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Auteur : Michel Rostain
Date de saisie : 13/04/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : OH ! éditions, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 15.90 € / 104.30 F
ISBN : 9782361070175
GENCOD : 9782361070175
Sorti le : 13/01/2011
Lion est mort. Brutalement. Vaincu par la fulgurance d'une bactérie tueuse.
21 ans, des parents aimants, des projets plein la tête.
A travers ce récit, entre fiction et réalité, Michel Rostain parle, avec une infinie délicatesse de l'impensable deuil. Incrédulité, hébétude, refus de cette perte.
Pourquoi, comment, avant, pendant, après. Des larmes, des rires. Le soutien des proches. La culpabilité parfois et surtout, l'amour, à chaque page, en merveilleux fil d'Ariane.
Confrontés à cet indicible possible, on rit, on pleure et l'on ressort de cette lecture qui nous chamboule, un plus forts.
«Le onzième jour après ma mort, papa est allé porter ma couette à la teinturerie. Monter la rue du Gouédic, les bras chargés de ma literie, le nez dedans. Il se dit qu'il renifle mon odeur. En fait, ça pue, je ne les avais jamais fait laver ces draps ni cette couette. Ça ne le choque plus. Au contraire : subsiste encore quelque chose de moi dans les replis blancs qu'il porte à la teinturerie comme on porterait le saint sacrement. Papa pleure le nez dans le coton. Il profite. Il sniffe encore un coup la couette, et il pousse enfin la porte du magasin.
Papa ne peut plus traîner. Condoléances, etc. Le teinturier - recondoléances, etc. - débarrasse papa de la couette. Papa aurait voulu que ça dure, une file d'attente, une livraison, une tempête, juste que ça dure le temps de respirer encore un peu plus des bribes de mon odeur. Papa se dépouille, il perd, il perd.»
Michel Rostain nous happe dans le récit d'un deuil impensable. Avec une infinie pudeur et une grande finesse, il nous entraîne dans les méandres d'un amour absolu, celui d'un père pour son fils.
Michel Rostain vit à Arles. Né en 1942, metteur en scène d'opéras, il a dirigé la Scène nationale de Quimper-Théâtre de Cornouaille - de 1995 à 2008.
«Dans ce livre totalement singulier, Michel Rostain parvient à dire l'indicible, à penser l'impensable, à cerner avec délicatesse un événement monstrueux : la disparition brutale d'un enfant adulte.
Je l'ai lu six fois. À chaque fois j'ai pleuré. Plus étonnant, à chaque fois j'ai ri. Et à chaque fois je l'ai refermé en éprouvant une immense gratitude envers l'auteur, d'avoir su nous faire ressentir la beauté de l'amour, la manière miraculeuse dont elle nous enrichit, par-delà le deuil.»
Nancy Huston
«Le Fils est un torrent de vie, d'humour noir et d'amour qui déborde et fait comprendre comment on peut, malgré tout, vivre avec "ça".»
Jean-Marcel Bouguereau
Survivre à la mort de son enfant. Terrible épreuve que bon nombre d'écrivains ont raconté, chacun à leur manière, allant du poème, de la pièce de théâtre, jusqu'au roman en passant par le récit autobiographique...
Il peut apparaître scandaleux de faire parler son fils mort, de lui prêter peut-être des sentiments qu'il n'a pas éprouvés, mais il n'en est rien. Tout comme l'était L., Le filsde Michel Rostain tourne le dos au voyeurisme, à la complaisance, au misérabilisme et au pathos...
Avec parfois beaucoup d'humour, Michel Rostain transforme ce "récit d'un deuil improbable" en un hymne à la vie, et en une réflexion universelle sur le deuil, et les caprices de la mémoire.
En rendant hommage à Lion, son fils disparu, le metteur en scène de théâtre lyrique signe un livre bouleversant, prix Goncourt du premier roman...
L'auteur s'éloigne parfois du père, mêle un peu de faux dans ce vrai tellement douloureux. Il s'est demandé s'il allait changer les noms, les prénoms. Et puis non, puisque c'est arrivé vraiment. Rostain introduit un peu d'humour dans cette tristesse infinie, un peu de lumière dans ce tunnel. Longtemps, il n'a pas dit à sa femme, Martine, sur quoi il écrivait. L'oeuvre achevée, il lui en a fait la lecture à voix haute. Ils ont pleuré, encore. Comme le lui avait dit l'un de ses amis qui avait perdu son fils, lui aussi : «Tu verras, on peut vivre avec ça», Rostain vit depuis «avec ça». Et en a tiré un très beau livre.
