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Auteur : Jean-Louis de La Vaissière
Préface : Volker Schlöndorff
Date de saisie : 15/02/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Max Milo, Paris, France
Collection : L'inconnu
Prix : 24.90 € / 163.33 F
ISBN : 978-2-315-00141-5
GENCOD : 9782315001415
Sorti le : 13/01/2011
«Les Allemands sont obsédés par l'idée d'identité.»
Volker Schlöndorff, réalisateur.
Voici le portrait actuel, captivant et sans complaisance d'un grand pays et de sa population. Première de la classe européenne, policée, travailleuse et rarement prise en faute, l'Allemagne, 20 ans après la Réunification, a goûté à loisir sa croissance jusque-là bien maîtrisée : culture, abondance, système social perfectionné.
Mais quelque chose dans l'identité allemande s'est récemment tendu. La crise, ses positions géopolitiques, les défaillances européennes l'ont bousculée. Bien que quatrième puissance mondiale, le pays vit parfois mal les échecs de sa cohésion sociale, les difficultés à intégrer les nouveaux flux d'immigration, son rôle de docile géant européen. Pour la population, qui n'entend plus se flageller à cause d'un passé trop lourd, c'est l'heure des ruptures et de l'affirmation de soi. Mais qui sont, au juste, ces Allemands ?
Jean-Louis de la Vaissière est journaliste à l'AFP depuis 1976. Correspondant permanent en Allemagne de 1985 à 1990, il est devenu plus tard chef de la rédaction au bureau de l'AFP à Berlin pendant cinq ans. Il a été le témoin privilégié des évolutions de l'Allemagne, dans les années 80 à Bonn, sous l'ère Kohi, après la chute du Mur en 1989/90, puis dans la capitale réunifiée entre 2003 et 2008.
Volker Schlöndorff, cinéaste, a notamment réalisé L'Honneur perdu de Katharina Blum et a obtenu la Palme d'or à Cannes pour son adaptation du roman de Günter Grass, Le Tambour.our.
Prétendre présenter un peuple constitue souvent une gageure. Qu'un historien qui a passé sa vie à étudier un pays s'y essaie est acceptable, qu'un journaliste qui n'y a vécu que quelques années puisse délivrer des conclusions définitives est souvent suspect...
Correspondant de l'Agence France-Presse (AFP) de 1985 à 1990 puis chef du bureau de Berlin de 2003 à 2008, il multiplie les entrées en abordant notamment les aspects politiques, sociétaux, culturels et historiques de l'Allemagne. En bon journaliste, il commence par l'actualité, puis emmène le lecteur dans les années noires du nazisme avant d'aborder la reconstruction. La cohérence du plan d'ensemble ne saute pas aux yeux, mais chaque angle d'attaque est fécond et l'auteur, adoptant le style des dépêches d'agences, va toujours droit au but.
LA DÉFENSE DE L'EXCELLENCE
Un modèle allemand ?
«Le Saint-Empire euro germanique», «Allemagne génératrice de puissance», «Allemagne d'abord», «Le bunker allemand», «Allemagne, géant pas si gentil que ça», «L'obsession allemande», «Berlin n'a pas de leçons à recevoir», «Pourquoi gagne-t-elle ?», «L'Allemagne est-elle un modèle ?» : ces titres de journaux, reflétant l'appréhension et l'admiration, ne sont qu'un échantillon d'un long florilège. Les éditorialistes européens se sont interrogés, à l'occasion de la crise financière de 2008/2010, sur les raisons pour lesquelles un pays qui jusque-là influençait discrètement avait décidé de le faire de manière bien plus offensive, de défendre son modèle économique, social, politique, sans rien céder de l'essentiel, en prenant le risque de désaccords majeurs.
L'Allemagne est-elle dominatrice ? Serait-elle meilleure que les autres ? Est-elle, vingt ans après sa Réunification, reprise par des appétits de puissance ? Se sent-elle vraiment parfaite ? Rien n'est moins sûr pourtant. Elle est fière de réalisations concrètes, de systèmes, d'expériences qui ont fait leurs preuves. Pour le reste, la voilà le plus souvent pleine de doutes sur elle-même, sur le monde, pleine de questionnements. C'est même une de ses vertus. Arrogante ? Oui peut-être, parfois, quand elle est attaquée. Égoïste ? On peut en discuter. Quel État ne défend pas âprement ses intérêts ?
Alors, caricatures que tout ça ? Les Français, les Américains, les Russes, les Polonais, les Britanniques regardent vers Berlin. Ce qu'ils constatent, c'est un attachement à ne pas dilapider soixante ans de réussite. Miracle économique, équilibre des pouvoirs, intégration et réconciliation avec les voisins européens, politique de paix et de médiation, réunification en un de deux États aux systèmes antagonistes. La liste est longue. L'Allemagne est attachée à son modèle de fonctionnement parce qu'il a fait ses preuves. Il y a soixante-six ans, elle était à terre. Elle a une forme de fierté nationale qui est celle d'une puissance jeune et vieille à la fois. Fierté bien plus silencieuse et discrète que celle d'Albion ou de Marianne, ou que la fierté américaine, mais qui n'en est pas moins forte, après l'humiliation du passé. Cette fierté ombrageuse, cette assurance que la «bonne Allemagne» est capable de renaître, a été un moteur de l'action de tous ses chanceliers, d'Adenauer à Merkel.
D une certaine manière, par son assurance tenace et la conviction d avoir, par un effort colossal, franchi de nombreuses étapes difficiles tout en restant elle-même, elle rappelle la Chine, après avoir été longtemps comparée au Japon. L'Allemagne et la Chine, deux pays qui ne sont pas prêts à se laisser déposséder de leur nouvelle puissance, de leurs atouts maîtres (les exportations) même s'ils jouent le jeu de la coopération internationale. La comparaison s'arrête là, car le pays d'Adenauer a consenti beaucoup plus de transferts de souveraineté que la patrie de Mao, au sein de l'Europe dont il est le pilier.
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