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Les coups de cœur de ses libraires

  • Hélène Camus : Ripeur - Jeff Sourdin - la Part commune, Rennes, France - 26/02/2010

Jeff Sourdin est né et a grandi à Fougères, vit et travaille désormais à Paris. Voici son premier roman, dont l'éditeur m'a gentiment adressé un exemplaire en me disant qu'il y croyait beaucoup. Il a raison M. Yves Landrein, qui a fait confiance à ce nouvel auteur.

C'est l'histoire d'un ripeur, donc, mais qu'est-ce qu'un ripeur ? Vous en croisez tous les jours, les nuits aussi parfois, mais les reconnaissez-vous, y pensez-vous seulement à ces "boueux", ces hommes de la nuit et du petit matin qui nettoient nos villes et nos bourgades, travaillent la nuit, dans le froid, sous la pluie, dans les odeurs aussi ! Alors prise de conscience évidemment grâce à la vie de Dimitri qui nous explique comment d'étudiant il est devenu éboueur, à 27 ans, dans cette petite ville d'Ernée dont l'intérêt touristique demeure discutable. Et nous allons cheminer avec lui au fil de ses tournées, rencontrer ses compagnons de travail, découvrir peu à peu ce vide qu'il cherchait à combler autrement en quittant ses amis de fac, en laissant faire la vie d'ailleurs, qui délite à coup sûr ce que l'on ne s'acharne pas à entretenir. Et puis, remplir ce vide, la lecture qui offre échappatoire et rencontre : ah ! la bibliothécaire ; les cafés mais pas trop tard le soir car il faut se lever : l'arrachement vers 2h du matin ; et puis aussi séduire les filles, une fille, mais comment s'assumer professionnellement : quel potentiel de séduction y-a-t'il dans un gilet jaune de sécurité, des vêtements de pluie épais et glissants, des chaussures de sécurité, l'ensemble distillant une odeur de déchetterie !

OUI, décidément, une très belle surprise à lire ce premier roman, d'une traite, et d'y revenir avec l'envie de souligner de bien belles expressions, de retenir des moments tellement vrais, de réfléchir à ce monde du travail au service des autres, que l'on ne voit pas, auquel on ne pense pas et qui nous est pourtant si proche. Bravo à l'auteur et à l'éditeur (et aussi au linograveur : Pierre Jourde).


  • Hélène Camus : Long week-end - Joyce Maynard - Philippe Rey, Paris, France - 16/01/2010

Cette histoire publiée en 2009 est celle rapportée par Henry, jeune adolescent de 13 ans qui vit seul avec sa mère, Adèle, pour qui la société est pleine de pièges, d'incompréhension et de stéréotypes. En ce week-end du Labor Day, Adèle et Henry croisent au supermarché Frank ; cet homme recherché par la police va venir se réfugier chez eux, qui vivent loin du monde, le temps de ce long week-end de canicule, apportant ainsi un vent de nouveauté, d'émotions, de secrets, de tentations et de sentiments mêlés mais tellement plus vrais que l'insipidité quotidienne. La traduction de Françoise Adelstain sert avec sensibilité une écriture fluide, simple et belle, qui se met au service de ce gamin de treize ans et nous emmène avec chaleur dans un tourbillon de désirs contradictoires. Au cinéma vous pourriez choisir Meryl Streep et Clint Eastwood et revivre une histoire à la manière de la route de Madison.


