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Un jeune couple, en voyage, la trentaine heureuse pas encore vraiment raisonnable. Tout va aller très vite, un accident et, sans bien saisir ce qui lui arrive, le narrateur, aux côtés de sa femme allongée sans connaissance sur un trottoir d'Alexandrie, voit défiler sa vie. Des souvenirs et des images reviennent dans une sorte de puzzle où s'emboîtent présent, passé, doux instants de leur rencontre, naissance de l'enfant. L'avenir, qui s'annonçait dans un lointain réel.
Le lecteur suit en direct l'attente de secours qui n'arrivent pas et se confronte à l'impossible réaction de Stéphane, abasourdi, figé dans le déni de la réalité, «échouant à réaliser ce qui vient juste de se passer». Un court roman fluide et saisissant, dans le quotidien du monde, sur ce petit grain de sable qui, soudain, peut faire dérailler la vie.
Léo a bientôt seize ans, une enfance presque banale, sans trop de problème. Une mère aimante, un beau-père complice, un ami confident, une amoureuse. Sauf qu'il ne connaît pas son père, une rencontre du hasard apparemment sans suite, un américain, sur lequel il peut fantasmer. Jusqu'au jour où il découvre que sa mère ne lui a pas tout dit. La réalité est bien autre et violente. Ce père existe mais en prison. Le choc, la colère, le bouleversement puis la volonté d'en savoir plus. Écrire. Le lien, entre eux, se tissera à distance par un échange de lettres, timides mais franches.
Dans ce très bon roman «jeunesse» dont la fin reste ouverte à tous les futurs, Fred Paronuzzi évoque avec justesse le rapport aux origines, questionne le possible «pardon» envers celui qui a commis l'irréparable et, en filigrane, propose une réflexion sur la peine de mort. A glisser dans tous les cartables adolescents !
Adèle est grosse, au delà des possibles, en perpétuelle expansion et ne pouvant plus bouger. Aimée dans ses profondeurs, ses replis intimes, la douceur de sa peau par Antoine. Protégée par Zohra qui la soigne comme une reine d'un désert d'Orient. Par une succession d'état des lieux, nous découvrons le quotidien de sa prison de chair, la faim, le sexe, «la journée qui s'écoule du sucré-doux au sale-corsé.» Mais dans cette forteresse se dessine l'enfance, l'abandon par une mère immature, névrotique et sans amour, l'éloignement du père et la présence sans borne d'une grand-mère.
Un premier roman à l'écriture sensuelle et voluptueuse où la douleur du manque originel s'inscrit charnellement dans le corps.
Une réussite.
1Q84, un roman fascinant dans lequel deux mondes se superposent et s'imbriquent fluidement. Murakami met peu à peu en place les pièces d'un puzzle autour de deux personnages esseulés, Tengo, brillant mathématicien, nègre écrivain et Aomamé, jeune justicière au pic à glace. Un roman gigogne dans lequel la réalité est Une mais énigmatique. Le passé enfoui dans le présent corporel toujours en quête. L'auteur aborde la violence du siècle, une secte et son gourou violeur de petites filles, les religions et les solitudes rompues dans le sexe. Construit comme un thriller onirique, 1Q84 et ses deux lunes nous plonge aussi subtilement, dans la réflexion d'écriture, d'un roman dans le roman.
Foisonnant et hypnotique.
Sollicciano, une prison vers laquelle se dirige Norma Jean, belle quinquagénaire au nom d'actrice, professeur de philosophie, à la rencontre de Marco, un de ses anciens élèves, enfermé pour le meurtre de sa femme. Un roman gigogne, qui nous renvoie au passé de Norma Jean, premier amour, délétère, un marin et mariage avec Jean, son psychanalyste d'un étonnant dévouement amoureux. Une femme de passion, toujours en avance mais s'évaporant dans le mystère, le manque originel et le repli violé de son innocence.
Un roman presque cinématographique et palpitant qui mêle aussi une réflexion sur le Temps, l'écoulement du temps, sujet philosophique essentiel pour Ingrid Thobois.
