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Auteur : John Irving
Traducteur : Josée Kamoun
Date de saisie : 21/03/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 22.80 € / 149.56 F
ISBN : 9782021012835
GENCOD : 9782021012835
Sorti le : 20/01/2011
On l'avait attendu avec ferveur le dernier roman de John Irving. Et l'attente fut comblée. Ce roman est un véritable bijou, riche, dense, intense. Nous sommes au Nord des Etats-Unis : les forêts, la rivière, les bûcherons. Un univers âpre, hostile, très masculin. D'ailleurs l'histoire que nous raconte Irving est une histoire d'hommes. Plus particulièrement celle d'un homme : Danny. Jeune homme de onze ans au début du roman, fils de Dominic Baciagalupo, le cuisinier du campement dont le meilleur ami Ketchum est une sorte d'ours au coeur tendre, Irving nous invite à partager cette vie passionnante et palpitante. Sur un malentendu, Danny tue la maîtresse de son père qui n'est autre que la femme de "Cow-Boy" le "shérif" du coin. Ils doivent alors fuir tous les deux. Nous assistons alors à une fuite de 570 pages qui se déroule sur plusieurs années. Durant tout ce temps le père de Danny intègre à nouveau différents restaurants, fréquentent les femmes, et c'est au tour de Danny de connaître la douceur de ces mains féminines qui lui ont manquées depuis la mort de sa mère, enfant. Plusieurs conquêtes dont une lui donnera un enfant pour lui éviter d'être mobilisé pour le Vietnam, don de soi ou pure folie, nul ne le saura jamais. Danny devient donc un homme, un père, mais aussi un écrivain. Obligé de se cacher derrière un pseudo pour éviter d'être retrouvé par Cow-Boy. Ce roman est tellement riche qu'on ne saurait le définir : roman d'intrigue, d'amour, peinture social, fresque familiale, autant de grands mots qui peuvent effrayer mais Irving a ce don incomparable pour tout mélanger et nous faire goûter et adorer la plus délicieuse des histoires. Un vrai conteur passionnant, un très bon roman dont vous ne pourrez vous détacher.
Grande saga dense et roborative à la Irving.
Sur cinquante années de vie, nous suivons le parcours et ses méandres d'un père et son fils à travers leur histoire et l'histoire des États-Unis.
Tout commence dans un camp de bûcherons et de dravers (ceux qui conduisent les trains de bois sur les rivières) à Twisted River et d'une méprise d'enfant qui va faire basculer leur vie.
Forcés de fuir à tout jamais, soutenus moralement et physiquement par leur rude ami bûcheron Ketchum, Dominic (le père, "cuistot") et Daniel (le fils, futur écrivain) construiront leur vie autour d'un mensonge et des tentatives pour retrouver une vie normale.
John Irving nous balade dans leurs histoires culinaires, amoureuses et paternelles, surveillées de loin par Ketchum le personnage probablement le plus important de ce livre. Une sorte d'homme des bois brutal, soulard, au regard vif et acéré sur les dérives de la société et des politiques, et à l'amitié indéfectible.
Roman sur comment on devient écrivain ou comment se construit une écriture, on ne lit pas ce livre en une nuit (quoique), c'est comme un voyage au long cours dans lequel on replonge avec bonheur.
Au nord du Nord, au pays des bûcherons et des flotteurs de bois - les draveurs -, il était une fois un petit cuisinier boiteux et son fils de douze ans, gamin impressionnable à l'imagination peuplée d'ours indiscrets. Ils avaient pour garde du corps Ketchum, l'ogre anarchiste, ivrogne, rusé, noiseur, faux illettré à l'intelligence incisive.
À l'image de la Twisted River torrentielle, ce récit d'une vengeance impitoyable bourlingue son lecteur d'ethnies en états sur trois générations, rencontre explosive entre l'Orient et l'Occident, comédie de moeurs culinaires, tragédie des portes mal fermées entre la splendeur d'une nature meurtrière et la quiétude imprudente du foyer.
