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.. La ballade de Gueule-Tranchée

Couverture du livre La ballade de Gueule-Tranchée

Auteur : Glenn Taylor

Traducteur : Brice Matthieussent

Date de saisie : 22/03/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-246-75951-5

GENCOD : 9782246759515

Sorti le : 19/01/2011

Glenn Taylor, jeune professeur de lettres vivant près de Chicago nous livre un fabuleux premier roman, à ne manquer sous aucun prétexte !
Dès les premières pages, vous serez happés par l'histoire de "Early Taggart Gueule-Tranchée", alias "GT", alias "Chicopee", alias "Chicky"... alias...
Le héros de cette histoire vivra longtemps, très longtemps. Il aurait pourtant dû mourir à la naissance, mais traversera finalement tout le XXème siècle, laissant derrière lui, presque partout où il sera passé, des traces de son passage. Il deviendra très vite une légende vivante et vivra finalement de nombreuses vies.
Le récit débute en Virginie Occidentale en 1903. La démente et bigote mère de Early, qui deviendra très jeune et pour tout le monde "Gueule-tranchée" en raison d'une maladie rare et singulière, tente de le noyer. Elle croit entendre le diable s'exprimer à travers la bouche de son bébé... le jette dans une rivière et aggrave à vie sa maladie, faisant de lui un monstre de foire. Recueilli par une veuve bouilleuse de cru (elle fournit toute la région en gnôle maison), le jeune "GT" va rapidement s'adapter à des environnements particulièrement difficiles. Il saura tirer parti de toutes les situations, même les plus extrêmes. Au sein d'une congrégation de fous furieux vénérant un imaginaire Dieu serpent, il se fera une clientèle de dames attirées par ses dons de... "cunnilinguiste" ( !). As de la gâchette, sans doute en grande partie grâce à sa mère adoptive, il deviendra le héros d'une mutinerie sanglante contre les sociétés d'exploitation minière. En exil, caché dans la montagne, seul pendant 24 ans, il reviendra pour devenir bluesman (il fréquentera entre autres un certain Chuck Berry), puis journaliste proche de JFK en campagne présidentielle !
Cette incroyable épopée est servie par une écriture qui rappelle forcément Faulkner, McCullers, Twain ou encore Harrison, mais Glenn Taylor est un extraordinaire conteur qui possède indéniablement un style qui lui est propre. Les nombreux personnages qui peuplent ce roman ont tous un intérêt et servent cette histoire picaresque à l'écriture enlevée. Gueule-tranchée est un vrai héros, aussi repoussant qu'attachant et ses aventures illustrent l'Histoire de l'Amérique "profonde". C'est sans doute aussi un grand mystificateur...
Si vous commencer la lecture de "La ballade de Gueule-tranchée", il est possible que vous ne reposiez ce roman qu'après l'avoir terminé !
Une perle rare.
A l'Escale Littéraire, nous attendons avec impatience le prochain roman de Glenn Taylor.


Avis à tous les amateurs d'Amérique du début du XXe siècle.

Un roman rare, dense, épais, long en bouche, roman qui nous imprime des images au fond de notre cerveau...

A déguster, savourer et partager, on n'oublie pas gueule-tranchée.


  • Les présentations des éditeurs : 18/02/2011

Voici la légende d'un homme qui - pour autant qu'on prête foi à son récit - résume à lui seul l'âme et l'histoire de l'Amérique. 1903, Virginie-Occidentale. Early Taggart n'a pas deux mois quand sa mère démente et bigote, croyant avoir enfanté le rejeton du diable, tente de le noyer ; il survit par miracle, mais défiguré. Recueilli par une veuve bouilleuse de cru à la gâchette facile, «Gueule-Tranchée» ne sait pas encore qu'il va vivre mille vies. Monstre chéri de ces clames au sein d'une congrégation d'illuminés vénérant le dieu serpent. Héros d'une mutinerie sanglante contre les sociétés d'exploitation minière. Hors-la-loi en exil. Ermite des bois pendant un quart de siècle, ressuscité bluesman de génie puis journaliste à tu et à toi avec un certain JFK, alors en campagne présidentielle fantaisiste chez les ploucs. Enfin et peut-être surtout, grand mystificateur devant l'Éternel. Cette Ballade picaresque révèle un formidable conteur et fait entrer au panthéon du folklore américain l'un de ses plus tonitruants personnages.

