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Auteur : Jordi Soler
Traducteur : Jean-Marie Saint-Lu
Date de saisie : 06/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782714448422
GENCOD : 9782714448422
Sorti le : 27/01/2011
L'écrivain, au hasard d'une rencontre littéraire, se voit confier un document révélateur du passé méconnu de son grand oncle, républicain espagnol qu'il pensait mort, héroïquement, à la frontière française en voulant échapper aux franquistes. Commence alors une épopée sauvage sur les traces de cet aïeul, une quête sombre et délétère, dans l'univers fantasque de la forêt pyrénéenne. Le mythe familial s'effondre dévoilant un parcours sordide sur fond de guerre où l'Homme peut perdre son humanité.
Tissant le suspense au travail de mémoire, un livre fascinant, bouleversant et magnifiquement écrit.
Par l'un des plus grands auteurs espagnols actuels, un jeu de piste virtuose entre réalité et fiction pour une enquête familiale échevelée. Peuplé de personnages extraordinaires, tour à tour héroïques et effrayants de sauvagerie, un conte magnifique de noirceur autour des thèmes récurrents de Soler : l'exil, la mémoire, la culpabilité, le poids de l'histoire familiale.
Lors d'une conférence, Jordi Soler rencontre une femme étrange qui lui remet une photo et une lettre.
Sur la photo, trois soldats républicains parmi lesquels Arcadi, le grand-père du narrateur, et Oriol, son frère.
Dans la lettre, une incroyable révélation. Oriol, qu'Arcadi avait dû abandonner blessé en 1939, et que tout le monde croyait mort ou reconverti en pianiste quelque part en Amérique latine, Oriol aurait vécu le reste de sa vie, là, près d'Argelès-sur-Mer.
Bouleversé, Jordi Soler va découvrir la face cachée de celui que la légende familiale avait érigé en héros...
Que signifie la perte, celle qu'on évoque trop facilement pour les victimes de guerre, avec une formule «ils ont tout perdu» ? Oriol, qui avait perdu aussi toute trace de sa femme et des siens, ne s'était sans doute pas retrouvé, reconstruit par la suite. Reconnaissant son incapacité à juger si longtemps après les événements, Jordi Soler découvre d'autres frontières, celles qui, fragiles, précaires, séparent de la barbarie, et il tente de cerner le mystère de l'identité. Les régions forestières qui en définitive n'ont guère changé depuis la guerre civile favorisent une intrigue enchevêtrée, presque policière, et donnent accès à un romanesque que l'uniformisation, la banalisation des sociétés actuelles ne permettent plus.
Les Pyrénées sont un immense calvaire de neige, de glace et de roches coupantes. Et l'homme qui les gravit, arrachant à chaque pas péniblement sa jambe blessée et tirant à sa traîne un compagnon encore plus mal-en-point que lui, semble s'engloutir dans un paysage en noir et blanc. Nous sommes en février 1939, la Catalogne vient de tomber aux mains des franquistes et le dernier espoir pour les soldats républicains est devenu celui de survivre. Leur salut, qui sait, est peut-être en France...
S'y cachent des géants, des ogres, des bêtes. "C'est un conte de fées noir", dit-il simplement. Entre la réalité âpre et l'invention tragique, il y grave chaque page à l'eau-forte. Pas un tracé de trop. La puissance d'évocation du texte est vertigineuse.
Cet écrivain mexico-catalan est tombé tout petit dans la marmite du réalisme magique cher à García Márquez...
Jordi Soler, métamorphosé en inspecteur Columbo littéraire, traque le fantôme de son grand-père Arcadi, fondateur d'une colonie agricole au pays de Zapata, et surtout celui de son grand-oncle, Oriol Soler, pianiste virtuose disparu dans les Pyrénées alors qu'il tentait de fuir la répression franquiste. Un mort mythique, sublimé par une tribu sans racines. Par hasard, en 2007, l'écrivain découvre que ce héros n'a pas péri sur une crête enneigée et qu'il a été recueilli par un gardien de chèvres, un géant aux allures de yéti.
Mêlant fiction et réalité, Jordi Soler retrace avec virtuosité l'épopée familiale entre ombre et lumière...
