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.. Trésor d'amour

Couverture du livre Trésor d'amour

Auteur : Philippe Sollers

Date de saisie : 03/02/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 17.90 €

ISBN : 978-2-07-078086-0

GENCOD : 9782070780860

Sorti le : 05/01/2011

J'aime Stendhal, j'aime Venise, j'aime Sollers.
L'amour est une eau trouble, insondable qui souvent glisse sous les canaux de Venise, sous notre regard. L'amour est histoire de passion, de déchirure, d'intensité de douleurs. Sollers plonge dans le monde de Stendhal. Sa vie, ses interrogations, ses femmes. Il nous décrit son siècle, son histoire, ses égarements, ses nuances. Mais c'est avant tout dans les silences que l'auteur nous entraine : dans ces moments si rares et si importants pour un couple quelque que soit son lieu de naissance ou date d'existence. La rencontre est là, secrète, intense. Comme l'écrivain avec son lecteur.


Quelle est donc cette mystérieuse alchimie qui précède notre choix de lecture ? Quelques phrases parcourues au hasard d'une page, l'attrait d'un univers capable encore de nous bousculer ou nous surprendre ? La fidélité à un auteur, à une musique des mots, à une langue, à un lieu ? Dans le cas de Trésor d'amour, c'est tout cela à la fois.

Fermez les yeux... Vous êtes à Venise, la ville où Philippe Sollers achète quatre roses rouges qu'il dépose sur le sol aux Gesuati, à San Vio, à San Agnese, à San Trovaso, endroits où il a connu les plus grands bonheurs de sa vie. Un trésor de mémoire. Dans cette Venise dérobée et secrète, il y retrouve Minna Viscontini, 35 ans, professeur de littérature comparée, spécialisée dans le domaine français qu'elle consacre à un seul auteur : Stendhal.

Et comme entre Sollers et Stendhal c'est une histoire d'amour, celle de Sollers et Venise aussi, nous voici embarqués dans un théâtre d'ombres où apparaissent, derrière une improbable glycine violette débordant d'un balcon, Mathilde Dembowska ; sous un soleil de feu, Fabrice Del Dongo, Julien Sorel, Madame de Chasteller, fiction et réalité de Stendhal mêlées sans autre souci que de les ressusciter sous le signe de l'Amour, clef de voûte de ce roman du bonheur. Célébration de la vie, de la beauté, de la musique, de la littérature, ce texte ne serait qu'une succession de chapitres supplémentaires au Discours parfait - paru voici un an chez le même éditeur - sans la présence de Minna à laquelle il consacre parmi ses plus belles pages d'écrivain.

On ne sort pas, on ne voit personne, l'eau, les livres, les oiseaux, les arbres, les bateaux, les cloches, le silence, la musique, on est d'accord sur tout ça. Jamais assez de temps encore, encore. Tard dans la nuit, une grande marche maritime, et retour, quand tout dort. Je me lève tôt, soleil sur la gauche, et voilà du temps, encore, et encore du temps. On se tait beaucoup, preuve qu'on s'entend. L'amour, c'est comme retrouver un parent perdu, son regard traverse la mort. Et plus loin : Je reste sur les quais rougis de soleil jusqu'à ce que la nuit tombe. Au bord des escaliers de marbre plongeant dans l'eau, les algues deviennent de plus en plus noires, et les piquets de bois du canal mercuriel ont l'air de s'élancer vers le ciel. Encore une fois, la grande certitude m'enveloppe. Je suis assis, à l'écart, dans ce quartier isolé de Venise, je vais rentrer dans un appartement où Minna m'attend, penchée sur son ordinateur. Bateaux illuminés dans l'ombre, barques amarrées tirant sur leurs cordes, derniers passants, bruits sourds, fermeture des volets. Neuf coups au clocher des Gesuati, là-bas, pour dire l'heure. Dîner de friture de poissons avec bouteille de bordeaux. Encore quelques lignes à la main, velours et silence, et puis sommeil, et puis soleil, et puis bonheur.