Glenn Taylor est né à Huntington, en Virginie-Occidentale. Professeur de lettres, il vit aujourd'hui près de Chicago, avec sa femme et ses trois fils. La Ballade de Gueule-Tranchée est son premier roman.



  • La revue de presse Amaury da Cunha - Le Monde du 17 février 2011

Ouvrant La Ballade de Gueule-Tranchée, même ceux des lecteurs qui regardent avec un peu de dédain ce qu'on appelle les "romans fleuves", ne pourront manquer d'être secoués par la puissance de cette histoire : voilà en effet un livre qui réussit, dès ses premières pages, à capter complètement son lecteur. Et il y a fort à parier que celui-ci ne lâchera plus ce formidable premier roman, sorti de la tête de Glenn Taylor, jeune professeur de lettres vivant près de Chicago. Car avec son personnage picaresque, à la démesure rabelaisienne - aussi attachant que dégoûtant, aussi réel qu'incertain -, cet écrivain a réussi un vrai coup de maître romanesque : il a donné à Gueule-Tranchée l'envergure d'un mythe. Tout commence et tout finit par une confession : devant un journaliste venu de New York pour recueillir son témoignage, Early Taggart - dit Gueule-Tranchée - va raconter les 108 années de son histoire, qui survole aussi celle de l'Amérique.


  • Les courts extraits de livres : 22/01/2011

Prologue

Le 3 décembre 2010, le vieux se cousit les lèvres avec du fil de pêche. Les douleurs et les palpitations étaient de retour. Ce jour-là, qui était aussi celui de son cent huitième anniversaire, le magazine Time envoya un journaliste chez lui à Warm Hollow, en Virginie-Occidentale. A cause de la réputation du vieux, et à cause de Pearl Thackery. Pearl Thackery avait été le doyen des citoyens de la Virginie-Occidentale et il était mort la semaine précédente, laissant le vieux, cet ancien inventeur, charmeur de serpents, cunnilinguiste, tireur d'élite, homme des bois, harmoniciste et journaliste, devenir le plus vieil Homo Sapiens vivant de tout l'État.
Il avait juste laissé un petit trou, de la taille d'un haricot pinto, afin de pouvoir ingérer avec une paille sa chicorée et son thé aux aiguilles de pin. Pour parler, le cas échéant. Et pour fumer ses Chesterfield.
Quand le journaliste du magazine Time s'assit en face de lui à la table de la cuisine, le vieux rompit son voeu de silence et, au bout de quelques minutes, réussit à fumer et à parler en même temps. On avait du mal à comprendre, mais c'était malgré tout des paroles. Le journaliste enfonça la touche d'enregistrement de son minuscule dictaphone en acier. Un voyant rouge, gros comme une tique, s'alluma. Cette invention émerveilla le vieux. Il fixa des yeux le petit cercle rouge sur la table de la cuisine jusqu'à ce qu'il devienne flou. Cette loupiote le mettait dans tous ses états. Il faisait tourner un cendrier en verre soufflé entre ses mains aux veines couleur prune couvertes de taches violacées. Il avait la peau très fine et une abondante crinière de cheveux blancs. Ses yeux et ses oreilles, bien qu'affaissés et plissés, étaient toujours vaillants. Il pétait à volonté.
Le journaliste se mit au travail. «Parlez-moi de votre vie, s'il vous plaît», le pria-t-il.
Le vieux se pencha en arrière sur sa chaise au bois fendillé, puis en avant. «Tu veux que je te fasse tinter les oreilles ? dit-il. D'accord. Mais tes oreilles vont jamais s'arrêter de tinter. A force, tu risques de devenir sourd.» Il prononça sourd comme four. C'était beaucoup de voix qui sortait d'un si petit trou. Il ajouta : «Je ressens la même chose que ce gros petit gars joué par cet acteur juif, là. Dustin Hoffman. Small Big Man. Tu l'as vu ?» Il alluma une cigarette et la planta dans le trou de sa bouche. Il tira dessus, en fit rougeoyer l'extrémité. «A une époque je n'avais que deux talents, reprit-il. Je m'exprimais dans des langues inconnues et je séduisais les femmes par leurs parties infernales.»
Le journaliste se racla la gorge.
«Comme je dis toujours : "Plutôt affronter une bouteille qu'une lobotomie frontale."» C'était un mensonge éhonté. Il ajouta : «Peut-être qu'en chemin tu as entendu dire que j'ai tué des hommes.» Il considéra le jeune homme, ses mains et sa manière de les poser sur la table. Ses yeux. Alors le vieux lui fit tinter les oreilles.


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