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Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.


France 5 est notre partenaire « Télé » : chaque jeudi soir, un portrait de libraire est diffusé dans l’émission de François Busnel « La Grande Librairie ».


France Info est notre partenaire « Radio ». Ecoutez l'émission "A livre ouvert" : chaque dimanche soir, François Busnel reçoit deux libraires pour commenter l’actualité littéraire de la semaine passée.


Le Magazine Littéraire est notre partenaire « Presse écrite ». Découvrez en exclusivité le palmarès des livres préférés des libraires de France.


A propos de la librairie : LA MUSE AGITÉE


Ses coordonnées

Adresse:
39, avenue Georges Clemenceau
06220 VALLAURIS
France

Téléphone : 04 93 64 82 84

Site Internet : http://www.lamuseagitee.com



Les coups de cœur de ses libraires

Jack naît le jour le plus froid du monde, dans l'une des contrées les plus froides du monde. Son coeur en reste gelé, et il faut tout le génie de la sage-femme-docteur-sorcière-chaman Madeleine pour lui confectionner un drôle de dérivatif sur une horloge en bois, avec coucou intégré comme il se doit. Mais voilà, ce coeur-horloge demande quelques précautions d'usage, pour ne pas le surcharger d'émotions et surchauffer le coucou : éviter toute colère et surtout tout sentiment amoureux. Arrive ce qui doit arriver, little Jack tombe en pamoison devant la petite Miss Acacia, espagnole aux chants latins et aux danses flamenco ensorcelants. C'est le début d'une grande aventure, celle de l'amour et de la vie, des sens contre la raison.

Pour son deuxième roman, Mathias Malzieu nous transporte dans un univers «timburtonien» à souhait, avec délectation et panache. La métaphore est jolie et les images trouvées par l'auteur pour décrire les sensations de ses drôles de personnages superbes. Un beau livre pour passer un très bon moment entre rêve et cauchemar.


  • Anouk : Balco atlantico - Jérôme Ferrari - Actes Sud, Arles, France - 17/09/2008

Dès les premières pages de ce roman, on sait qu'il va falloir faire un effort pour atteindre l'essentiel du propos.
Ne pas s'étendre sur l'anecdotique combat des nationalistes corses, la perversité du discours des hommes d'honneur, la mélancolie des soirées au bar, les quelques clichés au rendez-vous.
Au travers le regard d'un narrateur collectionneur de petites culottes et enclin à un cynisme alcoolisé et boudeur, on en apprend un peu plus sur les rêves des gens de l'Île, sur leur espoirs, sur leurs désastres, sur les immigrés rêveurs arrivés sur cette terre.
Tout ce qui compose la population de la Corse forme ce mélange de passions et de mélancolie palpable dans une histoire d'amour dont la genèse est racontée dans ce livre. Les femmes sont soit mère courage, soit madone amoureuse, soit salopes décervelées. Mais l'histoire d'amour est là, universellement au centre de la vie et du livre.
L'écriture est âpre, et provocatrice, l'auteur est peut être un romantique qui s'ignore ? A découvrir.


La chanson de Charles Quint relate un évènement majeur dans l'histoire de l'auteur : la disparition de sa femme. Ou plutôt de son amour. De son seul amour. En tous les cas, du seul «amour unique» qu'il connut, dans la multitude de ses amours «morcelés», comme il les définit. C'est aussi son histoire de frère. Une relation fraternelle aux liens profonds, bien que tendus dans leur volonté si farouche d'être aussi différents que deux frères peuvent l'être. La chanson de Charles Quint parle donc d'amour, de sentiment amoureux, et fraternel, amical aussi, filial parfois. D'amour et de mort. D'une vie d'amour dans la mort de l'autre. De vie par-dessus tout, avec ses morts, ses fantômes, ses souvenirs et ses mille regrets, ses illusions et ses millions de petits bonheurs.

Erik Orsenna livre ici le plus intime des souffles. Celui qui forge un homme, et qui le porte.