Et puis le temps s'arrête, on ouvre à nouveau les yeux, revenus d'un incroyable voyage à travers les siècles où se croisent et se découvrent - comme les lignes de la main où se forge le destin - ces mouvements du coeur qui sont de tous les temps, sous le regard de Stendhal, le personnage central du livre, derrière lequel Philippe Sollers s'efface ou se confond.

Nous allons écouter Don Giovanni à la Fenice, et voici que la musique et les voix font voler le théâtre, et toute la lagune avec lui. On sort, on marche un peu dans la nuit, on prend le bateau, l'eau nous enveloppe, tout est velours, tout est gratuit.

Un vrai bonheur !


Une courte lecture de Philippe Sollers


  • Les présentations des éditeurs : 01/02/2011

«On vit donc à Venise, Minna et moi, à l'écart. On ne sort pas, on ne voit personne, l'eau, les livres, les oiseaux, les arbres, les bateaux, les cloches, le silence, la musique, on est d'accord sur tout ça. Jamais assez de temps encore, encore. Tard dans la nuit, une grande marche vers la gare maritime, et retour, quand tout dort. Je me lève tôt, soleil sur la gauche, et voilà du temps, encore, et encore du temps. On se tait beaucoup, preuve qu'on s'entend.
Les amoureux sont seuls au monde parce que le monde est fait pour eux et par eux. L'amour est cellulaire dans les tourbillons du hasard, et ces deux-là avaient une chance sur quelques milliards de se rencontrer à la même époque. Entre le français et l'italien, il y a une longue et bizarre histoire. Elle ne demande, avec Stendhal, qu'à s'approfondir.»



  • La revue de presse Philippe Rolland - le Magazine Littéraire, février 2011

Trésor d'amour : vous trouvez que ça sonne mièvre, et Sollers vous approuve d'entrée de jeu : «Vous imaginez aujourd'hui un roman ayant pour titre Trésor d'amour ? Ça paraîtrait grotesque, on ne l'ouvrirait qu'en cachette.» Alors pourquoi ce titre ? Parce que les mots «doivent être décrassés, ou alors laissés aux clichés du cinéma et de la mauvaise littérature», et parce qu'il vaut encore la peine de s'intéresser «à l'amour-goût, à l'amour-passion», contre «l'amour-publicité, l'amour-chansons, l'amour-télé, l'amour-magazines, l'amour-people»...
Vivre, écrire, aimer : la trinité essentielle est là, qui vous emporte dans la «chasse au bonheur» si chère à Stendhal. Pour mener à bien cette chasse, il faut renouer avec l'esprit du XVIIIe siècle, et parier contre le kitsch et la maussaderie du XIXe... Mais, pour accéder au paradis, il faut être passé par l'enfer : le bonheur est toujours un malheur surmonté, il ne se détache bien que sur fond noir...
Art de vivre, traité sur l'amour, hommage à Stendhal, manuel de guerre du goût, Trésor d'amour est tout cela et plus que tout cela, «un plus-que-roman dont le vieux roman, vexé, dira, bien entendu, qu'il ne s'agit pas d'un roman».


  • La revue de presse Jean-Paul Enthoven - Le Point du 20 janvier 2011

Jamais Sollers ne s'est montré plus pacifié. Plus clairvoyant. Il s'amuse, se tait, réfléchit. Stendhal lui va bien...
Sur tous ces thèmes, Sollerstendhal brode et étincelle : l'avenir de l'homme, celui de la femme, de la littérature, de la politique, de la solitude, de la musique, de la séduction, de la religion (Sollers le catholique, sur ce point, se contorsionne un peu pour coïncider avec Stendhal le prêtrophobe), des sentiments et, même, du temps forment ici la matière d'un livre rare et joyeux. Les amateurs de Privilèges seront, de surcroît, comblés par les mille variations lumineuses qui voltigent en arabesques autour du vieux programme beyliste : "SFCDT" (Se Foutre Carrément De Tout). Qui dit mieux ?


