grands - et si ce roman nous touche autant, c'est sans doute qu'il nous renvoie à la part d'enfance que nous n'arrivons pas à trahir tout à fait.
«Si tout le monde a des enfants géniaux, s'interroge Pepino, comment se fait-il qu'il y ait autant d'adultes médiocres ?»Et il apporte la réponse la page suivante : «Grandir, c'est cesser d'être une promesse».
La décision qu'il prend à la fin du livre dément cette phrase, et donne à Pepino sa véritable dimension.


  • Les présentations des éditeurs : 13/01/2011

Jeune homme désorienté, Pepino vit dans La Plata, à Buenos Aires, un quartier en marge. Tenant son surnom de la série Señorita Maestra, qui mettait en scène une classe d'enfants dans laquelle il jouait un bègue, il est obsédé par son auteur : Santa Cruz.
Un soir, alors qu'il a décidé de tuer Bochatón - un chanteur rock sur le retour - pour le faire accéder à la gloire, il rencontre une jeune femme perdue : Twiggy. Schizophrène, droguée et loufoque, elle reconnaît sa solitude dans les yeux de ce garçon aux airs d'orphelin. Ils tombent amoureux et deviennent inséparables. Après avoir cru croiser Santa Cruz dans la rue, ils apprennent la mort mystérieuse de Jacinta Pichimahuida, l'institutrice de la série. S'ensuivent des disparitions tragiques d'anciens acteurs, enfants stars, tombés depuis dans l'anonymat. Mais Santa Cruz est-il toujours en vie ? Qui se cache derrière Pepino, celui que personne ne reconnaît jamais ? Lucia Puenzo nous offre, avec La malédiction de Jacinta, un portrait au vitriol d'une Argentine cernée par la violence et la drogue. Enfants déboussolés d'avoir connu le succès trop jeunes, mères ambitieuses qui confondent leur reflet avec celui de leur progéniture, auteurs de séries vaniteux... Avec un humour noir et décapant, Lucia Puenzo n'épargne aucun des travers de notre société du spectacle éphémère.

Lucia Puenzo est née à Buenos Aires en 1976. Elle est écrivain et réalisatrice. Elle a écrit L'enfant poisson, son premier roman, à l'âge de 23 ans. Ses romans ont été traduits en Italie, en Allemagne, au Brésil et aux États-Unis. Après un court-métrage, Los invisibles en 2004, son premier long métrage, XXY, a remporté le grand prix de la Semaine Internationale de la Critique à Cannes en 2007, ainsi qu'un Goya du meilleur film étranger, parmi d'autres récompenses. En 2009, elle adapte L'enfant poisson au cinéma dans un film interprété par Emme et Inès Efron.


  • Les courts extraits de livres : 13/01/2011

Ils se sont rencontrés dans le bus, en direction de La Plata.
C'est Pepino qui l'a vue en premier. Il l'a vue entrer dans le terminal, il a senti une odeur de marijuana flotter dans son sillage... Elle a les genoux et les coudes plus grands que les jambes et les bras. Elle mesure presque deux mètres. Dès qu'elle fait un pas elle dépasse les autres mortels. A côté d'elle, ils ont tous l'air d'être des nains vulgaires. Elle ressemble à la mariée des Noces funèbres de Tim Burton ; c'est ce qui a séduit Pepino. Ou peut-être sa façon de rire après s'être pris une porte vitrée en pleine figure. Elle s'est retrouvée assise par terre. Et aussitôt elle s'est mise à saigner du nez. La marque de son visage s'est imprimée sur la vitre. Pepino a été le seul à rire avec elle. Leurs rires étaient contagieux. Elle a fini par hoqueter comme un poisson sur le sol et elle s'est pissé dessus. C'est à ce moment-là, quand il a regardé son visage alors qu'une petite flaque se formait à ses pieds, que Pepino est définitivement tombé amoureux. En revanche tout le monde a commencé à se moquer d'elle. Petits et grands. Twiggy a baissé la tête et elle a couru aux toilettes, pleine de sang et de pisse. Pepino ne l'a pas revue avant le bus. Elle a été la dernière à monter. Certaines personnes l'ont reconnue. Quelque chose transpire des filles restées célibataires. Désespoir. Naufrage. Les yeux de Twiggy étaient ainsi : deux naufragés désespérés. Elle a avancé entre les gens avec deux petits bouts de coton enfoncés dans les narines. Elle fredonnait une chanson de Donald, doucement, sans aucun placement de voix. Les vagues et le vent / Zu cun dum zu cun dum / Le froid de la mer / Cha la la la la la la... Il y avait plein de sièges vides, mais elle s'est dirigée vers lui.
- Je peux m'asseoir ?
- Couloir ou fenêtre ?
- Fenêtre.
Pepino a poussé son blouson. Twiggy l'a enjambé. Elle portait une robe noire avec un K dessiné dans le dos.
- Tu vas voir Kabusacki ? a-t-elle demandé.
- Bochatón, a-t-il répondu.
- Ah.
Twiggy a regardé par la fenêtre en se mordant les lèvres comme s'il avait insulté sa mère. Elle n'a rien dit avant que le bus quitte le terminal. Alors elle a attaqué.
- Kabusacki a plus de talent.
Il a haussé les épaules. Ça l'a encore plus énervée.
- Défends-le. Si tu l'aimes au moins défends-le.
Elle avait le nez enflé à cause de l'impact contre la porte vitrée et un bleu au front.
- Je sens la pisse ?
- Quoi ?
- La pisse... Je pue ?
- Non.
- J'ai dû enlever ma culotte.
Là, il l'a regardée.


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