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Auteur : Hélène Bessette
Postface : Maylis de Kerangal
Date de saisie : 21/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Léo Scheer, Paris, France
Collection : Laureli
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-7561-0283-2
GENCOD : 9782756102832
Sorti le : 12/01/2011
Les éditions Léo Scheer rééditent actuellement dans leur collection Laureli l'oeuvre de Hélène BESSETTE, une auteure française du XXe siècle. Je viens de lire son roman N'avez vous pas froid, et, N'ayons pas peur des mots, c'est exceptionnel. Ce sont les lettres d'un mari à sa femme. Ils ne sont plus en bons termes. Uniquement ses lettres à lui. Il semble à la fois blasé, exaspéré, hésitant, aimant, haineux.
Sa maitrise de l'écriture est fascinante, presque violente. Le style surprend, s'accorde au contenu, s'adresse au ventre. C'est une oeuvre majeure.
Dora quitte le domicile conjugal pour se soigner en Suisse. Son mari, G., semble en profiter pour rompre; il lui écrit des lettres qui oscillent entre supplication de retour et manifestation de dégoût pour leur vie conjugale, évoque son aventure avec la douce Érida, jalouse la camaraderie de sa femme avec l'un de ses amis, fustige sa foi chancelante... Dora lui répond-elle ? Ses lettres n'apparaissent pas. Seule s'élève la voix du mari, pasteur et père, dans toutes ses contradictions, laissant les réactions de sa femme dans l'ombre : forcément victime, forcément coupable, puisqu'elle ne nous est décrite qu'à travers un regard peu objectif. Mais aussi terriblement libre, incernable, irréductible, car évoluant en dehors de l'espace du roman.
Bessette dépeint avec son acuité et sa cruauté habituelles la tragédie de la rupture et la complexité des sentiments qui s'y déploient : tendresse inaliénable, lassitude croissante, renoncement aux rêves de la jeunesse, poids des conventions sociales, ressentiment... Elle interroge le genre épistolaire en y insufflant de la poésie, dissèque d'une langue acérée la blessure spirituelle et charnelle qui sépare le couple. «Mécanique de haute précision, le roman poétique de Bessette est une marche vers le dévoilement, la lucidité. Au sortir du "canyon Bessette", on cligne des paupières, ébloui...» (Maylis de Kerangal, postface)
Hélène Bessette (1918-2000), quatorze livres publiés aux Éditions Gallimard entre 1953 et 1973, Prix Cazes en 1954, deux fois inscrite sur les listes du Goncourt et du Médicis. Parus chez Laureli/Léo Scheer : Le Bonheur de la nuit (inédit, 2006), maternA (2007), Suite suisse (2008), Ida ou le délire suivi du Résumé (2009), La Tour(2010).
Patiemment rééditée, et nullement déplacée parmi ces plumes d'aujourd'hui, tant sa propre prose acérée et poétique n'est en rien obsolète ou datée. Au contraire. En témoigne, après Le Bonheur de la nuit (2006) et Suite suisse (2008), ce N'avez-vous pas froid, roman du désamour, qui s'offre à lire sous forme d'une série de lettres adressées par un homme à la femme avec laquelle il est en train de rompre...
Le tableau, sans décor ni figures, sans échappatoire, est infiniment cruel, saisissant d'âpreté et de justesse.
Le texte de N'avez-vous pas froid, à première vue - c'est la bonne -, se donne à voir comme une singularité : ni le gris compact de la narration description ni le sage empilement des alinéas du dialogue. À la lire, rien non plus de l'énonciation poétique telle que nous en avons l'habitude. Se pencher sur ces pages, à y tomber, pris dans l'attraction vertigineuse des phrases lancées dans le vide par cette voix qui parle : c'est l'expérience qui attend le lecteur. Roman difficile ? Rien de plus simple pourtant. Une présentation conventionnelle dirait qu'il s'agit d'un roman par lettres, un échange à sens unique. Lettres d'amour d'un seul personnage, comme on en connaît depuis les Lettres d'une religieuse portugaise, au XVIIe siècle, même si amour se dit ici rejet, cruauté, manipulation...
Là est l'enjeu : les mots, au coeur de la tragédie. Le roman en propose trois. Celle de la crise conjugale, celle de la vérité et celle de la parole
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