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Auteur : Frédéric Werst
Date de saisie : 24/03/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Fiction & Cie
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782021035728
GENCOD : 9782021035728
Sorti le : 13/01/2011
Smar ethön smara eman ena (le pigeon, au lieu de s'envoler, regarde le lointain.) Ne cherchez pas quelle peut bien être cette langue aux sonorités enchanteresses, elle n'existe pas. Plus exactement elle n'existait pas avant que Frédéric Werst ne l'invente, elle et son peuple - les Wards - leur histoire et leur littérature. Parce qu'une langue disparaît tous les 15 jours «ce seul fait justifie que la littérature prenne la peine de penser, sinon de compenser une telle perte». Aussi Werst invente t-il sous nos yeux le Wardwesân (lexique et précis de grammaire disponible en fin d'ouvrage) qui est le personnage principal de ce roman. Car il s'agit bien d'un roman, d'une fiction virtuose sur la gestation historique. La fabrication de l'hisoire présentée sous la forme d'une anthologie bilingue wardesân/français, dont on ne peut s'empêcher de consulter sans arrêt la VO. Werst invente les textes fondateurs des Wards puis quitte leur nébuleuse poétique pour donner des récits épiques, des contes populaires et invente toute la geste romanesque de ce peuple tout entier créé par le verbe, c'est à dire la littérature.
1) Qui êtes-vous ? !
S'il m'intéressait de parler de moi-même, j'écrirais de l'autofiction.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le thème central de Ward, s'il y en a un, c'est l'histoire d'un peuple appelé les «Wards», et racontée à travers sa littérature. Leurs textes sont présentés dans leur langue et traduits en français.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Au hasard, celle-ci, tirée d'un ouvrage composé par une philosophe des Wards ayant vécu au début du IIe siècle :
«Ereza mazh ke Atwashōn ār maza atwazan ankōn nenō ab emarenta zawan ak na xent zant ar maza aw zaman bēr ak aw jora nazma ab mazaphan axad ar mazaran axad ar mazaban axad ar mazaghan.»
Ce qui veut dire : «Atwashôn nous fit un jour, à nous ses disciples, la réponse suivante au sujet du bonheur : qu'il avait l'intuition qu'il existait quatre sortes de bonheur, et qu'elles peuvent être nommées la satisfaction, le futur, l'échange de paroles et la traduction.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Peut-être une oeuvre vocale, et polyphonique. Quand j'écris, j'ai besoin de silence et je n'écoute pas de musique. A une seule exception près : un hymne religieux que j'ai écrit en écoutant Akhnaten («Akhenaton») de Philip Glass. C'est une évocation de l'Égypte millénaire, dont certaines parties sont chantées en ancien égyptien. Ce n'est pas sans rapport avec Ward.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La fascination pour les autres façons d'être humain que celle que nous avons aujourd'hui et que nous jugeons, sans doute à tort, très «civilisée». La curiosité pour les langues, les littératures, les cultures étrangères ou disparues. L'interrogation sur notre histoire, nos choix de civilisation, nos valeurs, nos croyances. L'inquiétude, enfin, devant ce qu'entraîne la mondialisation : domination d'une culture uniforme, langue unique et bientôt obligatoire, destruction programmée de tout ce qui est différent.
Soit un peuple imaginaire. Ils s'appelleraient les Wards. Ils parleraient une langue nommée le wardwesân. En des temps anciens, ils auraient habité le continent du nord. Mais après la chute de leur première capitale, ils se seraient peu à peu installés sur le continent du sud. C'est là, vers l'année zéro de leur calendrier, qu'ils auraient fondé un nouveau royaume, l'Aghâr, sous la conduite de leur chef Zaragabal. Poussés par le désir de fixer leurs traditions, leurs croyances, leurs idées et leurs rêves, ils se seraient mis à écrire abondamment. Alors aurait commencé la période «classique» de leur histoire et de leur littérature.
C'est cette littérature que j'ai voulu reconstituer ici, me référant à nos connaissances les plus actuelles sur les Wards. Le présent volume est une anthologie des oeuvres composées par ce peuple aux Ier et IIe siècles après Zaragabal. C'est un recueil bilingue : les extraits qui le composent y figurent dans leur version originale en wardwesân, accompagnés d'une traduction française. Le lecteur découvrira ainsi des poètes et des prosateurs, des mythes et des récits, des textes religieux ou philosophiques, des fragments relevant de l'histoire, de la géographie et de quelques autres domaines.
