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Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
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Sorti de l'enfer des tours du World Trade Center, Keith revient à l'appartement de son ex-femme, couvert de cendres et de sang, divaguant à moitié, comme par instinct, une mallette qui ne lui appartient pas dans la main. «L'après» se déroule tout seul, sans heurt et sans volonté, chacun suit les traces de ses névroses et retourne sans cesse sur ses pas. Si Keith reprends une vie de famille depuis longtemps abandonnée, c'est dans les bras d'une autre rescapée qu'il tombe, comme sa femme tombe dans les oublis de ses patients atteints d'Alzheimer, qui font tout pour se rappeler comment c'était avant. Mais c'est comme si «avant» n'existait plus pour personne. L'apocalypse semble née le 11 septembre et ne cesse de s'étendre, moins chaotique que méthodique. Les vies ne se reforment pas tout à fait, et chacun est cet «homme qui tombe» des toits ou des gares, dans une mise en scène macabre et dérangeante, de «l'art de rue» pour crier en silence un mal-être touchant toute l'Amérique.
Don DeLillo retrace avec un grand talent les névroses de ses personnages, d'une plume sensible, aussi trouble et nerveuse que cette Amérique assommée de l'après 11 septembre, ce colosse qui vient de s'apercevoir que ses pieds sont d'argile. Voilà un témoignage rare de la culture américaine telle qu'elle se redéfinit depuis 2001.
Pietro n'est pas là lorsque sa femme fait une rupture d'anévrisme sous les yeux de leur fille Claudia. Il n'est pas là car il est en train de sauver une inconnue de la noyade. Pétri de culpabilité, il décide de passer ses journées devant l'école de Claudia, dans sa voiture la plupart du temps, dans le café du coin ou le parc mitoyen. Il observe la vie alentour, les habitants du quartier, les passants, et porte un regard tendre et amer, cynique et doux, sur la vie qui continue son chemin. Il attend. Mais il ne souffre pas. Il est dans cette phase étrange où le drame est bien présent mais n'a pas encore explosé en lui, ni en sa fille d'ailleurs, dans un «chaos calme» comme il le définit.
L'enchaînement des conséquences de cette immobilité porte tout son entourage, personnel et professionnel, à venir se liquéfier dans sa voiture, chacun y allant de son malheur, de la triste anecdote qui a bouleversé sa vie. D'abord objet de compassion, Pietro devient l'analyste involontaire de son monde, l'oreille attentive et discrète dont ces êtres au bord de la rupture avaient besoin. En tous les cas jusqu'à ce que sa fille vienne remettre quelques pendules à l'heure.
Un roman fort, très bien écrit et aux idées souvent originales. Un sens du retournement absurde digne de Beckett, un existentialisme doux, entre humour tendre et cynisme noir. On referme ce livre en regrettant déjà que ses personnages ne nous accompagnent pas plus longtemps. Une réussite.
Hailsham est un centre, quelque part en Angleterre, qui accueille des enfants, de tout petit à l'adolescence. Marquée par son passage dans cet établissement étrange, Kath nous relate avec mélancolie ses souvenirs d'enfance. Les journées d'étude, de sport, et d'activités créatives en tous genres, les regroupements et les échanges d'oeuvres artistiques entre élèves, les «gardiens», chargés d'éduquer et préparer plus que de surveiller. Mais préparer à quoi ? Eduquer dans quel but ? Pourquoi l'art parait si essentiel à tout le monde ? Quel avenir attend donc ces enfants chargés de mystère, craints par leurs professeurs malgré leur douceur et leur innocence ? Qu'y a-t-il juste derrière l'enceinte de Hailsham ? Quel monde et quelle vie attendent Kath, Ruth, Tommy et les autres ?
Ishiguro dévoile son intrigue au fil des pages, et croise les histoires parallèles pour mieux capter et surprendre. On se retrouve comme ses personnages, un peu perdu dans un monde dont on reconnaît les secrets sans pouvoir les percer. A l'instar de ses «gardiens», l'auteur lève un bout du voile à chaque chapitre, et l'on est comme happé par les questions posées et les réponses apportées, par ce monde si terriblement proche du notre, par les destins de ces jeunes que l'on voudrait sauver de leurs chimères.
Un roman d'anticipation intelligent autant qu'émouvant, saupoudré d'une pincée de philosophie qui n'est pas sans rappeler les plus illustres des prédécesseurs de Ishiguro : Aldous Huxley et Georges Orwell.
Fatemeh a 15 ans. Elle va bientôt être pendue. Du fond de sa cellule, elle écrit ce court récit, pour témoigner. Pas pour que les gens lui pardonnent, mais pour qu'ils comprennent. Le récit d'une jeune fille en sursis, qui vient de connaître en quelques mois les bouleversements de toute une vie. L'amour et la mort réunis. L'amour de sa tante, dont elle conte l'indépendance, l'esprit de résistance. Muette, celle-ci ne cache pas ses opinions dans sa poche. Dans cet Iran tenu par les Mollahs, elle vit tête nue et ose dévoiler ses sentiments à l'homme qu'elle aime, sans se soucier de celui à qui elle est promise, pour ne pas dire vendue. Fatemeh livre ces bouts de vie cachés. Les regards, les caresses, l'amour, la sensualité des corps en désirs, les jeux, les rires, et l'horreur. La violence de certains hommes, la complicité de certaines femmes, et l'abdication ou la mort des innocents.
Un texte dense et sobre, fluide, presque léger malgré la dureté du propos. Des personnages touchants et profonds. Chahdortt Djavann ne sacrifie pas son récit aux artifices sentimentaux qu'auraient pu sous tendre son sujet. C'est une vraie réussite que ce court roman.
Quel que soit le lieu, depuis longtemps abandonné, quel que soit le temps, puisque le temps même n'existe plus, le monde rampe sous ses décombres et ses cendres après l'apocalypse.
Un père et son fils traversent ces dévastations à la recherche d'un peu de nourriture pour continuer leur chemin, sur la route, en direction du Sud, et d'un peu de chaleur.
Ils tentent tant bien que mal de survivre, et de rester humains, lorsque l'humanité tout entière semble être retournée à la barbarie la plus bestiale.
Que reste-t-il quand il ne reste plus rien du tout ? Pourquoi continuer à vivre à tout prix ? Dans quel but, alors que «jamais» semble encore plus long que «toujours» ?
Quelque part entre «Mad Max» et «L'existentialisme est un humanisme», La Route est un roman puissant et profond, un récit mythique porté par la mémoire collective de nos futurs.
Suite à la disparition des figures ancestrales de sa famille, le narrateur revend la maison familiale et s'installe à Paris avec sa soeur Emily.
Emily est une jeune fille innocente. Un grain de poussière dans les rouages de son cerveau, une sensibilité exacerbée et une angoisse de tous les instants, la rendent originale et émouvante, perdue dans la vie et ancrée dans son monde.
Son frère a probablement inconsciemment décidé de la sauver d'elle-même, et le sort s'en mêle en lui proposant une histoire d'amour à son image, profonde et légère à la fois. Et puis le sort s'acharne finalement, sans trop savoir pourquoi. Et Emily s'en sort, plus ou moins, sans conscience, mais glisse petit à petit hors d'elle-même, sur les chemins de la déraison.
Une belle histoire, un personnage central très touchant, une écriture fine et précise. Un beau roman
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