Jordi Soler va se lancer sur les traces de ce grand-oncle mythique, né en 1918, auquel il ressemble tellement, paraît-il, mais finit par reconstituer la "vie infâme" d'une personnalité trouble, moins héroïque que traître et criminelle. Mêlant toujours avec brio fiction et réalité, mémoire et imagination, toujours dans un style enlevé, sur un ton très personnel, le romancier parvient encore une fois à nous fasciner et à nous émouvoir. Non content de batailler inlassablement contre l'oubli, il imprime à son récit un véritable suspense, jusqu'au coup de théâtre final à Prats-de-Mollo, non loin d'Argelès, le 18 février, jour de la très populaire fête de l'ours.
Après le destin d'Arcadi, réfugié républicain dans la forêt de Veracruz (Les Exilés de la mémoire) puis la vie des Espagnols déracinés au Mexique (La Dernière Heure du dernier jour), Jordi Soler achève sa trilogie romanesque d'essence autobiographique avec cette somptueuse Fête de l'ours : une oeuvre sauvage, un sombre conte de fées. Virtuose et bouleversant, Soler entremêle les genres littéraires, glissant de l'épopée au thriller, de l'aventure intime à la magie.
ON SAIT QUE LA DÉFLAGRATION DE LA PREMIÈRE BOMBE se faufila en rampant sous son lit, comme un animal, et qu'un instant plus tard elle se fragmenta en un râle de lumière qui grimpa le long des murs et dessina un éclair au plafond. On sait que cette déflagration et les quatre qui suivirent firent penser à Oriol que son espoir de quitter ce lit vivant était mince. On sait aussi qu'un quart d'heure plus tard il avait introduit quelques nuances dans cette pensée noire : les bombardements, d'après son calcul fébrile, visaient le port, or lui se trouvait hors du bourg, loin de là, interné dans un baraquement aménagé en hôpital, et un hôpital peut facilement éveiller la pitié de l'ennemi. On sait que depuis plusieurs semaines Oriol avait des éclats de grenade dans une fesse, et que sa blessure, soignée à la va-vite par un médecin au milieu du champ de bataille, était à mi-chemin entre la putréfaction galopante et la gangrène, état propice à la fièvre permanente et au délire, et bien peu adapté à un bombardement : c'était presque le comble du malheur, car la guerre était perdue et Oriol ne désirait plus que passer en France pour se mettre à l'abri des représailles de l'armée franquiste qui les bombardait du ciel et qui sur terre était sur leurs talons. Le plus facile pour lui aurait peut-être été de s'accrocher à sa première pensée, de reconnaître que ses chances de survivre étaient minces, et tout simplement de se rendre, de s'abandonner, de cesser de se consumer devant un avenir bref et pauvre, un avenir qui n'irait probablement pas au-delà de la bombe suivante, et de toute façon, acculé comme il l'était par les explosions et l'embrasement colérique, se faire des illusions était inutile et inopportun. On sait qu'Oriol, voyant la guerre perdue, avait laissé sa femme à Barcelone et que, cherchant à quitter l'Espagne, il avait erré de-ci de-là avec son frère jusqu'au moment où, sa blessure le faisant de plus en plus souffrir, il avait accepté d'être interné dans ce baraquement où il récupérait avec quatre-vingt-quinze autres soldats républicains, prostrés sur des lits semblables au sien, ou à même le sol, affligés de blessures et d'infirmités diverses, certains amputés d'un membre, manchots, boiteux, borgnes, désastreux bataillon de soldats grièvement blessés et moribonds. On sait que ces soldats n'avaient presque pas de médicaments, que personne n'aurait la moindre commisération pour eux, et on sait aussi qu'il y avait un médecin qui faisait ce qu'il pouvait et qui, dès le premier bombardement, après ces râles de lumière qui grimpaient le long des murs et plongeaient les soldats dans le désespoir, leur avait promis qu'un car viendrait les chercher pour les emmener dans un hôpital en France, où ils seraient à l'abri des représailles et pourraient guérir grâce à une équipe de médecins à la hauteur de leur malheur, un peloton blanc, soigné et souriant qui, vu de cette clinique improvisée et infecte, ressemblait à une hallucination.
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