Le titre anglais est "the hour I first believed" et il faut qu'elle vienne cette heure où pour la première fois Caelum va croire ! En attendant le titre français se révèle un viatique pour ce foisonnant roman, de quelques cinq cents pages, au cours duquel se déroule une vie bouleversante qui raconte autant l'intimité d'un homme que son implication dans la grande Histoire. Caelum devient Orphée dont l'épouse, Maureen, est victime d'une sorte de malédiction des temps modernes. Elle est prise dans la tourmente du massacre de Columbine, ce lycée dans lequel deux élèves ont orchestré une fusillade. Alors tout s'enchaîne, et le couple part se réfugier dans la ferme familiale, située à proximité d'une prison pour femmes avec laquelle la propre famille de Caelum a bien des accointances. Caelum va revisiter par la force des choses le passé de sa famille, et tout en se battant pour émerger d'une fatalité qui semble s'installer, dominer les difficultés qu'imposent le manque de revenus et les problèmes de santé aux U.S.A., il va s'immerger dans un formidable travail sur lui-même, apprendre à combattre une colère sourde qui le hante depuis l'enfance, à se dépasser et devenir autre, en découvrant les autres. Wally Lamb nous livre ici un roman total, à la maîtrise impeccable, où jamais le lecteur ne se perd au fil des époques qui se télescopent, et la famille et ses secrets hantent ces pages qui nous captivent.


  • Hélène Camus : Les déferlantes - Claudie Gallay - Rouergue, Arles, France - 12/09/2009

Cela se passe à La Hague, près de Cherbourg ; cela commence par une tempête, furieuse, inhumaine, immuable dans sa violence comme celle qui trente ans plus tôt avait arraché à la vie une famille de ce village isolé à la proue de la terre. La narratrice s'est réfugiée là, en rupture de banc avec l'enseignement, dans un travail de terrain : ornithologue, elle compte, recompte, observe, dessine les oiseaux protégés de ce bout de littoral. Elle berce surtout son chagrin de la perte amoureuse immense, profonde comme les creux de ces vagues monstrueuses qui assaillent les côtes. Alors la chronique de cette presque île aux habitants taiseux, farouches, repliés sur leurs secrets se déroule au rythme d'une saison où les oiseaux migrateurs se réfugient pour pondre et couver. Lambert, un "étranger", revient sur ces lieux qui furent ceux de son enfance, celle où il perdit lors de cette maudite tempête sa famille justement et les langues peu à peu se délient, lentement, agressivement. Nous ignorons le prénom de cette femme qui s'est greffée là, c'est elle qui raconte, mais nous vivons avec elle dans ce refuge qu'elle a trouvé, en compagnie de ces deux-là, frère et soeur, marginaux, romantiques vrais (si le terme n'avait pas depuis longtemps été si galvaudé), Raphaël et Morgane. Raphaël est sculpteur et nous suivons en parallèle ses moments intenses de création, comme un refrain qui rythmerait le déroulement du récit.

Rien de mièvre dans cette écriture, elle coule, enlace, emporte, heurte parfois et c'est grande joie de retrouver chapitre après chapitre ces personnages qui nous offre un tel moment d'évasion.


  • Hélène Camus : Cher amour - Bernard Giraudeau - Métailié, Paris, France - 02/07/2009

Les voyages sont le théâtre de la vie ; celle de Bernard Giraudeau allie les deux : comédien, marin et voyageur insatiable, toujours à la découverte de contrées authentiques, qui le ramènent à lui autrement, à la manière de la scène où la confrontation avec soi est permanente. Cher amour est un récit magnifique, d'une poésie fascinante et ces longues lettres que l'auteur écrit pour séduire, raconter, partager cette vie multiple sont autant de poèmes au monde, à sa beauté parfois innommable, aux femmes surtout. Cette Madame T. à laquelle sont destinées ces pages offre le visage du rêve, de l'espoir, du partage. Omniprésente mais en filigrane, elle accompagne l'auteur, magnifiant sa perception de l'ailleurs, la transcendant. L'authenticité régit toutes ces expériences qu'elles soient théâtrales ou pérégrines, B. Giraudeau nous les raconte avec une sincérité pudique, la délicatesse de l'écriture le dispute à la tendresse et nous rêvons, rêvons d'avoir vécu une vie aussi humaine.


