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Auteur : Frederick Exley
Préface : Nick Hornby
Traducteur : Philippe Aronson | Jérôme Schmidt
Date de saisie : 19/05/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Monsieur Toussaint Louverture, Toulouse, France
Prix : 23.50 € / 154.15 F
ISBN : 9782953366433
GENCOD : 9782953366433
Sorti le : 24/02/2011
Au départ, il y a un homme en rupture de ban, pas mal de bouteilles éclusées, et quelques tirades homériques à propos de l'équipe des Giants et de Frank Gifford, un joueur de football américain emblématique des années 50 qui constitue en quelque sorte le double idéal du narrateur, son modèle, son être intérieur en acte. Car là où Gifford règne sur les stades, Frederick Exley, écrivain sans oeuvre en voie de clochardisation, attend la gloire accoudé à un comptoir. Le Dernier Stade de la Soif retrace une partie de la vie de l'auteur, de ses beuveries et de ses errances, avec une lucidité qui ne se dément jamais malgré plusieurs passages en hôpital psychiatrique.
C'est tout le paradoxe, le caractère déroutant du livre et du personnage de Frederic Exley. Car si ce dernier avoue, en avant-propos de son ouvrage, que ce que le lecteur tient entre les mains est bien une oeuvre de fiction, le sentiment qui s'installe à mesure que l'on tourne les pages est tout autre : tout est vrai, là-dedans, rien n'a été inventé, chaque goutte a bien été bue par l'auteur, chaque échec essuyé, et chaque séance d'électrochoc ressentie dans son épine dorsale.
Exley nous livre tout cela avec une dérision féroce, comme si la folie n'était somme toute que l'un des termes du grand délabrement américain. Car les rêves de réussite bourgeoise, l'auteur les piétine en sacrifiant, en quelque sorte, sa propre existence. La vérité du roman se situe in fine dans cette sensation parfois douloureuse pour le lecteur : pour shooter dans l'Amérique des gagneurs, Exley a tiré à travers sa propre cage thoracique. Et c'est en devenant l'ombre de tous les espoirs noyés, en choisissant toujours la confusion et l'absence d'évidence qu'il s'est aussi imposé comme une icône de l'autofiction américaine, enfin traduite en français grâce aux éditions Toussaint-Louverture, qui gagnent décidément à être connues.
Ouvrir la Le dernier stade de la soif c'est un peu comme ouvrir la vitre d'une voiture filant à cent cinquante à l'heure sous une pluie battante : une giboulée de mots. Frederick Exley manoeuvre son autofiction à coups de digressions virtuoses, d'autodérision désopilante et de situations ubuesques en slalomant du coq à l'âne - le coq étant le plus souvent un match des Giants. On devine le gars capable de tenir le crachoir pendant des plombes aux clients du bar avec son génie de la formule et cette acuité dans le croquis du petit rien qui insuffle partout la vie dans sa syntaxe de looser céleste. Volubile comme un poste de radio, Exley trousse néanmoins des sentences ad hoc sur la nature humaine qui laissent à peu près autant de chance d'en réchapper qu'on bon uppercut en pleine tempe. Surtout quand il s'agit de massacrer en règles les valeurs d'une Amérique bien pensante et proprette, élevée aux flocons d'avoine et gaulée comme un panneau publicitaire dans laquelle, bien entendu, il ne se reconnaît pas. Sa culture à haut potentiel d'épandage analytique, il préfère la resserrer dans une prose poétique qui semble tirer le récit d'un chapeau et n'en finit plus de tirer des phrases qui toutes ouvrent au voyage.
Le dernier stade de la soif c'est le récit de rêves déchus un à un par le terne réel, la chronique du désenchantement inéluctable d'un éternel adolescent qui lance sa trille pendant que tout craque et lui en premier lieu, seul et le plus souvent aussi en forme qu'une chaussette sale oubliée sous un lit, avachi sur le canapé de tata. Les critiques américains en font le bâtard improbable de Bukowski, Fizgerald et Salinger, auxquels on pourrait ajouter l'infatigable bavard Henry Miller de Nexus et Plexus, bref, ce que l'Amérique a de plus grand en matière d'étoiles filantes soûlographes collectionneuses d'épiphanies.