Scintillation, un bien joli mot pour un poème noir. Très noir. Qui se déroule entre deux mondes, l'Intra et l'Extraville. Ceux du dedans, ravagés par les mortels résidus chimiques d'une usine désaffectée, sans avenir et les autres, ceux du dehors, qui ne disent rien de ces mystérieuses disparitions d'enfants. Ces enfants perdus. Un roman thriller dans lequel Léonard, le jeune narrateur, tellement lucide, aime les livres et la littérature. Lire Proust dans le texte, La Bible, Moby Dick et tant d'autres. Piégé dans un gang, il tuera aussi dans un acte rédempteur. La grande lumière blanche du pardon d'un mystérieux homme- papillon.
Roman palpitant ou conte fantastique brillant, à multiples facettes, qui nous plonge dans les abysses de l'âme humaine, formidablement écrit.
Nestor est obèse, son corps à lui seul est une honte, une négligence, une mollesse. Une monstrueuse masse de solitude qui ne peut plus lacer ses chaussures. Mélina, sa femme, accidentée, murée dans le coma. Au fil de ce court roman, Clara Dupont-Monod, nous mène dans les replis d'une chair forteresse blessée, enflée pour mieux s'isoler, faire barrage à la souffrance. «Il avait grossi comme on suit une feuille de route». Le drame, le désamour, des souvenirs en forme de phare lointain, rouge et blanc.
L'Après, érigé dans un monument de silence gavé à heures fixes qui rendra peu à peu les armes dans une improbable rencontre.
Un très beau texte, subtil et en finesse, sur un homme de l'excès, dans la marge à qui l'auteur restitue toute son humanité.
Un évènement dramatique. Accident, vélo contre moto. Claire sur le vélo. Chute, sang, urgences, coma. Famille en état de choc. Le père, à l'aigreur narcissique qui pousse des «gueulantes». Elvire, sa mère, renversée elle aussi, qui, à mesure de l'état de santé de sa fille, convoquera son passé dans un monologue intérieur souvent brisé. Deux femmes fragilisées, l'une, en convalescence depuis la naissance, l'autre, en rupture, engluée, phagocytée par cette famille bourgeoise, hypocrite et délétère. D'autres voix se feront entendre, celles de Claas, un lointain précieux cousin allemand ou Nathalie, suicidée, digérée dans le silence. Liens secrets.
Un roman presque étouffant, sur le chaos intime, décliné sur différents modes littéraires qui donne à entendre les nébuleuses structures familiales et la place sans avenir pour la pièce rapportée. Libérateur en finesse.
A travers ce récit, entre biographie, légende et histoire, Lydie Salvayre tient le stylo comme une guitare électrique. Elle nous parle de Jimi Hendrix, un écorché qui débutera sa vie dans un irréversible manque de mère, sa douce timidité, sa condition de sang mêlé et surtout, sa géniale interprétation de l'hymne américain «The star spangled banner» à Woodstock en 1969 dont les dissonances vibrèrent en écho de la société américaine.
Suivront le succès, l'épuisement, les failles d ?une vie en distorsion dans les griffes d'un cynique manager. Une écriture syncopée, nimbée de poésie, violente parfois mais pleine d'émotion pour ce génie des cordes et qui nous fait entendre une autre voix des Amériques, «les innommées, les humiliées, les Amériques obscures. Ce cri, il résonne encore aujourd'hui.»
Formidable.
Le «roman» commence par une couleur, celle d'un bleu pâle mêlé de cendres. C'est ainsi que l'auteur découvre sa mère, seule et sans vie à l'âge de 61 ans. Il faudra du temps à Delphine de Vigan pour revenir vers Lucile, cette maman malade, si belle et si fragile. Lui offrir un hommage de papier retraçant une vie de blessures, d'inadéquation au monde et de joies partagées dans une famille nombreuse, tourmentée mais tellement vivante. En parallèle, une réflexion sur l'écriture d'une histoire si personnelle impliquant le cercle familial. Être écrivain «à quoi c'est dû ?» lui demande un chauffeur de taxi. Un élément de réponse procède peut être de ce récit, sincère et bouleversant. «Rien ne s'oppose à la nuit», une lumineuse réussite.
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