Voyage d'un petit garçon devenu homme au pays des petites filles qui ne clignaient pas des yeux et dont le souvenir le fait grandir. Son talent nous amène à redécouvrir la magie de chaque existence, le rêve que porte chaque rencontre. Premiers battements de paupières, le parfum inconnu d'une voisine d'en face que l'on s'amuse à imaginer, le sourire convenu d'une guichetière qui pourtant recèle tellement de promesses, et toujours cette voisine d'en face, sur laquelle l'écrivain en devenir projette son imagination, ses pensées les plus secrètes, cristallisant ses regrets aussi. Tous ces instants éphémères, ces petites bouffées de mémoire racontent nos enfances qui s'éloignent pour surgir parfois telles des brindilles d'innocence. Il vous faut lire ce livre de François Perche dont la poésie n'a d'égale que la sensibilité pour vous réjouir de cette fulgurance de printemps dans notre vie trop souvent terne.


Line Aressy publie cet automne Hors Collection, chez MLD, un second ouvrage : petit texte écrit dans un souffle, un "récit suspendu" qui vient éclairer les jours courts et tristes de novembre ; un petit carré blanc et noir, avec des dessins de J.F. LE DEZ qui se conjuguent au texte de Line, le ponctue, l'éclaire aussi sans l'illustrer vraiment. Deux formes de récits entremêlés. Les espaces blancs au fil de la lecture sont autant de silences, de pauses musicales, la mise en page toujours soignée rythme le temps de lire, permet des respirations qui nous emmènent dans nos propres souvenirs.

"Nous vivions seules à la campagne, Grand-Mère et moi, dans une grande maison vide" ; l'incipit à valeur d'un "il était une fois". Cette petite fille ce pourrait être nous, sa grand-mère a quelque chose de la nôtre, les longues journées de l'enfance nous reviennent en mémoire, les permissions, l'ennui et les interdits surtout, que nous transgressions immanquablement, riches en découvertes. Là aussi, découverte, celle de l'atelier de peintre de son oncle, du monde des couleurs, odeurs, matières. La petite fille est conquise, nous aussi et nous vibrons avec elle. Et le chat me direz-vous ? lisez, je vous en prie, ce récit suspendu. Le chat blanc y a sa place bien sûr.


  • Hélène Camus : Où on va, papa ? - Jean-Louis Fournier - Stock, Paris, France - 30/10/2008

Quel enfant n'a pas posé cette question ? Seulement les deux enfants de Jean-Louis Fournier n'ont jamais eu besoin de le savoir, ou peut-être ne la souhaitaient-ils pas ou encore traduisait-elle leur angoisse. Ces réponses leur appartiennent pour toujours et leur père, lui, hésite toujours quant à l'interprétation de la question. Il nous raconte sans détour le tsunami que représenta dans sa vie la naissance de deux enfants handicapés physiques et moteurs, l'un après l'autre. Sans voyeurisme, sans fausse pudeur non plus, avec un humour dont on sent qu'il le soutient depuis lors, avec la franchise de l'insupportable. Voilà un récit qui se lit très vite, très fort et la compassion instinctive qui est le refuge de ceux qui ne connaissent pas cette situation cède le pas à l'empathie, au questionnement, à l'effort de compréhension. Longtemps ces lignes vous accompagneront et c'est bien là l'essentiel.


  • Hélène Camus : La relieuse du gué - Anne Delaflotte Mehdevi - Gaïa, Monfort-en-Chalosse, France - 09/09/2008

L'intérêt de ce premier roman de Anne Delaflotte Mehdevi permet de s'installer dans ces chapitres, noir sur rose, et de découvrir l'univers de la reliure. A l'instar de son héroïne, l'auteur est devenue relieuse après un cursus dans la diplomatie. Sans doute la part autobiographique nourrit-elle les détails du métier de relieur : nous nous plongeons avec délectation dans l'atmosphère feutrée, discrète de l'atelier de Mathilde où la lumière se la joue à la Rembrandt, parmi les fers à dorer, la colle, la mousseline, les cahiers cousus, les cuirs qui fleurent bon ; nous suivons tout au long du livre la restauration d'un superbe ouvrage sans titre, sans auteur, mais sans doute chargé d'histoire. Mathilde se voit déposer un beau matin ce gros et beau livre qui a souffert entre autre d'un incendie et le mystérieux client qui lui confie cette restauration meurt dans un accident quelques minutes après avoir fait sa commande. Alors notre relieuse se sent impliquée et va s'employer à retrouver l'identité de cet homme dont la personnalité l'a fortement impressionnée. Parallèlement, nous découvrons la vie de province dans cette ruelle où l'atelier est installé, avec ses artisans, ses rythmes rituels, ses ragots, ses amitiés aussi.