Un chien héroïque, une Mustang bleue fantôme, une ange atterrie dans la fange : le chef Irving nous réserve toutes les surprises de son art consommé dans un roman qui se dévore et se déguste jusqu'à la dernière page. Bombe glacée pour tout le monde au dessert !
John Irving, né en 1942, a grandi dans le New Hampshire. Depuis la parution du Monde selon Garp, l'auteur accumule les succès tant auprès du public que de la critique. Dernière nuit à Twisted River est le 12ème roman de J. Irving, également auteur d'un recueil de nouvelles, d'un récit. John Irving sera présent à Paris du 24 au 26 janvier 2011.
Adepte des pieds de nez en tout genre, des allers et retours dans le temps, des vraies fausses introspections, passant allègrement de la tragédie à la comédie, John Irving s'amuse avec ses lecteurs tout en jouant à cache-cache avec ses exégètes...
Irving alterne deux univers, très typés. Le premier, dont l'ami Ketchum est le héros, se situe dans le nord du New Hampshire, rude pays de bûcherons et de flotteurs de bois à la carcasse géante et aux moeurs passablement dissolues. Le second, incarné par Dom, relève de la cuisine. De la cantine des bûcherons au restaurant français de Toronto en passant par les trattorias italiennes ou les restaurants chinois, les recettes et les tours de main foisonnent à souhait...
Omniprésent ici, l'humour naît de l'enchevêtrement du grave et du loufoque, de l'atrocité de meurtres atténuée par l'incongruité des situations et la gouaille des personnages.
Vedette des lettres mondiales, l'auteur du Monde selon Garp triomphe en librairie avec un nouveau roman à l'image de son premier succès : bourré de tragédies, mais fondamentalement optimiste...
Dans ses romans, John Irving croit au destin. De là, le paradoxe à l'origine de son succès : résumer ses livres à la chaîne produirait une compilation de tragédies absurdes. La mort de la mère du narrateur d'Une prière pour Owen, tuée par une balle de base-ball bien battée. L'accident de voiture de Garp, qui émascule son rival, tue un de ses enfants, en éborgne un autre... Pourtant, aucun de ses livres n'est pessimiste. Au contraire : tous montrent comment les personnages parviennent à donner un sens aux drames qui les frappent, et à les utiliser pour construire leur vie. En les imitant, vous apprendrez à considérer votre existence à la façon d'un grand roman. Thank you, Mr.Irving !
Un nouveau livre de John Irving est un événement. Et ce n'est pas façon de parler : onze romans, trois récits, un recueil de nouvelles en plus de trente ans, l'auteur du Monde selon Garp n'est pas un adepte du « publier ou périr ». Mais la rareté n'est pas le seul prix de cette combinaison unique en son genre de matériau autobiographique et de réflexion sur la littérature, de réalisme et de rêve...
Tendu comme un arc sur cette ligne pure et belle, le roman, comme la Twisted River, la rivière tordue qui lui sert de titre, divague, ralentit et accélère, tout à la joie de décrire et de raconter. Servi par une belle traduction, Irving laisse vivre ses personnages, naître le rire et l'émotion. Il nous donne ainsi, une somme romanesque, un art poétique où le réalisme le plus cru rejoint l'épure du mythe.
Nerveux, parfois impatient, le roman est à l'image de la rivière de son titre, puissante et sinueuse. Mais si la narration précise d'emblée que la "Twisted River" ne compte que deux méandres "perfides", le lecteur, lui, dénombre bien plus de détours et de digressions, de plis et de replis dans ce dernier roman de John Irving, né en 1942 et auteur du célèbre Monde selon Garp (Seuil, 1980). Le texte est sûr de lui et de ses moyens : précis quand il le faut, volubile dès qu'il le peut. Mais le plaisir romanesque ne se discute pas, et celui de l'écrivain est indéniable.
Dernière nuit à Twisted River est le douzième roman de John Irving, 68 ans...
John Irving mène le récit comme un athlète sous stéroïdes, furieusement picaresque et postmoderne, avec une force génésique qui soumet la narration à d'incessantes zébrures temporelles, d'avant en arrière, d'arrière en avant. Il y a des ours partout, des bébés légitimes ou illégitimes, des recettes italiennes ou chinoises à n'en plus finir. En filigrane, le romancier évoque la présidence Kennedy, le concert des Beatles au Shea Stadium, la chute de Saigon, les attentats du 11 septembre 2001.
John Irving situe son récit in medias res, au milieu des choses, au coeur de l'action, prend parfois un peu de recul pour élargir la focale puis resserre sur le point d'équilibre instable d'une histoire qui va fatalement basculer...
Semés discrètement, les indices convergent vers une issue que le lecteur, déjà prévenu, attend avec angoisse, pris par le destin de ces personnages dont les secrets se dévoilent, peu à peu, en cours de route. Danny, le fils, ne va découvrir la vérité sur la relation mystérieuse qui lie son père à Ketchum, et les vraies circonstances de la mort de sa mère, la grande absente, qu'en devenant écrivain. Tout se résout à la dernière page, par une révélation intime qui éclaire toute l'histoire d'une lumière nouvelle et définitive. Par un effet de narration magnifique et magistral.
Irving se régale, fait des clins d'oeil à ses livres précédents, couvre trois générations de l'histoire des Etats-Unis, du Vietnam à Bush Jr. Son roman est en outre une superbe réflexion sur le métier de romancier et sur le rapport insaisissable entre fiction et réalité. Il faut plonger dans ce livre, admirer la danse des élans, écouter les voix de ses personnages incroyables et, de loin, saluer les classiques qu'Irving cite avec une amicale complicité.
Sous les troncs d'arbres
Le jeune Canadien - quinze ans, tout au plus - avait eu un instant d'hésitation fatal. Il avait cessé de danser sur le bois flotté du bassin, au-dessus du méandre, et en un clin d'oeil il avait glissé sous l'eau corps et biens sans qu'on ait pu saisir sa main tendue. L'un des bûcherons, adulte celui-là, avait tenté de l'attraper par les cheveux, qu'il portait longs. À peine le sauveteur en puissance avait-il plongé la main à l'aveuglette dans l'eau trouble et dense, un vrai bouillon de culture avec ses plaques d'écorce à la dérive, que deux troncs s'étaient heurtés violemment sur son bras, lui brisant le poignet. Le tapis mouvant des grumes s'était déjà refermé sur le jeune Canadien ; on n'avait même pas vu resurgir de l'eau brune une de ses mains, une de ses bottes cloutées.
Quand les troncs se télescopaient, sitôt qu'on avait débâclé la bûche centrale, il fallait se déplacer prestement sans relâche ; si les conducteurs du train s'immobilisaient, ne serait-ce qu'une seconde ou deux, ils basculaient dans le torrent. L'écrasement guette parfois les draveurs avant même la noyade, quoique celle-ci soit chez eux plus fréquente.
Depuis la berge, où le cuisinier et son fils de douze ans entendaient les imprécations du blessé, on avait compris tout de suite que ce n'était pas lui qui avait besoin d'assistance, car il avait libéré son bras et repris l'équilibre sur les troncs flottants. Sans s'occuper de lui, ses camarades avançaient à petits pas rapides sur le train, criant le nom du disparu, poussant inlassablement les troncs devant eux du bout de leur perche, surtout préoccupés de rallier la berge au plus vite, mais le fils du cuisinier ne perdait pas espoir qu'ils dégagent un espace assez grand pour permettre au jeune Canadien de refaire surface. Pourtant, les intervalles entre les troncs se raréfiaient. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, le garçon qui s'était présenté sous le nom d'Angel Pope, de Toronto, avait disparu.
- C'est Angel, tu crois ? demanda le fils à son père.
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