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Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
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Bienvenue au pays des fêtes champêtres et de l'accordéon, bienvenue au pays de la grande cueillette de prunes et de la colique qui s'en suivit, bienvenue au pays des promesses toutes simples : "ne jamais arrêter de raconter", bienvenue au pays du "magicien du possible et de l'impossible" où tout est possible, même la plus fratricide des guerres, bienvenue au pays de la Drina, bienvenue en ex-Yougoslavie.
Par la voix d'un enfant, et par l'écriture flamboyante du jeune homme que cet enfant est devenu, quelque part dans son exil allemand, voici comment une enfance d'Europe Centrale bascule dans la perte : celle de grand-père Slavko qui meurt à l'instant même où Carl Lewis devient champion du monde, par laquelle s'ouvre le récit ; la perte d'Asija, la compagne de jeux dans la cave, durant les bombardements - mais a-t-elle jamais existé, celle dont le nom signifie "pacificatrice" ? La perte d'un monde qu'il est vain de chercher à retrouver : parce que ses blessures l'ont défiguré, et parce qu'en s'enfuyant on l'a trahi.
Il est rare de rencontrer une écriture aussi tonique (coup de chapeau à la traductrice), aussi exubérante, gorgée d'images, de trouvailles, d'humour jusqu'au bord du gouffre. Sasa Stanisic, né à Visegrad de mère bosniaque et de père serbe, entre en littérature avec un livre dont la lecture est une urgence salutaire.
Pourquoi Elise, actrice reconnue, a-t-elle accepté d'incarner à l'écran Régina Jonas, première femme ordonnée rabbin en 1935 à Berlin, et tuée à Auschwitz en 1944 ? Venu du fonds du passé de sa famille, un oncle prodige va le lui apprendre. Elle découvre que sa propre grand-mère, négociante en champagne, n'a pas été très regardante pendant l'Occupation quant à savoir avec qui elle trinquait...
Ces deux femmes ont vécu les mêmes heures dans deux mondes - et deux choix de vie - opposés.
Est-ce pour racheter la compromission banale de l'une qu'elle revêt l'exigence exceptionnelle de l'autre ?
C'est à Berlin même, dans la compagnie fragile de la biographe de la femme rabbin, qu'elle pourra se réconcilier avec son roman familial.
Une histoire forte superbement écrite.
Après la belle évocation de l'art de l'écriture qu'était son premier roman ("La Nuit des calligraphes"), Yasmine Ghata nous entraîne dans ce nouveau conte oriental sur les chemins de la musique soufie.
Lorsque Hossein hérite du târ (sorte de luth) de son père Barbe Blanche, il ne sait pas qu'il reçoit en même temps de terribles secrets qui le mèneront des geôles d'Ardabil, la ville où vit le fils de Moshen, le condisciple et rival de son père, aux portes de la sainteté.
S'il y a, comme dans les Mille et une nuits, une leçon de sagesse, ou d'humanité, à tirer de cette fable, sûrement est-ce celle que Moshen assène à Barbe Blanche : "La musique ne provoque pas dans le coeur ce qui n'y est pas". Et si cette leçon vaut aussi pour la littérature, alors n'en doutons pas, le coeur de Yasmine Ghata est grand et généreux.
Un recueil de nouvelles comme un recueil de portraits, d'histoires, brèves et denses, de romans concentrés. De la tendresse, de l'humour souvent noir, distillé avec subtilité même dans les pires scénarios, comme une antidote au désespoir, ou tout au moins à la mélancolie.
On y rencontre un amoureux fidèle à l'anniversaire d'un rendez-vous manqué ; un jeune homme qui, au sortir du comas, ne reconnaît pas la vieille dame qui ressemble à sa femme ; un comédien cabotin sûr d'obtenir la récompense tant méritée, et tant d'autres.
Homme de théâtre et écrivain, Pierre Charras nous fait entrer dans «le royaume de l'obsession, de l'idée fixe», et nous voici nous aussi hantés.
Thomas Thomson, nègre pour un écrivain populaire, est embauché par un avocat pour écrire l'histoire de son client, un gitan accusé du meurtre de ses maîtres. Un récit qui mènera le lecteur de Londres à l'étouffante jungle du Congo, et même au centre de la Terre.... Il n'est pourtant pas ici question d'exotisme : c'est à une réflexion sur l'irréductible étrangeté du rapport à autrui que nous convie Sanchez Piñol. Poursuivant la voie qu'il avait ouverte avec La Peau Froide, l'auteur dresse un portrait lucide de notre humanité, en perpétuelle balance entre l'amour le plus pur et la plus abjecte tyrannie.
Tantôt les nouvelles d'Yves Lériadec évoquent directement l'enfance : à un mariage, le premier émoi d'un garçon d'honneur pour sa cavalière (Garçon donneur) ; les héroïnes de cinéma qu'on voudrait sauver et aimer (Consoler Maria) ; les parties de billes (La trajectoire) et les secrets de famille proprement insupportables (Les pages arrachées).