A lire les nouvelles d'Anne Brochet, on se sent un peu comme un enfant qui arracherait les pattes d'une mouche une par une pour voir comment elle volerait.
Ainsi, une femme débordante de désir se prépare à rencontrer un homme qui ne bande pas, une autre croit pouvoir se payer un amant accroc qui va lui voler son argent. Une femme abandonnée, une autre obèse, une qui écrase des grillons aussi fort qu'elle méprise son homme. Ces mêmes hommes sont absents, mais leurs petites lâchetés se tricotent au coeur de toutes ces histoires. Des ratages, des obsessions, du sexe énergique mais sans amour, le tout écrit avec beaucoup de précision et d'humour. A nous voir si minables sans nos ailes pour nous envoler, on en aurait presque pitié pour les mouches.


  • Anouk : Hors saison - Lourdes Ventura - Buchet Chastel, Paris, France - 17/09/2008

Victoria est une secrétaire solitaire, un peu psychorigide, et dont l'existence ordonnée et proprette correspond à ce qu'elle pense être la Vie. Sauf que Victoria caresse le doux rêve de devenir écrivain et qu'à 46 ans, elle juge le moment venu pour s'autoriser à tenter l'expérience de l'écriture. Confortablement installée dans une villa en bord de mer, elle compulse ses notes entre deux promenades, réfléchit à son sujet, compare les désordres des héroïnes de la littérature anglaise du 19 ème et essaye de trouver l'inspiration sans avoir jamais elle-même connu le trouble des sentiments amoureux. Les rencontres fortuites qu'elle fera durant cette retraite studieuse, vont faire basculer sa vision de l'âme humaine et ouvrir une brèche dans son coeur qui ne demandait que ça.

Lourdes Ventura propose un roman très visuel, éclairé par de minutieuses descriptions d'un univers chargé de romantisme, tout comme ses personnages dont elle explore l'intimité et les motivations avec beaucoup de justesse.


Cipriano Parodi est un jeune auteur vénitien à l'imagination foisonnante. Lorsqu'il reçoit une invitation de la part de Caspar Jacobi, écrivain contemporain déjà mythique, à venir le rejoindre à NY pour travailler dans son équipe, il ne se doute pas des effrayantes épreuves qu'il devra affronter. Cipriano, d'abord sous le charme de Jacobi, voit petit à petit ses illusions partir en fumée, et son imagination se mettre à la merci de celle de son maître. Et puis c'est tout son imaginaire qui semble incorporer celui de Jacobi, pour finalement s'insinuer imperceptiblement dans le réel, comme si la frontière entre imagination et réalité n'était qu'artificiellement maintenue par la seule volonté désuète du lecteur.

C'est un rêve, une fable vénitienne digne d'un Fellini, teintée de la magie d'un Hugo Pratt, que nous propose Alberto Ongaro. Extraordinaire roman, tant par son écriture que par son originalité, où le lecteur est probablement le plus envoûté des personnages, et ne peut s'assurer totalement de garder un pied dans la réalité à la fin de sa lecture.


Comment écrire sur son amour sans paraître solennel, voire emphatique ?
Peut être simplement en parlant de soi et de l'être aimé. Celle qui a inspiré ses écrits à André Gorz est une femme maintenant vieille et malade. C'est ainsi qu'il la voit et pourtant l'amour est là, plus fort que jamais.
De leur rencontre, de leur vie, l'auteur fait un récit tendre, sans complaisance avec ses erreurs de jugement. Un récit dans lequel irradie cette lumière qui illumine sa vie, sa femme.
Le parcours d'une vie est tracé sans autre motivation que de continuer à vivre avec elle, à le lui dire et à la chérir.
On se demande qu'elle femme exceptionnelle elle peut être ou quel homme exceptionnel est il.
On lit avec beaucoup d'émotion l'histoire d'un homme et d'une femme qui ont refait le monde à leur image, traversé cette vie ensemble. Une histoire singulière et pourtant universelle, à l'image d'un amour digne et profond.


