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Franz Bartelt, lorsque le Verbe se fait bonne chère !
Dans un style truculent et caricatural, l'auteur nous entraîne à Cons, village idyllique des Ardennes profondes (qui existe réellement d'ailleurs) où le maire, en vrai bonhomme de bière suivi de concitoyens tout autant convaincus et de son épouse souffreteuse à la Dumas, décide de changer les conditions de vie jugées misérables d'un couple de Pauvres. Les Pauvres Capouilles, invraisemblables survivants poétiques arrivés d'on ne sait où.
La Belle Maison, érigée à leur insu comme principe de réalité du bonheur consien et de la bonne conscience villageoise, leur sera donc offerte... Les délogés-relogés, stupéfaits, résisteront-ils à cet assaut humanitaire ? Une farce en clins d'oeil, drôle et ripailleuse mais où le Bien peut devenir l'ennemi du Bien.
La Route... les critiques sont si nombreuses et si dithyrambiques qu'il est difficile d'en dire plus à propos de cet admirable roman. Simplement que je le recommande vivement aux lecteurs parce que, pour reprendre Raphaëlle Rérolle (Le Monde - janvier 2008) : "dans toutes les situations, même les plus atroces, même les plus désespérées, il se trouve toujours quelqu'un pour dire non à la barbarie". Merci Monsieur McCarthy.
Le Lancelot de Véronique Ovaldé n'a rien de son preux chevalier homonyme. C'est un homme plutôt passif, peu intrusif, enclos dans son travail et sa belle amoureuse. Irina, rencontre de hasard qui va l'envoûter sur-le-champ et qui le rebaptisera Paul (pour Verlaine ?), parce que c'est plus facile à crier dans la rue. A l'instant où Irina meurt de façon mystérieuse, dans une voiture qui n'est pas la sienne, à un moment et un endroit où elle ne devrait pas être, l'univers de Lancelot-Paul bascule et se vrille. Le doute s'en mêle et commence alors une longue descente aux enfers peuplée de pilules bleues. Le roman se tisse autour de cette énigme : qui était vraiment Irina, des pourquoi, des comment ? On peut se perdre parfois dans l'univers fantasque de l'auteure ou même, ne pas toujours la suivre, mais la question, troublante, demeure : «sait-on jamais avec qui l'on vit ?»
Margherita Dolcevita, adolescente rêveuse, poète, passionnée de lecture et d'écriture, nous raconte son histoire et celle de sa famille un peu farfelue subissant l'arrivée de nouveaux voisins qui vont bouleverser leurs vies. Sur un ton faussement naif, onirique et plein d'humour, l'auteur nous invite à la découverte d'un pays d'adultes sous l'emprise d'un modernisme exacerbé, du jeunisme et de l'intolérance dénonçant par là même une société contemporaine aseptisée, artificielle, autant dans ses relations que dans les fleurs de jardin. Chacun à leur façon, le chien Roupillon dit Roupi, Margherita et son champ de mots-fleurs, son petit surdoué de frère féru de logique mathématique et leur grand père aux expériences culinaires pour le moins curieuses, tenteront de marquer leur résistance à cet avenir peu réjouissant. Un très bon moment de lecture qui devrait ravir aussi les adolescents.
«Sur ma mère» est un récit intimiste et unique. Tahar Ben Jelloun nous offre dans ce livre des moments denses et puissants sur les dernières années de sa mère atteinte, pour dire par euphémisme, de la «maladie de l'oubli». «Sur ma mère» rimant avec Alzheimer, la mémoire se délite, mélangeant passé, présent, futur, vivants et morts, peines et leurs contraires. Le corps aussi, recroquevillé dans la douleur, la décrépitude, la perte de soi. Le fils aimant découvre à travers les mots souvent délirants et les gestes ultimes, une autre mère, une autre histoire familiale non-dites par pudeur, un autre Maroc, des rires et confidences des femmes s'échappant des hammams qui le renvoient à sa propre enfance. Une autre approche de la mort aussi, nécessairement entourée, comme pour nous dire «tenir la main d'un parent, des gens qui agonisent, les aider à traverser ce ruisseau sombre, c'est la moindre des choses et ça nous prépare à notre propre mort».
Pascal Garnier c'est un style, jubilatoire, de l'humour noir entre les mots, des métaphores qui sonnent juste"...Sa main dans celle de Gabriel pèse un bifteck de trois cent grammes...". Après son très bon roman "Comment va la douleur" paru en 2006, nous retrouvons dans la Théorie du panda, une même trame ; un personnage secret (Gabriel) échoué dans une hasardeuse ville de Bretagne qui, très vite, va devenir comme son prénom le laisse supposer, l'ange gardien réconfortant souvent nourricier d'habitants ignorant tout de son passé dramatique et que nous découvrirons en "voix off" dans le roman.
Noir, comme un conte moderne, la dernière phrase reprenant la première, "c'est un quai de gare désert..." concentrique, sur une parenthèse de la vie adoucie par la rassurante présence d'une grosse peluche en forme de panda.
Déjà cité de nombreuses fois, un premier roman remarquable pour dire une blessure d'enfance avec les humiliations subies. Une autobiographie pleine d'amour et de tendresse pour cette mère allemande ayant fui le régime nazi mais qui, en pays danois, reste "la salope" à vilipender. Remercions les Editions Les Allusifs pour tous ces romans qu'elles nous offrent, des oeuvres denses souvent exceptionnelles, entre autres : "Du mercure sous la langue", "le Cantique de Méméia", "Un siècle de Novembre", "Le bal des vipères" et le fabuleux "Jour des corneilles". Tous et les autres à découvrir d'urgence.
Le titre donne le ton ! de l'humour à l'amour au fil des pages rose-saumon de ce délicieux roman publié en 2006 chez Gaia. Une rencontre improbable, dans un cimetière, entre une bibliothécaire citadine branchée, bac plus des années, "Lacan" au bout des doigts et un fermier rustique, solitaire embourbé dans ses problèmes de traite et de vaches laitières. "Lacong ? " c'est qui ce bonhomme ?...
Au delà de l'aventure tendre et cocasse, l'auteure dessine avec ironie et subtilité le "choc culturel", ce fossé séparant les catégories sociales. Actuel et décapant !
Le Livre noir des couleurs est une superbe invitation a regarder les couleurs, autrement, lorsque justement, "dans l'obscurité des yeux" on ne peut pas les voir. A découvrir ces pages noires écrites en braille avec beaucoup de poésie et de délicatesse. Merci aux Editions Rue du Monde pour ce petit bijou !
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