Le livre se lit précieusement ; rien de tonitruant, tout en finesse, lumière et contre-jour, émotion et délicatesse, dans la sensibilité et la tendresse mâtinée d'adresse que nécessite ce travail de reliure. Les personnages sont attachants, l'histoire intéresse, le contrepoint des morceaux choisis de Cyrano de Bergerac (Rostand) marque des silences musicaux et c'est toute l'assurance dans la retenue, la persuasion, le talent de l'auteur qui nous conduit à nous passionner pour cette nouvelle vie que Mathilde s'est choisie.


  • Hélène Camus : Paradis conjugal - Alice Ferney - Albin Michel, Paris, France - 09/09/2008

Ce "Paradis conjugal" à lire toutes affaires cessantes, raconte un film de Mankiewicz : Chaînes conjugales, ce qui n'est pas une des moindres surprises de ce roman. Curieuse mise en abyme qui nous fait suivre à la fois l'histoire d'Elsa dont le mari ne rentre pas ce soir-là et celle de trois femmes dans le film aux prises avec le départ d'un des trois maris ! Cela paraît compliqué et pourtant c'est un régal de regarder un film en le lisant. Alice Ferney nous fait découvrir les pensées, réflexions, interrogations de son héroïne qui regarde avec ses deux aînés ce film qu'elle joue tous les soirs depuis près de trois mois comme une fugue immobile au coeur de la crise de son couple. Les femmes reconnaîtront dans ce livre les strates de pensées qui les animent au sein de la conjugalité, les hommes s'ils en ont le courage apprécieront de découvrir ainsi l'intimité du monde féminin, d'autant que l'analyse qu'Elsa fait de sa vie se trouve éclairée par le scénario du film et tout autant par les réactions de son fils en contrepoint.

Vous aurez envie de souligner nombre de phrases, de relire moult chapitres, d'en discuter avec vos amies et amis, votre compagnon ou compagne. Ne vous privez pas du plaisir réfléchi de lire ce Paradis !


William Gasper fait le récit de sa dernière marche sur la Lune ; la Lune est une montagne sans aucun intérêt pour la plupart des habitants du Nevada ! Sans doute est-ce pour cela que Gasper s'y complaît. Dans une existence antérieure, il était sniper pour le compte de la "Compagnie". Lui se définit plutôt comme appartenant à la catégorie des "assassins", qu'il différencie de celle des guerriers. Nulle forfanterie dans cet aveu, nulle modestie non plus. C'est un système de vie, un apprentissage de la mort. Depuis cinq ans, Gasper se rend très souvent sur la Lune, pour vivre loin des hommes, en contact intense avec cette nature exigeante qu'est la montagne. Il ressent ainsi profondément ses souvenirs, ses rythmes propres. Nulle idée de rédemption, un état, simplement, où sa vigilance s'exacerbe, ses ressources naturelles trouvent leur plein emploi. Pourtant, les réminiscences, l'inconscient, les rêves le conduisent parfois à retrouver Cerridwen : c'est une sorcière qu'il a connue dès sa jeunesse dans les Marines. Son alter-ego, son juge, sa quête ?


Un nouveau Nesbo, c'est un moment privilégié de lecture. "Le bonhomme de neige" ne vous décevra pas. Le commissaire Harry Hole, bien que moins imbibé qu'à l'ordinaire et plus désabusé encore, se trouve une fois de plus aux prises avec sa hiérarchie. Il est chargé d'enquêter sur des meurtres particulièrement violents et sadiquement mis en scène et se retrouve sur la piste d'un tueur en série. Le rythme est soutenu, les pistes se succèdent dans lesquelles le lecteur ne peut s'empêcher de superposer ses propres intuitions. Un excellent polar, une bonne étude psychologique de la société aussi.