Une rapide notice introduit chacun de ces extraits. Un abrégé de la grammaire du wardwesân ainsi qu'un lexique aideront les lecteurs qui le souhaitent à tenter de nouvelles traductions.
Frédéric Werst est né en 1970. Il vit à Paris.
A une époque de fictions parfois minuscules, l'ambition de Frédéric Werst détonne par son apparente inactualité, sa prétention salutaire et sa liberté presque fanfaronne. Elle rappelle que l'écrivain peut tout, certes, mais surtout qu'il n'a de comptes à rendre à personne, sinon à sa langue et à son lecteur. Gageons d'ailleurs que ce dernier, l'épais volume en question à peine entrouvert, connaîtra entre deux vertèbres cette sueur froide et ce frisson qui témoignent d'un texte qui échappe et poursuit tour à tour. Car inqualifiable, ce premier livre de Frédéric Werst l'est, indéniablement. Et pourtant qualifié, ce qui en fait le vertige et l'enjeu...
Après avoir exploré des formes poétiques épiques, élégiaques ou lyriques, le conte mythologique ou populaire, les discours scientifiques, religieux ou philosophiques, le livre glisse en effet du côté du roman, à la fois achèvement linguistique et synthèse intellectuelle. Fiction et parabole de la gestation historique du roman, Ward Ier-IIe siècle raconte en fait, et presque sans que le lecteur s'en rende compte, sa propre naissance en tant que roman. Et sans aucun doute, celle de son auteur comme romancier - et pas n'importe lequel.
Car si Ward fascine et captive, si on s'y laisse happer et submerger, c'est aussi, et surtout, parce nous y est racontée une histoire extraordinaire : celle de l'aube d'un peuple, appliqué à rêver et construire une civilisation. Un peuple qui vit et tout ensemble médite cette expérience d'exister, élaborant peu à peu son grand récit fondateur. Celui que, toujours et partout, se sont inventé et raconté les hommes pour expliquer l'incompréhensible monde qui les entoure...
A travers tous ces textes, produits par la capacité spéculative et rêveuse de ce peuple imaginaire, la rencontre a bel et bien lieu, intense et poignante, entre le lecteur d'aujourd'hui et ces hommes venus d'antan, venus d'ailleurs.
Le livre que voici se présente comme une anthologie de la littérature d'un peuple imaginaire, les Wards. Dans les extraits qui la composent, j'ai cherché à évoquer ces gens, leur histoire, leur monde, leurs mythes, leurs idées, élaborant des genres littéraires, essayant des principes formels ou esthétiques, rêvant des poètes ou des prosateurs, des théologiens ou des philosophes - mais avant tout, c'est de l'invention d'une langue qu'il était question. Cette anthologie est en effet bilingue, et j'ai choisi de donner de ces textes, outre une traduction française, leur version originale dans la langue des Wards, le «wardwesân».
Il y aura peut-être des personnes pour s'étonner qu'on puisse emprunter le détour d'une langue fictive au lieu de s'exprimer simplement dans son parler naturel. L'essence du projet cependant {impliquait. Mais au-delà des motifs personnels et de l'intérêt que j'ai pris à ce jeu, on pourrait éventuellement lui trouver quelques raisons plus sérieuses, et quand bien même celles-ci ne seraient que rétrospectives.
Il paraît que tous les quinze jours une langue disparaît de la surface de la planète. Ce seul fait suffirait à justifier que la littérature puisse prendre la peine de penser, sinon de compenser, une telle déperdition. Je m'étonne quelquefois que mes contemporains, prompts à s'émouvoir de la fonte des glaciers ou de l'extinction d'espèces animales, soient si peu inquiets de cette autre destruction, qui n'est peut-être pas moins significative, au sens où elle touche intimement à notre humanité. Et même sans considérer ces cas extrêmes, ne fait-on pas, à l'occasion, le constat d'un malaise dans l'usage de la langue, et à tout le moins d'un désamour assez répandu pour ce qui apparaît de plus en plus comme une technologie jetable vouée à la «communication», et de moins en moins comme la texture de notre parole ?
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