Tantôt c'est la trace que l'enfance laisse chez les adultes dont il s'agit : la mère malade qui devient notre enfant (Les bras tendus, nouvelle liminaire d'une profonde sensibilité) ; la soeur qui va mourir (Necker by night) ; le professeur de latin qu'on retrouve dans un hospice (Rosa, rosa, rosam). Et parfois c'est plus grinçant, l'héritage nous gâche la vie, que ce soit une maison avec une locataire indélogeable (Le sourire de Louise) ou l'ambition que les parents ont pour nous (Maman voulait).
La dernière nouvelle, Le jour du permis (c'est du permis de vivre dont il s'agit, sanctionné par un examinateur véreux), est un épatant mélange de cauchemar orwellien et de comique chaplinesque...
L'écriture précise, sans graisse, toujours dans le ton (agacement ou fascination, mélancolie souvent) permet à Yves Lériadec de s'inscrire d'emblée parmi les rares nouvellistes français dont on souhaite retrouver la fraternité.
L'internaute la connaît et l'utilise depuis quelques années déjà. Difficile, lors d'une recherche sur la toile, d'échapper au renvoi vers les pages de l'encyclopédie collaborative en ligne, dont le projet n'est rien moins que de s'ériger comme la référence ultime en terme de connaissance. Car là où les encyclopédies «papier» sont inévitablement limitées par leur volume et leur coût, Wikipédia a pour elle la puissance du nombre : rédacteurs bénévoles, diffusion mondiale instantanée, stockage virtuel, et - bien sûr - gratuité. Le principe est simple : des anonymes, compétents ou non, rédigent en ligne un ou des articles sur les sujets de leur choix, les textes pouvant par suite être modifiés, corrigés, et même vandalisés, par les autres usagers. On voit rapidement se profiler l'écueil d'un tel procédé, analysé par cinq étudiants de Sciences-Po sous l'égide de Pierre Assouline : comment prétendre fournir une connaissance fiable lorsque les auteurs des articles ne sont pas nécessairement des spécialistes reconnus comme tels, mais des internautes parmi lesquels le bon grain est difficilement séparable de l'ivraie ? Car le problème que pose Wikipédia n'est pas seulement économique - en mettant en crise la pérennité des encyclopédies traditionnelles, mais aussi épistémologique : quel avenir pour la connaissance, si celle-ci prend la forme d'un contenu, certes actualisable en un clic, mais ne pouvant réellement être ni validé, ni invalidé ? Cet essai, que l'on sent animé par l'enthousiasme de ses co-rédacteurs autant que par un souci d'objectivité, soulève quelques lièvres au pays des chevaux de Troie, et invite son lecteur à penser la transmission du savoir sous un jour nouveau.
On pensait avoir tout lu, tout vu, tout écouté, sur le leader du groupe de rock le plus emblématique des ces vingt dernières années. Oh, il restait bien quelques demo tapes et quelques extraits de carnets intimes, exhumés avec parcimonie aux dates anniversaire par l'épouse du défunt - mais ce n'est pas ce qui nous importe. Car ce que nous livre Christophe Paviot, qui a manifestement plus vécu que conceptualisé le rock, est un ouvrage empreint d'une telle hargne qu'il mérite sa place parmi les (bons) livres consacrés à Nirvana. Il ne s'agit pas ici d'un documentaire sur la vie du groupe et de son guitariste/chanteur, mais plutôt d'une fiction réaliste, narrée du point de vue de Kurt Cobain. Là où le vacarme de cette âme poétesse était subtilement renversé par la mise en scène contemplative d'un Gus Van Sant (on se souvient du silencieux Last Days, autre fiction - mais en images - sur feu Cobain), l'écriture de Paviot prend le lecteur à la gorge, le plonge dans la sueur des concerts, les relents de bière et les montées d'héroïne, et ça tâche... Le récit détourne la carrière du groupe ; en se basant sur ce postulat étrange, selon lequel le groupe n'a réussi à signer de contrat pour aucun de ses albums, l'auteur enfonce encore le destin de Cobain dans un espèce de drame subversif, une eschatologie sombre dont on ressort avec les mains tremblantes et l'envie de casser une Fender sur scène.
De prime abord, le sujet n'est pas de toute gaieté. Un jeune homme installé à Marseille doit remonter dans ses Flandres natales, qu'il a fuit il y a quelques années, pour mettre de l'ordre dans les «écritures» de son meilleur ami Dino qui s'est suicidé récemment. Ce dernier lui a laissé trois carnets noirs et des photos : toute son intimité, ses frustrations et ses angoisses. A cette lecture, le narrateur replonge dans son enfance, dans ses souvenirs et les excès de sa jeunesse avec cet ami, leur commune découverte de la vie, de la jouissance, des amitiés et des amours. Dans cette période où flattés par la vie ils ont vécu, ils ont connu le bonheur d'exister intensément.
L'apéritif des faibles est un premier roman d'une grande puissance, qui se place du côté de la vie, de ces moments d'éternité qu'elle sait offrir et que l'on voudrait capturer pour toujours.
