Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Alain Claude Sulzer
Traducteur : Johannes Honigmann
Date de saisie : 09/03/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Jacqueline Chambon, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7427-9502-4
GENCOD : 9782742795024
Sorti le : 05/01/2011
Après «Un garçon parfait» (Medicis Étranger 2008) et «Leçons particulières», le suisse germanophone Alain Claude Sulzer clôt avec «Une autre époque» sa trilogie sur les secrets et les amours interdites.
Le narrateur se souvient du jour où, à 17 ans, il s'attarde sur l'unique photo de son père, Emil, qui se suicida quelques semaines après sa naissance, en 1954. Sur cette photo, il remarque que son père porte une belle montre, que le cliché a été pris par un photographe parisien professionnel, un certain André.
Il décide alors de partir pour Paris, sans prévenir sa mère ni son beau-père, enquêter sur un passé dont il ignore presque tout. Paris a un effet bénéfique sur ce jeune homme. Sans bien comprendre pourquoi, il se sent bien dans la capitale. Il est motivé par la certitude qu'il va en apprendre plus sur Emil, son père.
Élégante et allant à l'essentiel, l'écriture d'Alain Claude Sulzer est entraînante.
Cette «autre époque» et les secrets d'Emil sont parfaitement rendus. Les relations d'Emil avec de jeunes hommes, ses troubles, son «mariage accidentel», tout défile à un rythme maîtrisé jusqu'au dénouement. Derrière cette histoire de famille et les tribulations d'Emil, l'écrivain retrace une histoire sociale, sans fioritures et c'est ce qui rend le récit crédible du début à la fin de ce roman. Dans les années 50 en Europe, les homosexuels étaient traités comme des malades pervers, alors même que les médecins des hôpitaux psychiatriques rechignaient à les considérer comme des patients !
Mélancolique, mais ni militant ni pathos, ce livre vous déroutera très agréablement.
1) Qui êtes-vous ? !
Je m'appelle Alain Claude Sulzer, je suis Suisse, écrivain, et je viens de publier mon neuvième roman, Une autre époque, le troisième traduit en français aux éditions Jacqueline Chambon.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est l'histoire d'un fils qui part à la recherche de l'histoire d'un père qu'il n'a jamais connu, puisqu'il est mort quelques semaines après sa naissance.
C'est aussi l'histoire de ce père, qui a vécu dans les années 1950, et dont l'homosexualité, à cette époque, n'était pas un choix de vie possible. C'est quelque chose que l'on cachait, que l'on essayait de normaliser, par exemple par des séjours en hôpital psychiatrique, ou par un mariage, pour tenter de rentrer dans le rang.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Combien d'années cette photo avait-elle été posée là sans que je lui jette le moindre coup d'oeil, combien de milliers de fois étais-je passé devant, depuis que j'occupais cette chambre, sans y prêter attention, de combien s'en était-il fallu que je la range quelque part avant de l'oublier ? (...) Je ressentis la perte d'un homme que je n'avais jamais rencontré. Il avait peut-être fallu que j'aie dix-sept ans pour m'en rendre compte, à seize ans je n'aurais pas su le voir, à dix-huit ans, j'y aurais probablement été de nouveau aveugle.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
? ? ? ? ? ?
Mozart Fantaisie KV397 en ré min.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Des souvenirs vécus, imaginés ou inventés.
Il a toujours vu la photo de son père sans jamais se poser de question. Et brusquement, l'adolescent de seize ans s'interroge sur ce père mort à sa naissance. C'était un suicide, il le sait, mais sa mère n'aime pas en parler. Sans avertir ses parents, ce garçon sage, qui n'a jamais fugué, décide d'aller à Paris interroger André, le meilleur ami de son père. Et en reconstituant l'histoire de cette vie brisée, il découvre une autre époque. Une époque où être «différent» pouvait conduire à l'internement. Une époque où l'on se mariait pour cacher des désirs coupables. Une époque où l'on pouvait vous faire chanter, détruire votre vie et vous faire préférer la mort au scandale.