Cet homme, qui a longtemps dirigé le Théâtre de Cornouaille, aurait pu raconter au premier degré le drame qui l'a anéanti. Mais parce qu'il déteste l'emphase pathétique qu'encourageait trop naturellement son cauchemar, il a trouvé un subterfuge. Parce qu'il n'est pas écrivain, Rostain a eu une idée de metteur en scène. Dans le livre, c'est son fils qui parle. Son fils qui, d'outre-tombe, observe ses parents se débattre avec les urgences de l'hôpital, la question de savoir s'il faut l'enterrer ou l'incinérer, le business kitsch des pompes funèbres, la culpabilité. Son fils qui, comme n'importe quel fils de 21 ans, trouve son père «un peu vieux jeu», et se moque gentiment de lui quand il se complaît dans le malheur, joue sa date de naissance au Loto, ou renifle une dernière fois sa couette qui «pue» avant de la donner au teinturier. Son fils qui, pendant 174 pages, au présent de l'indicatif, reste à ses côtés pour l'encourager chaque fois qu'il repasse du côté de la vie.
Michel Rostain met en scène une nouvelle vie, après la mort foudroyante de son fils, dans un roman pur, Le fils, Goncourt du meilleur premier roman 2011. Il arrive que l'on transforme sa douleur en littérature. C'est rare, mais cela arrive. Il faut, pour cela, aimer passionnément la vie. Ne pas céder à la tentation des jérémiades. Ne pas verser dans le témoignage. Se garder de toute leçon de morale. Inventer quelque chose (une forme, un style, une histoire) C'est, précisément, ce qu'a magnifiquement réussi Michel Rostain après avoir perdu son fils, emporté en quelques heures par une méningite foudroyante.
Michel Rostain est la preuve vivante de deux choses. D'abord qu'on peut remporter le Goncourt du premier roman à 68 ans. Surtout qu'on «peut vivre avec ça». Survivre à son fils terrassé par une méningite à 21 ans. Raconter, tenter d'ordonner un peu le chaos...
Rostain, homme de théâtre, s'en sort en écrivain équilibriste, esquivant les écueils (pathos, hagiographie de l'enfant chéri, dolorisme) au moyen d'un procédé trompe-la-mort : faire de son fils le narrateur de son propre deuil...
Oui, il est blessé, amputé. Et après ? «On peut courir avec une jambe en moins.» S'il avait quelque chose à transmettre, ce serait ça. Ça et remercier ceux qui l'ont tiré du gouffre. Dont cet ami qui l'a appelé ce soir-là pour lui souffler, en connaissance de cause, «on peut vivre avec ça», et qu'il a fini par entendre.
Le prix Goncourt du premier roman a été décerné mardi à un livre atypique. L'auteur a perdu son fils unique en octobre 2003. Lion avait 21 ans. Une méningite foudroyante l'a emporté en quelques heures. Metteur en scène d'opéra, Michel Rostain est un artiste et un intellectuel. Habitué à porter sur la vie un regard distancié, il déteste le pathos. Pour évoquer les semaines qui ont précédé et suivi la mort de son fils adoré, il a imaginé une mise en scène romanesque habile : c'est le jeune homme lui-même qui est le narrateur..
Chercher encore des mots
Qui disent quelque chose
Là où l'on cherche les gens
Qui ne disent plus rien
Trouver encore des mots
Qui savent dire quelque chose
Là où l'on trouve des gens
qui ne peuvent plus rien dire
Erich Fried
Papa fait des découvertes. Par exemple ne pas passer une journée sans pleurer pendant cinq minutes, ou trois fois dix minutes, ou une heure entière. C'est nouveau. Les larmes s'arrêtent, repartent, elles s'arrêtent encore, et puis ça revient, etc. Plein de variétés de sanglots, mais pas une journée sans. Ça structure différemment la vie. Il y a des larmes soudaines - un geste, un mot, une image, et elles jaillissent. Il y a des larmes sans cause apparente, stupidement là. Il y a des larmes au goût inconnu, sans hoquet, sans la grimace habituelle ni même les reniflements, juste des larmes qui coulent.
Lui, c'est plutôt le matin qu'il a envie de pleurer.
Le onzième jour après ma mort, papa est allé porter ma couette à la teinturerie. Monter la rue du Couédic, les bras chargés de ma literie, le nez dedans. Il se dit qu'il renifle mon odeur. En fait, ça pue, je ne les avais jamais fait laver ces draps ni cette couette. Des jours, des mois et des mois que je dormais dedans. Ça ne le choque plus. Au contraire : subsiste encore quelque chose de moi dans les replis blancs qu'il porte à la teinturerie comme on porterait le saint sacrement. Papa pleure le nez dans le coton. Il évite les regards, il fait des détours bien au-delà du nécessaire, il prend à droite, rue Obscure, il redescend, puis non il remonte, nie Le Bihan, rue Émile-Zola, les Halles, quatre cents mètres au lieu des cent mètres nécessaires, il profite. Il sniffe encore un coup la couette, et il pousse enfin la porte du magasin.
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