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Auteur : Carole Zalberg
Illustrateur : Frédéric Poincelet
Date de saisie : 05/02/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : les Ed. du chemin de fer, Nolay, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-916130-28-6
GENCOD : 9782916130286
Sorti le : 13/11/2010
"L'invention du désir" est un court texte, simple et beau. Simple, car l'histoire est somme toute classique. Une femme nous raconte son histoire d'amour avec un homme marié, comme elle. Une histoire d'adultère donc. Mais au-delà de cette base, ce que la narratrice partage avec nous, c'est l'histoire d'amour en tant que telle. Histoire impossible, histoire interdite, mais pas façon mélodrame. Ici nous sommes dans les délices et les tourments de l'esprit. Délices des retrouvailles et de ces moments - trop courts - partagés par les amants. Tourments du manque de l'autre, de l'absence, de l'impossibilité de partager autre chose que des instants éphémères, qui n'en sont que plus précieux.
Les corps et les sens sont également exacerbés. Avec de très jolies paraboles, images et autres allégories, Carole Zalberg décrit cette relation qui est bien sûr charnelle, très charnelle. Cela reste toujours beau et sensuel mais jamais trivial. Cette femme amoureuse semble transcender les mots communément employés en matière de relations amoureuses, jusqu'à en inventer pour raconter leurs corps-à-corps.
L'ensemble de ce roman est très poétique et oscille entre fantasme et réalité. Les amants sont l'un à l'autre mais ne s'appartiennent pas.
Extraits :
"Laisse moi faire, avais-tu ordonné, laisse moi t'emporter jusqu'à nous". (...) "Et quand tu déclenches le premier incident, le premier fracas entre nos emportements, c'est ta raison autant que la mienne qui d'un coup capitulent".
Les illustrations de Frédéric Poincelet sont très réussies, elles jalonnent ce bel objet (Les Editions du Chemin de Fer apportent un soin particulier à la fabrication de leurs ouvrages, on est loin du prêt à consommer numérique).
"L'invention du désir" est un livre à offrir ou à se faire offrir d'urgence.
Il n'y a rien de toi que je n'aime pas et un beau jour, tu t'es trouvé là. C'en est peut-être à hurler tant cela semble un rendez-vous manqué. Toutefois tu es là : depuis la première heure installé en moi. Je ne peux, ne veux l'ignorer. Mais même là où personne ne va, je n'imagine rien perdre ni abîmer de ma vie avant et depuis toi.
L'invention du désir ou le monologue d'une femme qui célèbre avec lyrisme et sans culpabilité le désir amoureux et les plaisirs de l'adultère.
Carole Zalberg nous entraîne dans les méandres d'une passion qui se tisse entre une femme et un homme, mariés chacun de leur côté. Et là, entre fantasme et réalité, le désordre des sentiments attendu fait place à l'évidente nécessité de vivre et d'inventer jusqu'au bout cette parenthèse amoureuse.
En contrepoint du lyrisme de la prose, Frédéric Poincelet impose son dessin acéré et précis et trace obsessionnellement un jeu de miroirs où le fantasme se fait chair et le désir, érotisme assumé.
Ce sont elles qui ont décidé. Nos mains.
Nous étions dans ce taxi qui nous emportait vers nos vies respectives. Rien ne s'était passé. Tout avait pourtant été dit par nos yeux. Quelques mots aussi qui avaient entrouvert une porte. Mais nous étions encore chacun encerclé par notre propre histoire, le corps et le coeur en quarantaine de tout ce qui n'appartenait pas à celle-ci. Voilà, nous étions toi et moi dans deux sphères clairement limitées. Par instant elles se frôlaient et là naissaient une transparence, une fluidité - comme une béance dans notre enceinte et par laquelle nous étions happés.
Nous roulions donc, encore lointains, avec au ventre des envies de collision, d'une fusion même maladroite et comptée. Or nos vies, tout près, nous attendaient et rien encore ne se passait.
Ta main, alors, sans douceur, s'est posée sur la mienne. Qui l'a aussitôt saisie, pétrie. J'étais en colère. Tu avais pénétré ma sphère et je ne pouvais faire autrement que t'y vouloir. Je te refusais mon regard en vain : je sentais nos mains en bataille achever de nous mélanger.
Cette guerre éclair nous laisserait tous deux vainqueurs et vaincus. Secrètement occupés.
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