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Auteur : Fred Paronuzzi
Date de saisie : 21/01/2011
Genre : Jeunesse à partir de 13 ans
Editeur : Thierry Magnier, Paris, France
Collection : Romans ados
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 978-2-84420-885-9
GENCOD : 9782844208859
Sorti le : 05/01/2011
"On leur fout une trouille pas possible à ceux d'en face, vous imaginez pas. Ils auraient moins peur d'une invasion d'extraterrestres. A croire qu'on va leur refiler des maladies inconnues ou polluer l'air qu'ils respirent. Sans déconner, si les africains se mettaient à boire l'eau de mer pour traverser à pied, de l'autre côté, ils seraient bien capables de pisser tous en même temps histoire de faire remonter le niveau de la mer"
Ils ont quitté l'Algérie. Quand l'horizon est un mur, il vous prend des envies d'autre part, des envies de partir parce qu'on se sait prisonnier d'une cage dont personne d'autre ne distingue les barreaux. Nour, parce qu'elle est tombé amoureuse du mauvais garçon, de ceux qui couchent avec les filles sans trop se soucier des conséquences. Tariq, parce que dès le départ la vie ne lui avait pas filé les bonnes cartes.
Au fond de leurs poches, une carte postale, cornée, rafistolée avec du papier collant : der Berliner der fernsehturm. Mais au fond qu'importe, que ce soit la photo d'une tour de télévision, de la Tour Eiffel, du Colisée ou de Big Ben, c'est juste un bout de rêve. Un truc qui fait tenir, serrer les dents, qui empêche de flancher, qui permet de supporter les trajets en camion, les passeurs, la misère, la faim et la peur.
Alors face à la mer, face aux lumières de l'Espagne, Nour et Tariq rêvent de devenir à leur tour des harragas*, des brûleurs de détroit. Deux gamins en vadrouille vers un destin ou vers l'oubli... non, vers un destin car leur route aussi vache soit-elle croisera celle du blagueur Ahmed et de la douce-amère Madame El-Fathi.
Un roman sensible pour comprendre ce qui pousse des jeunes gens sur la route de l'exil.
*Harraga (mot originaire de l'arabe maghrébin Harrag, qui brûle) désigne les migrants qui brûlent, autrement dit, qui traversent clandestinement le détroit de Gibraltar.
Elle s'appelle Nour - Lumière, en arabe - et elle porte bien son nom. C'est une élève brillante et l'avenir lui semble infini, débordant de promesses.
Quand elle succombe au charme envoûtant d'Idriss, elle ne se doute pas, alors, qu'aimer peut être une faute...
Il lui faudra fuir, pourtant, devenir Youness. Partir loin des siens. Attraper ce cargo vers la terre promise, l'Europe.
Nour et Tariq paient des passeurs pour quitter leur pays.
Récit à deux voies : celle de Nour, sa vie d'avant, la condition des femmes et celle de Youness, le garçon qu'elle est devenue pendant sa fuite, celle qui veut s'en sortir. Pour comprendre ce qui pousse les jeunes immigrés à tout quitter.
Fred Paronuzzi est né en 1967 à Ugine, en Savoie, région qu'il habite toujours bien qu'ayant beaucoup voyagé pour enseigner le français au Canada, en Écosse et en Slovaquie. Outre ses activités d'écrivain, il est maintenant professeur de lettres et d'anglais en lycée professionnel.
Youness
Une peur féroce la marque de son empreinte. Elle la tient, impitoyable, fait ployer sa nuque, tandis qu'une vague nauséeuse lui soulève l'estomac au rythme des cahots. La chaleur est étouffante et, par instants, elle a le sentiment d'être ballottée dans un cercueil.
De la cabine, la musique lui parvient faiblement, comme d'un monde devenu inaccessible.
Après un moment, elle reconnaît la chanson : Zawali.
Tariq dort la bouche entrouverte, son visage tombe sur son épaule, puis se redresse soudain avant de replonger, mollement. Il oscille. Un peu de bave coule de ses lèvres à son menton, semblable à la trace qu'aurait laissée un escargot dans son sillage. Les gros bidons d'essence, à l'avant, s'entrechoquent lourdement. Des courroies les maintiennent en place. Elles craquent, gémissent. Les traverses en bois servant de dossiers cognent et meurtrissent les reins.
Un passeur a eu pitié d'eux. Il a suspendu, à l'aide d'un chiffon maculé de cambouis, une lampe de poche qui se balance et dispense sa lumière pâlotte, rempart chancelant contre les ténèbres. Elle s'accroche à son halo de toutes ses forces, craignant que son coeur ne cesse de battre si elle venait à s'éteindre.
En face d'elle, un des deux Noirs somnole, sa tête roule sur sa poitrine. L'autre a le regard baissé et fixe le sol entre ses pieds. Fourbu. Ses paupières s'ouvrent puis se ferment avec une lenteur hypnotique.
Quand ils sont montés, leurs compagnons de voyage étaient déjà là, tassés dans la pénombre. Peau noire sur fond de nuit. A peine visibles.
Pour eux, la peur a débuté bien loin d'ici.
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