  • Jerôme Peyrelevade : Le rêve de Machiavel - Christophe Bataille - Grasset, Paris, France - 05/09/2008

Italie, 1527. La peste frappe le pays. Un homme s'est enfui de Florence où la maladie sévit, et arrive aux portes d'une petite ville toscane encore épargnée.
Cet homme est un prince, un conseiller des rois, un homme de lettres, de connaissances, un être qui a longtemps eu droit de vie et de mort sur ses congénères par sa simple parole.
Il connaît le monde, il connaît la vie, et surtout la mort, il connaît les hommes, et leurs vices, il connaît le pouvoir, ses rouages, ses limites, ses devoirs, ses droits et ses excès.
Cet homme est Machiavel. Il se croit encore Prince sans doute. Mais il vient de Florence la maudite, et plus rien ne compte. Ses titres sont sans valeur, ainsi même que ses diamants.
La peur a raison de tout, et lorsque le peuple n'ose plus boire ni manger, l'argent et le pouvoir n'ont plus de signification.
Le Prince Machiavel est littéralement mis à nu, on l'observe, on cherche les petites tâches grises, on n'en trouve pas, puis on le fait rentrer dans la ville.
Quelques jours passent, et la mort s'abat à nouveau. Elle rôde dans la cité, s'insinue dans chaque recoin, s'engouffre, et finit par s'établir en maîtresse sur son nouveau royaume.
Lorsque brûler les cadavres ne suffit plus, on s'en prend aux vivants qui les ont approchés, aux sorcières, aux juifs, aux parias, à tous ceux qui pourraient représenter la cause de ces malheurs.
Lorsque même les bourreaux ont peur de la mort, c'est que la barbarie a atteint son âge de raison.
Machiavel se cache, rôde, un couteau en main, trouve refuge dans une auberge abandonnée, et tente comme il peut de survivre à ce cauchemar.
Il sauve un jour une jeune fille de la torture et des flammes. Une jeune fille qui montre manifestement les signes avant-coureurs de la peste. La sauver, c'est déjà s'attacher.
Il la protège, la soigne tant qu'il peut. Il l'aime.

Voici probablement l'ovni littéraire de la rentrée. Christophe Bataille imagine les jours de Machiavel lors de la peste de 1527, en se basant sur ses écrits.
Il lui crée cet amour, le dernier, celui peut-être de la rédemption.
Derrière l'anecdote, c'est Machiavel lui-même qu'il réinvente, réhabilite. L'homme qu'il fut, au-delà de l'image populaire qui en est restée.
Un homme hanté, qui a peur, qui veut vivre, qui aime encore, qui observe, qui pense et qui s'émeut.
Ce n'est pas un diable humanisé. C'est un homme, tout simplement. Et voilà l'autre partie de ce roman mystérieux : une réflexion imagée et implicite sur la condition humaine.
La langue est riche, soutenue, très belle, à la fois classique et moderne. C'est un long rêve que nous propose de visiter l'auteur. Un long rêve qui s'éternise dans une réalité imaginée. Certains le trouveront impénétrable, sans doute. On se dit que Christophe Bataille est trop ambitieux. Et puis on termine le livre sans même s'en rendre compte, et on loue son auteur de nous offrir quelques bouts de ses ambitions démesurées.


Ce n'est pas seulement dessous que nous propose d'aller y voir Claire Castillon, mais aussi derrière, au travers, à l'envers, à l'intérieur et en dedans.
Un voyage intime dans la vie d'une femme qui écrit comme elle pense et ce n'est ni lisse, ni dépourvu d'ironie, d'autant qu'elle n'hésite pas à nous prendre sans pudeur comme confident.
Cette femme-là ne sait pas aimer. Elle a beau essayer, elle n'y arrive pas.
Elle est irriguée du sang des générations précédentes. Le sang transportant une malédiction familiale qui fait des femmes de «bonnes ânesses dévouées et soumises». L'homme du livre est donc tout naturellement baptisé «l'âne» dès la première page.
Tout au long du récit, l'auteure alterne les paragraphes narrant sa vie présente avec ceux de son passé de petite fille appesantie de solitudes.
Cherche-t-elle une paraphrase à son incapacité à vivre aujourd'hui l'amour ?
Y voit-elle une sorte d'excuse plausible, acceptable, imparable ?
Il faut aimer le sens de l'observation que déploie Claire Castillon, il faut aimer son exigence, son inspiration, la couleur de ses mots embrochés parfois avec poésie. Il faut aimer plonger dans la marre au canard de ce monde immergé dont on ne pourrait apercevoir que l'îlot. Il faut aimer être un peu voyeur.
Alors, on lit cette aventure sentimentale qui s'essaye à durer et à être belle et unique, puis la suivante qui se profile inévitablement, avec les yeux d'une auteure fantasque, égocentrique et impertinente.