Le souffle de la tragédie traverse ce roman car le destin du père était inéluctable, mais sa mémoire sera sauvée grâce à l'amour de ce fils qu'il n'a jamais connu.
Alain Claude Sulzer est né en 1953. Il vit à Bâle et a publié de nombreux romans traduits dans plusieurs pays. Une autre époque est le troisième h paraître dans nos éditions. En 2008, Un garçon parfait s'est vu décerner le prix Médicis étranger. Il a également reçu le prix Hermann-Hesse.
Depuis son apparition dans les librairies françaises avec Un garçon parfait (Editions Jacqueline Chambon, 2008, prix Médicis étranger), on connaît le grand talent d'Alain Claude Sulzer pour décrire les amitiés particulières, la fascination dangereuse qu'un être peut exercer sur un autre. Comme dans Leçons particulières (Editions Jacqueline Chambon, 2009), autre histoire de passé ténébreux et de secrets difficiles à dévoiler, le romancier suisse parvient encore à peindre les tourments intérieurs qui agitent ses personnages. Un père et un fils impeccablement incarnés, creusés et éclairés.
Récit d'un temps où l'homosexualité ne se vivait que dans le mensonge...
Alain Claude Sulzer parvient, dans chacun de ses livres, à recréer une époque, une histoire sociale derrière la fiction sentimentale. Un garçon parfait se déroulait en 1933 dans un palace suisse dont les clients fuyaient l'Allemagne nazie. Leçons particulières évoquait le temps du rideau de fer. Ce troisième roman brosse un tableau glaçant des années 1950, dans une Europe qui traite les homosexuels comme des malades pervers qu'il faut soigner dans les hôpitaux psychiatriques. Traversé par la mélancolie, ce texte contrôlé et remarquablement déroutant refuse aussi bien le sentimentalisme que le militantisme.
Mon père était mort quelques semaines après ma naissance. Il ne me restait de lui qu'une photo. Elle faisait partie des meubles comme le lit ou la table, la reproduction de la Vierge au buisson de roses de Martin Schongauer, les rideaux et l'armoire, toutes choses avec lesquelles ma mère avait aménagé ma chambre il y avait déjà des années de cela. Bien que le portrait encadré de mon père ait toujours été là, je n'y faisais plus attention depuis longtemps, jusqu'à cet après-midi pendant les vacances d'automne où je m'arrêtai devant l'étagère de livres et où, pour la première fois depuis longtemps, je l'examinai attentivement. Attentivement, comme jamais. J'avais dix-sept ans, c'était un mercredi après-midi, il y a longtemps.
L'homme sur la photo, mon père, appuyait légèrement le menton sur les fines jointures de sa main gauche repliée. La montre qu'il portait à son poignet attira mon attention, peut-être par hasard. Jusque-là, je ne l'avais pas remarquée. Comme le cadran était tourné vers l'observateur, on pouvait lire l'heure et la marque. Les aiguilles indiquaient sept heures et quart, il s'agissait indubitablement d'une Oméga. Soudain, je fus frappé de l'avoir ignoré jusque-là, et j'en fus irrité.
Bien que l'heure soit parfaitement lisible, le moment de la journée était aussi indéfini que l'endroit où la photo avait été prise. Elle avait pu l'être à sept heures quinze du matin comme à sept heures quinze du soir. Qui l'avait prise ?
Un quelconque photographe, bien entendu. La photo qui fixait pour toujours mon père avait été prise, c'était mon impression, chez un professionnel, pas dans un environnement naturel, soit par un photographe, soit par un amateur doué, en tout cas par quelqu'un qui s'y entendait. Il n'aurait pas été difficile d'en avoir le coeur net. Il m'aurait suffi de détacher les fixations du cadre, d'enlever le carton de protection et de chercher au dos de la photo le tampon de son auteur, mais plus tard, pour l'instant quelque chose me retenait de le faire. Sept heures quinze, matin ou soir, ce n'était pas une heure habituelle pour un rendez-vous chez un photographe, sept heures quinze, en tout cas, c'était inhabituel.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia