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«C'est l'histoire de deux femmes dans le même immeuble : une vieille dame dans son canapé rouge et une autre, plus jeune, qui vient lui faire la lecture. Cette lectrice va partir un jour à la recherche d'un homme qu'elle a aimé et faire ce long voyage dans le transsibérien. Cela donne un roman intimiste, une sorte de huis clos personnel très abouti. C'est formidablement écrit avec de très belles scènes.»
Vu sur le Le Nouvel Observateur du 23 août 2007
Trois fois l'année, quel que soit le temps, Julien Letrouvé, un grand gaillard, roux, aux mains d'étrangleur, part, le dos courbé, le chapeau à grands bords enfoncé jusqu'aux yeux, faire sa tournée avec sa boîte pesante attachée par une lanière à son cou. Dans sa boîte rien que des petits livres bleus sortis des presses de M. Garnier imprimeur : L'Histoire de Fortunatus, Mélusine, Gracieuse et Tercinet, La Complainte du Juif errant, Till l'Espiègle...
Cette fois là, en août 1792, Julien reprend la route malgré l'invitation de M. Garnier d'attendre des temps moins troublés. Dès la première nuit, passée dans un sous-bois, il sent une vague de tristesse l'envahir. Il avait pleuré de honte devant M. Garnier après s'être trahi, lui avoir montré l'étendue inavouable de son ignorance : il ne sait pas lire. M. Garnier ne va-t-il pas le chasser, à cause de sa tromperie ?
Enfant abandonné, Julien Letrouvé, garde le souvenir de cette paysanne qui enchanta les veillées de son enfance lorsqu'elle lisait à une petite assemblée de femmes occupées à filer, réunies dans la chaleur de l'«écreigne», trou creusé dans la terre, des petits livres de colportage de la Bibliothèque bleue.
Sa vie sera aussi façonnée par une autre rencontre décisive : celle, près de Valmy, de Voss, un jeune déserteur de l'armée prussienne.
Cette histoire de Julien Letrouvé, colporteur du XVIIIe siècle, toute en nuances, d'une forte densité poétique, est admirablement écrite.
N.B. Voici l'occasion de découvrir Pierre Sylvain, né en 1927, un écrivain qui compose son oeuvre, commencée en 1960, à l'écart de l'agitation, en silence.
Si vous aimez les «thrillers» psychologiques qui font vraiment peur, jetez-vous sur ce bouquin, vous allez trembler de peur et de rage contenue.
Il est beau garçon : un mètre quatre-vingt-deux, d'épais cheveux noirs bouclés, une façon de lever les sourcils et une certaine nonchalance qui lui confèrent un magnétisme certain. Il regrettait parfois de ne pas s'être engagé dans l'armée ou dans la CIA. Espion ou tueur à gages ça lui aurait plu. Ce qu'il aime c'est le danger. "Cruel comme l'enfer et vraiment charmant en même temps" dira de lui son ex-patron garagiste.
Ashley qui s'apprête à entamer un troisième cycle en histoire de l'art et travaille dans un musée ne résiste pas à son charme l'espace d'une nuit, qui, pour elle, devait être sans lendemains. Mais voilà, lui, ce Michael O ?Connell est un amoureux obsessionnel doublé d'un criminel fou et diabolique et d'un génie informatique. Ashley est la femme de sa vie. Ainsi en a-t-il décidé. "Je te l'ai dit. Je t'aime Ashley. Nous sommes faits l'un pour l'autre. Personne ne peut s'interposer entre nous".
Peu importe qu'Ashley lui dise que leur aventure d'une nuit est terminée, qu'elle veuille qu'il la laisse tranquille, qu'elle sorte avec un autre garçon, peu importe que le père d'Ashley lui donne de l'argent qu'il accepte en ricanant, peu importe, il la veut, il l'aura.
Il harcèle Ashley et sa famille. Son père, la cinquantaine, "universitaire de métier et de nature", est soudain accusé de plagiat. Sa mère, Sally, avocate, est soupçonnée d'avoir détourné des fonds qui lui avaient été confiés. L'amie de sa mère, Hope, entraîneuse de football féminin, est suspectée de pratiquer des attouchements sur les jeunes filles qu'elle entraîne. Leur vie, tout comme celle d'Ashley, qui va perdre son boulot, devient un enfer.
Comment des gens «raisonnables» peuvent-ils se débarrasser d'un être tel que Michael O ?Connell qui pense et agit en dehors de toute «normalité», de manière tout à fait inattendue ? Ils vont devoir tenter de comprendre leur adversaire pour anticiper ses actions néfastes et se montrer plus rusés que lui. Voire plus violents.
Un terrifiant thriller par l'auteur de "L'Analyste" (Grand prix de littérature policière 2004).
Voici un grand roman sur l'Amérique, prophétique, passionnant.
Première phrase du livre : «Je pourrais tous les tuer». Dernière phrase du premier paragraphe : «Et si, ce soir-là, l'occasion lui était donnée de se débarrasser de tous ces gens, proprement et sans que cela prête à conséquence, il le ferait. Sans pitié ni remords».
C'est Melvin Hutchinson qui pense cela devant une assemblée de cinq cent personnes réunies pour l'honorer. Mais Melvin Hutchinson n'est pas un truand régnant sur la pègre, ni un maffieux présidant une réunion de parrains dans un grand hôtel de Chicago. Non. Il est Attorney General - Ministre de la Justice des États-Unis d'Amérique - et a été, vingt-cinq ans auparavant le premier membre noir du prestigieux club Millenium de Washington alors qu'il venait d'être nommé associé d'un grand cabinet d'avocats.
Avouez que ça commence fort, non ?
Si j'ajoute que Melvin Hutchinson a de bonnes chances d'être nommé Vice-Président pour remplacer le titulaire tombé dans un coma profond et que ce livre est paru en 1996 - publié en 2005 en France - vous comprendrez pourquoi j ?ai utilisé plus haut l'adjectif prophétique.
Melvin a été un étudiant sérieux, motivé. Il a épousé Dorothy, non pas la plus belle mais la plus intelligente femme de sa promotion. Ils auront une fille Abigail qu'ils perdront dans des conditions dramatiques. Comme Attorney General il est devenu l'incarnation de la justice et de l'ordre pour tout le pays. Il lance des croisades contre les fauteurs de mal : "pendez-les haut et court ! " Il se met à boire de plus en plus. Et ses dérapages vont devenir de plus en plus fréquents.
Parmi les autres personnages il y a Emma Person, nièce de Melvin qui n'a jamais eu d'admiration pour son oncle illustre. Elle vit avec Seth, un juif blanc qui collabore à une émission de télévision très populaire dirigée par une femme noire, gigantesque, excentrique, à la recherche de thèmes accrocheurs. Pourquoi pas une exécution capitale diffusée en direct sur les écrans !
Une plongée panoramique dans l'Amérique contemporaine dans laquelle le noir victime du racisme, de la ségrégation, des préjugés les reproduit à l'encontre des blancs et se trouve prisonnier de ses propres contradictions.
La multitude de points de vue, l'écriture tendue qui tient constamment en haleine, l'humour, rendent ce roman de la cruauté, de la désillusion, complexe, puissant, captivant.
N.B. Jake Lamar, noir américain, est arrivé à Paris en 1993 avec l'ambition d'y passer une année entière. Il y vit toujours. Il est l'auteur de "Rendez-vous dans le XVIIIème" (Rivages Thriller. 320 p. 20...) que j'ai vivement recommandé. Après avoir lu ce livre j'ai eu envie de lire tout Jake Lamar et c'est ainsi que j'ai découvert ce formidable "Nous avions un rêve"
C'est l'enthousiasme d'une lectrice et le bandeau de ce roman qui m'ont incité à le lire : "Je ne connais aucun livre qui montre de façon aussi jubilatoire et inattendue la puissance que peut exercer la littérature sur notre vie". Diable ! Et comme ce propos est signé Nancy Huston, comment résister ?
Très vite nous voilà embarqués dans un roman dont on ne veut plus sortir tant on s'y sent bien.
Une petite île, presque oubliée de tous, où les évènements les plus atroces se produisent sans que le monde extérieur s'en formalise. L'île est en guerre. Pas de journal ni de radio pour informer. Juste des rumeurs et des ragots. Les habitants ont du poisson, des poules, des fruits. Tout ce qu'ils ont toujours eu, en fait. Sans compter leur fierté, comme disent les rebelles.
Les enfants ont cessé d'aller à l'école après le départ des enseignants qui ont pris le dernier bateau. Désormais pour quitter l'île il nous faudrait marcher sur l'eau.
Seul Bel Oeil n'est pas parti avec les autres blancs. Bel Oeil qui porte tous les jours le même costume, qui ne sourit jamais et qui quelque fois s'affuble d'un nez de clown. Bel Oeil qui tire un chariot sur lequel se tient Mme Bel Oeil, droite comme la reine des glaces. Lui s'appelle Christian Watts et il est aussi blanc que le blanc des yeux, mais d'un blanc maladif. Elle s'appelle Grace et est noire, comme les habitants de cette île, comme la narratrice, Matilda, une fillette maigrichonne âgée de treize ans.
Et voilà qu'un beau matin la classe réouvre. C'est Bel Oeil qui va faire la classe.
"Je ne suis pas enseignant mais je ferai de mon mieux (...) Pour être franc, je ne suis pas très savant. Loin de là. La plus grande vérité que je puisse vous transmettre tient en quelques mots : les sentiments qui nous unissent sont notre seule richesse. Oh, sans oublier M. Dickens, bien sûr".
M. Watts lira à sa classe l'histoire de Pip, le héros des Grandes espérances de Charles Dickens.
Je ne vous en dis pas plus. Faîtes confiance à Nancy Huston et à moi-même : vous allez lire un extraordinaire roman, surprenant, poétique, bouleversant. Vous allez rire, vous allez avoir les larmes aux yeux. Vous allez ressentir un grand bonheur de lecture.
En Espagne pour un match, même «amical» de foot entre anglais et irlandais, les hooligans font le voyage et s'affrontent brutalement. Le narrateur, Michael Forsythe, se trouve pris dans ces bagarres, lui qui cherchait à passer quelques jours tranquilles à l'abri du contrat mis sur sa tête cinq ans plus tôt par un des parrains de la Maffia irlandaise à New York pour avoir descendu l'un de ses proches. Le voici arrêté et risquant une lourde peine de prison puis une extradition vers le Mexique dont il a fui la justice.
Une agente des services secrets britanniques en charge de la lutte contre le terrorisme irlandais lui propose un marché contre sa liberté. L'IRA, en cette année 1997, est sur le point de parvenir à un accord de cessez-le-feu avec les forces armées britanniques. Michael est chargé d'infiltrer une cellule irlandaise en exil à Boston soupçonnée de vouloir lancer une campagne d'attentats à la bombe sur le sol américain dès l ?annonce du cessez-le-feu.
Michael va donc devoir se faire accepter par les «Fils de Cuchulainn», mériter leur confiance, participer à des attentats, informer les services secrets britanniques et résister aux charmes de Kit, la fille du vieux Gerry McCaghan, le patron du groupe, promise à un de ses lieutenants.
Du rythme, du suspens, de l'humour, des personnages forts en Guiness.
Le deuxième roman paru en série noire de l'auteur du "Fleuve caché" qui m'avait déjà procuré un vif plaisir de lecture.
N.B. : Adrian McKinty a grandi dans sa ville natale de Carrickfergus en Irlande du Nord. Il a été étudiant à Oxford, a échoué dans sa tentative de faire carrière dans le droit. Au début des années 1990 il a émigré aux Etats-Unis. Il vit aujourd'hui à Denver où il écrit des romans noirs, joue au rugby, se cuite et enseigne à mi-temps.
Eh bien oui Marie-Hélène Lafon le confirme avec ce nouveau roman elle est bien dans la lignée de Richard Millet - avec La Gloire des Pythre - et de Pierre Jourde - Pays perdu -, ces écrivains qui racontent la fin d'une certaine paysannerie, d'un certain mode de vie à la campagne. La fin d'un monde, d'une civilisation dans une silencieuse indifférence.
La vie quotidienne d'un frère, Jean, taiseux plein de rage rentrée et de sa soeur, Marie, qui vivent seuls dans leur ferme du Cantal, autrefois prospère, depuis qu'est morte leur mère vindicative et dévorante. "On ne va plus dans ces pièces du haut, on dort en bas, on vit en bas ; c'est assez grand, ça suffit, pour deux ( ?) Il tourne la tête, et, par la fenêtre de l'évier, il regarde la cour des voisins, de l'autre côté de la route goudronnée qui, autrefois, était un chemin de terre. Il dit qu'il ne regarde pas, mais elle le voit, elle le sait, il regarde". Les voisins sont nombreux, ils vivent en tribu. Ils ont acheté, investi, construit. Ils se développent. Ont-ils oublié leur Alice retrouvée morte, trente ans plus tôt, dans les bois noirs ?
Un univers fermé, étouffant où la tension est incessante, décrit avec une remarquable économie de mots et d'effets et une justesse de ton, résultat d'un travail minutieux de façonnage et d'élagage de la langue.
Dix-neuf nouvelles de trois à dix pages. Annie Saumont fait dans le court. Elle raconte, ne démontre jamais. Elle décrit ce que font ses personnages mais jamais ce qu'ils pensent. Elles ne portent aucun jugement sur eux. Pas de complaisance ni de sentimentalisme. Des histoires acides, des errances, des dérives. Des personnages fragiles souvent cabossés par la vie qui puisent au tréfonds d'eux-mêmes une formidable envie de vivre.
Elle a douze ans, elle venge sa mère qui est devenue boiteuse à la suite d'une bagarre dans un café... Maly prépare des sandwiches dans un Delicatessen, un jeune homme grand - beau dira-t-elle ?- l'entraîne dans une belle maison au porche à colonnades, ils échangent des frissons, des soupirs, il lui dit de rester là qu'il va chez des amis mais reviendra dans une heure, il ne revient pas... Il est élevé par sa tante Alice - un long nez, un regard impénétrable - une obsédée de la propreté et de l'ordre qui se méfie de tout ce qui salit - tout salit - mais un jour avec une éponge propre - Amélie a un BTS de gestion, ses deux frères leur brevet des collèges ; ils ont quitté le village ; ils ne donnent pas de nouvelles à leurs parents ; un jour leur mère ira à la ville voir comment ils s'arrangent... Une femme sur une plage qui vient d'écrire une lettre se terminant par : Viens ; c'est un autre qui arrive à l'improviste... Un orphelin qui est accueilli les week-end par une femme Karine, sourde, qui lui transmet de la tendresse ; mais voilà qu'un jour il voit le blouson d'un homme jeté sur le dossier d'une chaise...
Ah j'allais oublier : Annie Saumont a de l'humour et de la tendresse en vrac ainsi qu'un grand amour pour la liberté, celle du style en particulier ; elle n'a peur de froisser ni les bonnes moeurs, ni la grammaire.
Voici la première publication en français de Stuart Dybek, écrivain américain né à Chicago en 1942 de parents immigrés polonais.
C'est le Chicago de son enfance et de son adolescence que nous raconte Stuart Dybek dans ces nouvelles. Pas le Chicago des gratte-ciel qui longent le lac Michigan mais plutôt celui des faubourgs "où tous les pays incompatibles d'Europe se trouvaient compressés". Le Chicago des années cinquante et soixante, bouleversé par un intense redéploiement urbain et l'arrivée d'immigrants des pays de l'Est et du Mexique.
La dimension poétique du recueil, la rêverie issue du souvenir, est affichée dans la citation du poète Antonio Machado placée en exergue : "De toute la mémoire, seule vaut le don précieux d'évoquer les rêves".
Dans «Chopin en hiver», un jeune garçon est ému par une jeune femme mystérieuse, Marcy - "j'ai le sommeil très léger ; la neige qui tombe me réveille" - qui joue du Chopin dans l'appartement situé au-dessus de celui où il habite avec son grand-père Dzia-Dzia (pépé en polonais). Ce grand-père, dont la vie est rythmé par des bains de pied, tout d'abord silencieux puis qui va lui décrire les oeuvres de Chopin, "les préludes, les ballades ou les mazurkas, de telle façon que même si je ne les avais jamais entendus, je puisse les imaginer, particulièrement les pièces favorites de Dzia-Dzia, les nocturnes, luisants comme des étangs noirs". Pendant les dernières semaines de l'hiver Marcy ne jouera plus que des nocturnes. Puis elle disparaîtra lors du premier redoux. "La musique mit du temps à s'évanouir".
Sur les quatorze nouvelles qui composent ce recueil, certaines, "anecdotes poétiques", font deux ou trois pages, trois - dont Chopin en hiver - sont plus longues. "Blight" (insalubre) nous entraîne "dans ces années entre la Corée et le Vietnam, à l'époque où le rock'n'roll atteignait son apogée" dans un quartier reconnu officiellement comme insalubre, où malgré les difficultés Polonais et Mexicains vivent sans tension ethnique, où les jeunes déclament du Kérouac, hurlent du blues, cherchent à transcender par leur imagination leur vie difficile. Glace chaude a valu à l'auteur le prestigieux prix O'Henry, distinction attribuée avant lui à Faulkner, Truman Capote, John Updike, Joyce Carol Oates et Raymond Carver.