  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 13 janvier 2011

Voici Sollers rajeuni par Stendhal et contaminé, jusque dans la phrase brève, primesautière, allègre, par l'indéfinissable grâce du plus italien et mozartien des écrivains français. Roman, rêverie, portrait, autoportrait, ode à l'amour-passion ? Ecrit au stylo à pompe sur un cahier Clairefontaine par le «survivant d'un passé perdu et sans lendemain», «Trésor d'amour» est tout cela à la fois.


  • La revue de presse Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche du 9 janvier 2011

D'habitude, il proclame urbi et orbi que son livre est épatant. Rien de tel cette fois. Là-dessus, un silence presque modeste. Douterait-il de lui ? Ce n'est pas le genre. Au contraire, il sait que son roman est l'un de ses meilleurs. Il a eu l'intime conviction que je le penserais aussi, en quoi il a vu juste,..
L'auteur de Femmes (1983) est toujours à l'aise avec les femmes, les siennes, ou celles de Stendhal : Minna, Clémentine, Alberthe, Giulia, etc. Plus les héroïnes des romans. Sollers fait de la «cristallisation» littéraire. Il cite Stendhal à foison. C'est un ménage italien à trois : Minna, Stendhal et Sollers. Ça fonctionne bien...


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 6 janvier 2011

En un demi-siècle, le style a changé : il a accéléré, raccourci, suggéré. Pickpocket à l'ouïe fine, Sollers a rejoint les trous de la dentelle et des poches crevées. Le discours demeure : l'amour et la littérature comme uniques essences, poumons, véhicules de liberté...
A chaque texte, le cavalier Sollers prend un canasson qui lui sert de miroir. Cette fois, c'est donc Stendhal. Il y a eu de bons livres sur Stendhal, un écrivain dont rêvent les écrivains. Sollers n'écrit pas un livre sur Stendhal, qu'il cite beaucoup, mais sur Sollers lisant, vivant, amendant, prolongeant Stendhal : conversation au galop, infinie, soumise et insoumise...
Sollers écrit pour vivre les privilèges qu'il s'accorde. Il a 74 ans, 21 ans, il en a 7. Il jette l'encre dans sa cabane avec ses livres, ses tableaux, son Mozart, sa Venise, ses créatures, amoureux, sensible, solitaire, puisque «la solitude est devenue la seule aventure».


  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Le Monde du 6 janvier 2011

Venise, un décor vital pour Sollers qui y passe ses saisons douces, un décor et un corps, nous y sommes, à pied d'oeuvre pour le roman d'amour que le titre promet. "Tesoro d'amore" a existé, un bric-à-brac où l'on peut fixer soi-même, sous l'indifférence lasse du tenancier, le prix des bagues que l'on offre à celle qu'on aime. Ici, elle s'appelle Minna, jeune, belle, libre et cultivée, une universitaire spécialiste et amoureuse de Stendhal, elle aime les fleurs pour ce qu'elles sont, pas pour les messages qu'on leur prête, elle aime le narrateur qui ne se nomme pas ni ne se cache d'être l'auteur lui-même (il cite coquettement son Dictionnaire amoureux de Venise et La Fête à Venise). Mais non, Sollers veille au grain, dès la troisième page de texte, il avoue sa souriante et provocante imposture : "Vous imaginez aujourd'hui un roman ayant pour titre Trésor d'amour ? Ça paraîtrait grotesque, on ne l'ouvrirait qu'en cachette."...
Dans le mitan du livre, Stendhal finira par en dire bien plus long que Sollers. Bien sûr, Minna reviendra assurer le suivi romanesque, chargée de fleurs et de fruits, de promenades en bateau et de promesses tenues dans le retrait du blanc des pages. Mais Stendhal s'immisce, s'installe, le narrateur s'efface devant lui, non pas pour disparaître, mais comme on doit s'effacer devant l'autre au passage d'une porte pour lui emboîter le pas et ne plus le lâcher...
Les deux auteurs se joignent pour admirer la beauté du silence que la musique impose. Et la boulimie d'écrire, l'amour des femmes et de la nuance. Tout portrait est un autoportrait et toute admiration une modestie heureuse.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 5 janvier 2011