Et sur la route de la déroute, son rire et le nôtre est toujours franc.
Un drôle de roman d'apprentissage, à la fois caustique et désespéré, où le médiocre se fait épique.
«La parution en français d'un classique américain comme Le Dernier stade de la soif de Frederick Exley, mythique journaliste poivrot, vient à point rappeler les tourments autrement plus hard auxquels s'exposent les alcooliques et le récit torturé et cette descente aux enfers d'un écrivain raté et fou de sport, se lit comme la terrible autobiographie qu'il prétend être, à fond les ballons (de rouge) et toutes vannes ouvertes : tricheries, mensonges, illusions, désillusions, dérapages, erreurs, oublis, la conduite est difficile pour les damnés de la boutanche et l'amour des New York Giants ne les sauvent que rarement de la géhenne et du feu éternel des regrets, aussi inextinguibles que leur soif. Préfacé par Nick Hornby, ce livre culte premier de son genre, confession, roman in vivo et à vif, démontre aisément les méfaits tragiques de l'alcool sans modération et la maestria de l'auteur, double à peine décalé du héros. Cheers !.»
- Agnès Léglise, Rock & Folk.
«Premier jour de l'année 2011, la nouvelle année fêtée et Le Dernier Stade de la soif avalé, je me réveille avec un drôle de mélange de sensations. Qui des deux me laisse ce goût amer et splendide d'un réveil à la fois doux et douloureux : Le Dernier Stade terminé hier, ou le trop plein de verres d'une soirée de 31 décembre ? Je ne sais pas. Les effluves encore présents brouillent les repères mais nul doute que le savant mélange de justesse et de déchéance offerts par cette dernière lecture, comme s'il y avait là «quelque chose de romantique et de tragique à toucher ainsi le fond», ne me laisse pas indifférente... encore plus quand de tout ça nait alors un livre.»
- Aurélie Garreau, Le Monte-en-l'air
Frederick Earl Exley (1929-1992) est à la fois unique et emblématique. Unique, car il habitait un univers étrange, et n'obéissait à aucune règle, excepté les siennes ; emblématique car, en écrivain américain typique, sa légende s'est faite sur un seul livre. Inédite en France, l'inimitable «autofiction» de Frederick Exley, Le Dernier stade de la soif, est considérée comme un classique depuis sa première publication en 1968.
Ca parle de filles, de lobotomie frontale, de football et de mille façons de rater sa vie. Ca décrit le présent comme un mauvais souvenir et le passé comme un sombre pressentiment. Bref, ça défoule quand on est de mauvaise humeur. Ce qui arrive assez souvent, avouons-le.
Le Dernier Stade de la soif, autobiographie à peine fictive, décrit la dérive d'un type qui mange trop, boit trop, multiplie les déboires sexuels et professionnels, avant de glisser dans la routine des hôpitaux psychiatriques, assommé par les traitements et les tranquillisants...
Publié en 1968 aux Etats-Unis et considéré comme un livre culte, Le Dernier Stade de la soif est porté par une écriture caustique et la clairvoyance d'un auteur qui ne se fait aucune illusion : ni sur le monde ni sur sa vie.
Que faut-il supporter quand on est supporteur ? Le Dernier Stade de la soif, beau titre français de A Fan's Notes (le livre français est aussi très réussi comme objet), raconte la différence entre l'être «porté par les clameurs» et l'autre dont le destin est «de rester cantonné dans les gradins avec la foule et d'acclamer les autres», à voir depuis les tribunes la vie passer. Car ces «mémoires fictifs» dépassent largement le cadre du sport, même si l'équipe de football américain des Giants de New York et le fameux joueur Frank Gifford ont un rôle particulier dans ce livre de 1968 qui a fait la gloire de Frederick Exley, né en 1929 et mort en 1992, fils d'un sportif acclamé. Mais l'intérêt du texte, dont l'auteur - pour des raisons juridiques ? - nie dans un «avertissement au lecteur» le caractère biographique tout en lui concédant des ressemblances avec «ce long malaise qu'est ma vie», dépasse largement ce cadre.
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