Un livre qui commence à bénéficier d'un discret bouche-à-oreille, un livre que l'on fait découvrir à ses amis, qui pourrait bien devenir un livre culte. Un grand merci aux éditions Finitude qui ont le talent et le courage de proposer des textes inédits ou oubliés.
17 janvier 1865. La fin de la guerre de Sécession est proche. Eliza Duane Mooney, 16 ans, émigrante irlandaise, laisse derrière elle Baton Rouge qu'elle n'a jamais quitté, pour partir à la recherche de son frère Jeremiah, jeune tambour happé par la guerre. Un mois pour traverser la Louisiane. Échardes de pierre dans les pieds lacérés. Éclats de douleur, crampes dans le tendon du jarret, prières vaines pour des souliers. Mais elle poursuit sa route, sa quête, obstinément, trempée quand il pleut, brûlée quand il fait chaud, sous-alimentée, malade, car sa patrie c'est sa famille.
Et voici le lecteur embarqué dans une fresque épique tout à fait remarquable. Des dizaines de personnages surgissent dont les destins vont s'entrecroiser, personnages qui ont de fortes ressources en eux, qui enfreignent les règles pour survivre dans cette époque tourmentée.
Parmi eux un révolutionnaire irlandais, James O'Keeffe, exilé par les anglais en Tasmanie, arrivé à New York peu avant la guerre de sécession. Surnommé Le Sabre, il rencontre lors d'une des conférences qu'il donne, une jeune poétesse, riche héritière, à la beauté sublime, Lucia-Cruz. Coup de foudre. Elle l'épouse le jour de ses vingt-et-un ans, premier jour où elle peut se marier sans l'accord de ses parents. Il l'emmène à Redemption Falls, Territoire des Montagnes, dont il a été nommé gouverneur. Vite la relation se délite, connaît des déboires, tente de se ravauder un peu à l'image de ce pays qui essaie de se reconfigurer après la guerre qui l'a déchiré. O'Keeffe et Lucia sont des personnages inoubliables. Tout comme Jeremiah, le jeune tambour, adopté par O'Keeffe, comme Elizabeth Longstreet, ancienne esclave, cuisinière noire du Général O'Keeffe qui, des années plus tard, se souvient. Et tant d'autres.
De nombreuses scènes mémorables : l'éprouvante marche d'Eliza, la tentative de prise d'assaut de la demeure du Général à l'issue d'une tempête qui dura douze jours, les scènes entre Lucia et le Général,...
Feuilletez ce livre. Il se présente comme un livre du XIXe siècle avec ses illustrations, sa façon de titrer les chapitres et de présenter des petites phrases qui résument ce qu'on va lire. Il offre un matériau très riche : des cartes, des articles de journaux, des témoignages, des récits écrits sur le champ de bataille, des ballades, des lettres d'amour, des rapports d'espion,...
Mais il ne s'agit en aucun cas d'une parodie d'un livre du XIXe siècle. C'est un grand roman du XXIe siècle qui pose des questions très contemporaines sur la guerre, les rapports sociaux, le racisme, le couple, l'amour,... Les luttes, les défis, les contradictions même des personnages sont bien actuels.
Dans une interview Joseph O'Connor a dit qu'il avait voulu que la lecture soit à la fois dérangeante et agréable. Il est vrai qu'au début le lecteur peut être un peu perdu, baladé qu'il est d'un bout à l'autre de cette grande fresque. Mais peu à peu tout se met en place et le plaisir de lecture n'en est que plus vif.
Laissez-vous emporter par ce magnifique roman, ne le lisez pas trop vite, savourez-en tous les aspects, toutes les tonalités, je vous garantis un très intense plaisir de lecture.
Sachez, enfin, qu'à la toute dernière page vous attend une vraie surprise et que forte sera la tentation de relire ce grand livre à la lumière de cette révélation.
N.B. Joseph O'Connor est un des plus importants écrivains de sa génération. Je l'ai découvert avec Desperados, où un couple déchiré se ré-unissait pour partir à la recherche de leur fils disparu en Amérique latine. Inishowen, histoire d'une new-yorkaise condamnée par la médecine qui trouvait en la personne d'un flic irlandais un compagnon dans sa quête de ses origines irlandaises, est un livre que j'ai recommandé avec succès. Quant à L'Étoile des mers, c'est un roman plus ample qui relate la grande famine qui a conduit des irlandais à émigrer vers les Etats-Unis en 1847, donc 18 ans avant ? Redemption Falls.
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