Venise, un homme, une femme, de la lumière, du silence, des livres - essentiellement ceux de Stendhal : De l'amour, La Chartreuse de Parme, Privilèges. Il n'en faut pas davantage à Philippe Sollers pour, suivant le principe de composition digressif qui est sien - principe «cubiste», analyse-t-il quelque part -, inventer un roman...
«Visse, scrisse, amò», il a vécu, il a écrit, il a aimé, telle est l'épitaphe sans chagrin ni rancune que Stendhal voulait gravée sur sa pierre tombale.


  • Les courts extraits de livres : 01/02/2011

Nuit après nuit, jour après jour, en rêve, la demande est insistante et pressante : il faut absolument terminer ce livre, le mener à bien, le livrer à l'extérieur pour le vérifier. Il faut. Le titre, Delta, est là depuis des années, je revois quand et comment il a surgi en mouvement devant moi, l'eau miroitante du Dorsoduro, à Venise, les lettres bleues sur fond blanc du grand bateau venant d'Alexandrie. Il était midi, les cloches sonnaient à toute volée, j'avais pris une sérieuse dose, l'horizon se mêlait à lui-même, c'était le splendide automne, et, une fois de plus, la grande certitude était là.

C'est quoi «la grande certitude» ? Rien de particulier, le ciel en soi, le Graal. Pour que l'événement ait lieu, il faut, évidemment, un comble de fatigue, de découragement, d'angoisse, de dégoût, la morsure de mort habituelle, le coup de l'abîme. Tu te traînes, tu rampes, tu multiplies les erreurs, tu as mal partout, tes yeux fondent. Pas d'issue, torrent d'oubli, non-sens général. Et puis soleil, et puis ça va.

Ainsi, ce dimanche-là, l'admirable et élégant Delta fendait l'eau, remorqué par le Pardus, avec ses voyageurs massés sur les ponts dans la lumière et le tintamarre des mouettes et des cloches. En ce temps-là, si je me souviens bien, ma vie était un enchantement durable. Des heures de trous noirs, mais elles rendaient le soleil plus fort. Comme le dit Lancelot en train de chanter et danser dans la grande prairie aux quatre pins : «Qu'il fait bon garder ses amours !» Au diable les affaires, les costumes, les dates. La bonne folie nous convient.

Les mots «trésor», «amour» appartiennent spontanément au vocabulaire amoureux, ils sont prononcés un milliard de fois par jour dans toutes les langues, sous toutes les latitudes, et fleurissent sans cesse sur les lèvres des mères et des grand-mères qui adorent leurs enfants et petits-enfants, surtout mâles. À l'instant l'une d'elles me téléphone : elle est avec son petit-fils de trois ans dans un parc de Paris, et je l'entends toutes les dix secondes s'inquiéter de son équilibre, «Trésor attention !», «Amour, non, reviens !», mots chantonnés de façon gracieuse. Tous les téléphones portables de la planète, même ceux qui n'ont rien à cacher, sont remplis de ces murmures, chastes ou pas. L'humanité s'en défend, mais elle est passionnée et pudique. Elle rougirait de dévoiler son intimité : «Chéri», «Chérie», «Amour !», «Trésor !» Qui s'exprimerait ainsi au-dehors, sauf affectation théâtrale, sombrerait vite dans le ridicule, mais tout va bien s'il s'agit de bébés par définition charmants. Vous imaginez aujourd'hui un roman ayant pour titre Trésor d'Amour ? Ça paraîtrait grotesque, on ne l'ouvrirait qu'en cachette.


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