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William S Burroughs est, avec Jack Kerouac et Allen Ginsberg, l'une des trois grandes figures de la Beat Generation apparue aux Etats-Unis dans les années 1950.
Hormis son premier chef-d'oeuvre, Le Festin nu, publié en France par Gallimard (et adapté au cinéma par David Cronenberg) presque toute son oeuvre a paru chez Christian Bourgois. Le Porte-lame, son unique oeuvre encore inédite en français, s'inscrit dans la série des romans qui ont assuré sa popularité en France à partir des années 1970 : Les Garçons sauvages, Les Derniers Mots de Dutch Schutz, etc.
Recourant à la technique du scénario, Burroughs décrit un film imaginaire, tourné à Manhattan en 2014. Les laboratoires, par purs cynisme et mercantilisme, entravent l'accès aux traitements les plus efficaces. Une médecine clandestine se développe, dont le fonctionnement est calqué sur celui du trafic de drogue, avec ses chimistes, ses revendeurs, ses praticiens, ses patients. Le porte-lame (the blade runner) est celui qui convoie la marchandise illégale dans les rues de la mégapole.
Il y a une puissante ironie à voir le drogué notoire William Burroughs ériger en modèle le trafic de stupéfiants, non plus pour détruire des vies, mais pour les sauver. Son roman, bref, incisif, excitant, est aussi un magnifique hommage à la ville de New York.
La revue de presse Mathieu Lindon - Libération du 6 janvier 2011
«Les concombres ne se font pas hara-kiri. Il y a quelque chose qui cloche...» Ce qui se transmet au risque de mettre en péril la valeur de cette planète, c'est la dégénérescence. Puisqu'on sait prolonger indéfiniment la vie des malades, ils ont de plus en plus d'occasions de se reproduire. Des manipulations de divers ordres, sanglantes, drolatiques, sont indispensables pour maintenir un semblant d'étrange équilibre. Le Porte-Lame donnera au lecteur curieux des informations sur la copulation du dinosaure et les ravages oncologiques chez les extraterrestres («Racaille spatiale !»,«E.T. go home !» sont des slogans qui ne se présentent pas dans n'importe quel livre). L'humour et l'ironie de Burroughs sont des composantes supplémentaires des univers terrifiants que l'écrivain met en scène : le lecteur ne sait jamais à quel point il en est lui-même partie prenante.
La revue de presse Amaury da Cunha - Le Monde du 6 janvier 2011
Dans ce livre jusque-là inédit en français, Le Porte-Lame, les amoureux du vertige vont se retrouver. Si le titre original (The Blade Runner) a donné au cinéaste Ridley Scott le titre de son premier film, il n'a rien à voir avec William Burroughs - sinon ce même goût pour l'anticipation du désespoir...
Dès les premières pages de ce livre furieux et drôle, l'oeil-caméra de l'écrivain explore ce monde qui s'est retourné sur lui-même : visions apocalyptiques d'une ville où circulent désormais des animaux échappés de zoos (gare aux requins d'eau douce dans l'Hudson et aux anguilles électriques dans les cuvettes de W-C) et où les gangs se déplacent en deltaplane...
Dans les recoins de ce texte halluciné, Burroughs fait parfois preuve d'un moralisme lucide : "Le genre humain n'a pas d'avenir, à moins de rejeter son passé mort et d'assumer la face cachée de son propre être." En regardant le monde à rebours, il en sape les valeurs, mais il provoque aussi le rire : le désastre peut être un événement joyeux.