  • Hélène Camus : Profil perdu - Line Aressy - MLD, Saint-Brieuc, France - 07/03/2008

Une écriture ciselée, délicate pour ces douze nouvelles : c'est bien cette fragrance qui se dégage à la lecture de ces moments choisis ; une lecture à petites touches, qu'il faut savoir retenir, loin de la précipitation de notre vie présente, pour savourer le rythme poétique de ces phrases subtiles et tendres. "De la nuance avant toute chose,..." écrivait Verlaine. Nous y sommes plongés, nous les lisons à suivre ces nouvelles si simplement racontées, et nous nous surprenons à revenir en arrière, à relire telle ou telle, à les parcourir autrement comme une variation sur un même thème, celui de la beauté finement observée de la vie " sans rien qui pèse ou qui pose".


Un kurde à la conquête de Jérusalem. Quelle actualité ! Ce deuxième volume du Quintet de l'islam écrit par Tariq Ali nous emporte dans tout le Moyen Orient, de Damas à Jérusalem, de Beyrouth à Bagdad, à la fin du XIIème siècle, véritable geste de la reconquête de cet immense empire arabe par le très valeureux et grand commandeur des intelligences, le sultan Saladin. Les francs ne sont pas à l'honneur dans cette histoire, loin de là. La réflexion, la stratégie, le raffinement, la culture de ces peuples arabes, nous renvoient une image assez fruste de ces croisés aux moeurs terribles et nous nous faisons au fil des chapitres les fervents soutien de la reconquête de Saladin. Ibn Yakoub, le scribe juif attaché au sultan est le truchement de l'auteur dont la verve et le style sont éblouissants, magnifiquement servis par la superbe traduction de Diane Meur (autre auteur Sabine Wespieser).


  • Hélène Camus : Le Faon - Magda Szabo - Viviane Hamy, Paris, France - 29/01/2008

Ce roman là de Magda Szabo est bien exigeant, mais quel grand plaisir de lire un nouvel opus de cet écrivain majeur. Oui, exigeant, parce que déroutant, mélangé, en apparence confus dans les dates, les personnages, les sentiments, un texte qui raconte la vie intérieure, le ressenti avec toutes les pensées, les souvenirs qui se télescopent, se surajoutent dans un esprit qui bouillonne et cherche à faire le lien.
Esther aime et déteste en même temps cet amant si attachant, si loyal étonnamment, dont l'amour lui est entièrement destiné mais qui demeure très attentionné pour son épouse, par devoir certainement mais pas seulement. Alors, Esther, dont l'existence dès l'enfance s'est trouvée écartelée entre une exigence intérieure d'excellence et une extrême pauvreté, Esther qui s'est construite dans la négation de l'affect tellement ses parents vivaient l'un pour l'autre, Esther qui a dû très tôt assumer le quotidien et s'est accrochée jusqu'à obtenir un emploi ( !) d'actrice qui l'a conduite à la célébrité, Esther donc est rongée par une jalousie si intense qu'elle en détruit sa perception de la vie.
Tout au long de ce monologue - confession, Magda Szabo nous décrit en contrepoint l'évolution de la Hongrie aux prises avec les diktats du parti unique, les règles politiques et économiques qui conditionnent la vie des hongrois jusque dans le quotidien le plus banal. Le contraste entre les sentiments d'Esther, sa volonté de faire table rase des sentiments et les difficultés, joies, victoires dans sa vie professionnelle joint à une écriture démultipliée rend la lecture exigeante, ardue parfois mais tellement captivante qu'il n'est pas possible d'abandonner, et l'effort d'appréhension de la personnalité d'Esther nous conduit à la suivre de bout en bout.
C'est un livre qui se mérite et récompense tellement de s'y plonger.


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