Un vieil homme et une petite fille se rencontrent. Ils sont tous deux blessés, tous deux en marge de la société. Le vieil homme cultive le souvenir de sa femme dans leur grande maison au bord d'un village de montagne. La petite fille, qui a subi des sévices d'une mère folle, s'est retranchée dans le mutisme.
Ils vont aller l'un vers l'autre, s'apprivoisant lentement. Baptiste va apprendre à lire à la jeune Julie mais surtout à acquérir confiance en elle et en les autres. Cette mission lui donne un but. Chacun va poursuivre son chemin, l'un vers la vie, l'autre vers la mort, apaisés.
Ce beau roman, servi par une écriture dense et sobre a la dimension d'une allégorie universelle.
L'histoire débute sur une plage aux abords de Catane, en Sicile où des enfants découvrent le corps supplicié d'un agonisant. Une fois retapé, l'homme est expédié à l'autre bout du monde. Huit ans après, il revient pour retrouver la fille du mafieux dont il était amoureux. Polar ? Histoire d'amour ? Roman d'une ville ? Tout cela à la fois : l'intrigue distillée en touches subtiles, restitue parfaitement l'ambiance d'une Sicile mystérieuse et violente.
Il pleut sans discontinuer sur la résidence dont les habitants ont été chassés. Ne restent, séparés par une mince cloison, qu'un vieil homme dont la femme vient de mourir et qui écoute sans cesse un ancien enregistrement de Schumann, et le narrateur qui attend l'impossible retour de sa compagne. Les liens que tissent entre eux deux la mémoire et l'abandon sont plus forts que les paroles. Souvent même plus forts que le silence. C'est un roman magnifique qui parle d'exil, de résistance et de passion, beau et grave comme la musique de Schumann, jamais désespérée mais d'une mélancolie étincelante.
C'est le journal que tient Nieve à deux périodes de sa jeune vie, dans les années 80 à Cuba.
Au début elle a 10 ans, est ballottée entre une mère artiste et un père théâtreux et violent. C'est l'occasion de rentrer au coeur du système social cubain, et de voir l'importance de l'entraide, des réseaux de voisinage, de la débrouille.
Dans la seconde partie, Nieve à 15 ans et s'éveille à toutes les révoltes : politique, artistique, sensuelle et sexuelle, avec une soif de vivre que rien ne semble pouvoir modérer. Mais voilà, "tout le monde s'en va", et Nieve reste là "condamnée à l'immobilité perpétuelle".
Ecrit de l'intérieur même de Cuba par une jeune poétesse (mais publié en Espagne), ce livre est à la fois un témoignage bouleversant et une oeuvre littéraire enthousiasmante.
Merveilleuse surprise que cette nouvelle édition du tout premier roman de Toole. Il faut dire que l'héritage du maître, en dehors de la Conjuration des Imbéciles (qui lui valut le Pulitzer à titre posthume), tient à ce seul opus. Ecrites à l'âge de seize ans, ces pages laissent tout à la fois transpirer une acuité de vision, une douleur sourde, et une joie féroce à l'exercice de la plume.
La bible de néon, c'est cette enseigne suspendue au-dessus de l'église d'une petite ville, dans le Sud des Etats-Unis. David, enfant d'une famille modeste, y grandit, en bute au mépris d'une population dont le pas est réglé sur celui du pasteur, tyrannique et omnipotent. Le jeune garçon ne trouve de refuge qu'auprès de sa tante Mae, ancienne gloire de la danse qui va devenir sa nourrice, son amie et sa confidente. Une série de drames finira par pousser David à quitter la ville...
Evocation poétique de l'enfance, critique du fanatisme religieux, peinture sociale de l'Amérique des années 40, la Bible de Néon est un de ces livres indispensables dont le goût demeure, longtemps après la lecture.
Quelle trame plus accueillante pour un écrivain que le destin d'Omar Khayyam, dont le nom résonne depuis la Perse médiévale et dont la vie est si mangée d'ombre... On sait qu'il fut un mathématicien précurseur, un astronome exceptionnel (le calendrier qu'il a calculé est plus juste que le nôtre). Il fut un poète dont les Rubaïyat (Quatrains) célèbrent le vin, l'amour et la pensée libre. Quoi, il fut tout cela et il ne fut que cela... Dans les interstices de sa légende Jean-Yves Lacroix glisse ses coins et pousse les expériences de Khayyam aux paroxysmes : l'amour sera un feu d'artifice de jouissance et de communion, l'ivresse atteindra le ciel par le bas et toute la science n'expliquera pas la mort.
Il fallait une écriture à la hauteur de cette histoire : il faut inventer pour Lacroix, à l'opposé du style télégraphique, le "style calligraphique". La phrase conjugue l'ellipse et la volute pour des arabesques parfois précieuses, parfois - lorsque l'ivresse métaphysique balaye tout - joyeusement canaille. On est emporté par son flot pour une brève traversée (à peine 90 pages) qui laisse essoré et ravi. Vive l'Orient et ses épices !
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