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Auteur : Capucine Ruat
Date de saisie : 14/01/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 9782234064911
GENCOD : 9782234064911
Sorti le : 02/02/2011
Angèle attend : elle attend - dans une salle d'attente - pour une consultation chez un médecin. Elle est peut-être enceinte, du moins le croit-elle, comme bien souvent.
En attendant, elle fait défiler sa vie.
Sa prime enfance, avec sa soeur Arielle.
Avant la découverte de ce désamour filial : le rejet de Grammy, sa grand-mère paternelle, pour son fils, et le rejet de Mané, sa grand-mère maternelle, pour sa fille - c'est une histoire d'hérédité, de tous les côtés -.
Armelle, sa mère, souvent malade, presque incapable d'un geste d'amour ; l'enfermement de leur vie à quatre ; la difficulté des relations entre parents, soeurs.
L'admiration d'Angèle, la moche, la garçonne, la révoltée, pour sa soeur Arielle, qui est belle, dans la "norme" qu'on attend d'elle.
La relation d'Angèle avec Mané, son refuge. Jusqu'au jour où éclate sa haine pour sa fille, Armelle.
Pendant cette attente - une de plus - elle a tellement l'habitude d'attendre, depuis qu'elle est petite- dans cette salle, Angèle soliloque, elle raconte à son futur bébé que la transmission du malheur, de rejet, est fini. Elle ne veut pas transmettre le poids du désamour, des non-dits.
Comme ce frère, qu'elle a surnommé Eric, qu'elle n'a jamais vu, puisque Armelle, sa mère, a avorté (sur les conseils de Grammy, qui lui a même prêté l'argent).
Toutes ces vies, qui se sont assemblées autour de ce chaînon manquant, d'un grand désamour commun, le grand-père, la grand-mère, les parents. Tout ce poids qu'il faut arriver à évacuer pour, enfin, pouvoir être mère véritablement.
Et contre toute attente, elle apprend que, peut-être, enfin, elle attend un bébé.
La fin de toutes les attentes ?
«L'année passée les grands-mères sont parties, les parents sont devenus orphelins. Ils n'en sont pas inconsolables. Ils sont inconsolables de n'être jamais nés. Il y a beaucoup d'enfants qui ne naissent jamais, et des adultes qu'on n'a pas mis au monde. La mort a fermé les yeux des disparus et ouvert ceux des survivants, tous deux sont à présent parfaitement lucides.
J'aimerais l'être moins. J'aimerais te consoler de naître dans cette famille-là. J'aimerais l'inventer un monde qui n'existe pas. J'aimerais être moins seule avec mes questions. De mon histoire j'ignore parfois ce qu'il y a à comprendre, mais je sais qu'il faut m'en débarrasser avant même de connaître ton visage, ton odeur et ta peau, ton premier cri. Pour ne pas te déranger trop tôt, pour conjurer les absences, les silences et la déraison qui rongent nos vies. Ce sont des histoires anciennes qui nous engloutissent pourtant et qui t'engloutiront sinon. Je préfère que tu naisses sans mensonge.
La seule vérité c'est que j'attends.»
Capucine Ruat est née en 1975. Celle qui ne parle pas, son premier roman, a puni chez Stock en 2006.
Alors que mon ventre s'arrondit, durcit sous mes mains, je m'aperçois que tu m'as terriblement manqué ; tu m'as même manqué chaque jour. Ta présence minuscule, déjà, me réchauffe ; elle me fait très peur aussi. Depuis longtemps j'attends autre chose. Cette chose, aujourd'hui, va grandir et s'épanouir ; mon poing s'ouvrir et t'accueillir, il sera chaud, doux et aimant. Ce poing-là, je le serrerai fort pour toi. Personne ne te fera du mal.
Ce qu'il y a de bien dans notre famille, c'est qu'ils meurent tous. Ils deviennent inoffensifs. Ce qu'il y a de moins bien, c'est que nous mourons avec eux. Bientôt on ne sera plus que quatre, les parents, ma soeur et moi; et ça ne changera pas grand-chose, parce qu'au fond on a toujours été seuls, nous quatre. Moins que les doigts de la main, pourtant serrés comme un poing.
L'année passée les grands-mères sont parties, les parents sont devenus orphelins. Ils n'en sont pas inconsolables. Ils sont inconsolables de n'être jamais nés. Il y a beaucoup d'enfants qui ne naissent jamais, et des adultes qu'on n'a pas mis au monde. La mort a fermé les yeux des disparus et ouvert ceux des survivants, tous deux sont à présent parfaitement lucides.
J'aimerais l'être moins. J'aimerais te consoler de naître dans cette famille-là. J'aimerais t'inventer un monde qui n'existe pas. J'aimerais être moins seule avec mes questions. De mon histoire j'ignore parfois ce qu'il y a à comprendre, mais je sais qu'il faut m'en débarrasser avant même de connaître ton visage, ton odeur et ta peau, ton premier cri. Pour ne pas te déranger trop tôt, pour conjurer les absences, les silences et la déraison qui rongent nos vies. Ce sont des histoires anciennes qui nous engloutissent pourtant et qui t'engloutiront sinon. Je préfère que tu naisses sans mensonge.
La seule vérité c'est que j'attends.
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