Si l'on aime à pénétrer des univers vraiment personnels, il faut lire les nouvelles de William Goyen.
Dans cet ensemble de 7 nouvelles, l'auteur nous transporte dans un réel imaginaire et dans un rêve aux teintes quotidiennes. L'enfance est au coeur de la plupart des textes. Une enfance qui est trahie, trop éloignée de l'innocence.
Plus que l'enfance, c'est surtout l'enfant qui y palpite, avec une mélancolie adulte et un regard grand ouvert sur un monde livide.
Ainsi, dans le premier écrit dont est tiré le titre du recueil, un jeune garçon solitaire et fragile se lie d'amitié avec le fils d'une famille de paysans déracinés, qui ont emménagé à la ville par nécessité. Noyés dans les deuils, ils repartiront moins nombreux, laissant le jeune garçon aimanté de leurs désolations, l'âme pleine d'une compassion triste.
La poésie fait parfois son chemin en éclaboussant le récit de quelques ombres incroyablement pures sur un fond noir et blanc. On croise des êtres singuliers qui se promènent au milieu de paysages taris. Des êtres malmenés et d'autres illuminés de grâce.
On ne ferme pas ce livre sans ressasser une phrase (à la manière de William Goyen qui utilise dans son écriture ce martèlement répétitif) :
Cette souffrance de l'homme est elle définitive ?


  • Jerôme Peyrelevade : L'homme qui tombe - Don DeLillo - Actes Sud, Arles, France - 07/05/2008

Sorti de l'enfer des tours du World Trade Center, Keith revient à l'appartement de son ex-femme, couvert de cendres et de sang, divaguant à moitié, comme par instinct, une mallette qui ne lui appartient pas dans la main. «L'après» se déroule tout seul, sans heurt et sans volonté, chacun suit les traces de ses névroses et retourne sans cesse sur ses pas. Si Keith reprends une vie de famille depuis longtemps abandonnée, c'est dans les bras d'une autre rescapée qu'il tombe, comme sa femme tombe dans les oublis de ses patients atteints d'Alzheimer, qui font tout pour se rappeler comment c'était avant. Mais c'est comme si «avant» n'existait plus pour personne. L'apocalypse semble née le 11 septembre et ne cesse de s'étendre, moins chaotique que méthodique. Les vies ne se reforment pas tout à fait, et chacun est cet «homme qui tombe» des toits ou des gares, dans une mise en scène macabre et dérangeante, de «l'art de rue» pour crier en silence un mal-être touchant toute l'Amérique.

Don DeLillo retrace avec un grand talent les névroses de ses personnages, d'une plume sensible, aussi trouble et nerveuse que cette Amérique assommée de l'après 11 septembre, ce colosse qui vient de s'apercevoir que ses pieds sont d'argile. Voilà un témoignage rare de la culture américaine telle qu'elle se redéfinit depuis 2001.


  • Jerôme Peyrelevade : Chaos calme - Sandro Veronesi - Grasset, Paris, France - 05/05/2008

Pietro n'est pas là lorsque sa femme fait une rupture d'anévrisme sous les yeux de leur fille Claudia. Il n'est pas là car il est en train de sauver une inconnue de la noyade. Pétri de culpabilité, il décide de passer ses journées devant l'école de Claudia, dans sa voiture la plupart du temps, dans le café du coin ou le parc mitoyen. Il observe la vie alentour, les habitants du quartier, les passants, et porte un regard tendre et amer, cynique et doux, sur la vie qui continue son chemin. Il attend. Mais il ne souffre pas. Il est dans cette phase étrange où le drame est bien présent mais n'a pas encore explosé en lui, ni en sa fille d'ailleurs, dans un «chaos calme» comme il le définit.
L'enchaînement des conséquences de cette immobilité porte tout son entourage, personnel et professionnel, à venir se liquéfier dans sa voiture, chacun y allant de son malheur, de la triste anecdote qui a bouleversé sa vie. D'abord objet de compassion, Pietro devient l'analyste involontaire de son monde, l'oreille attentive et discrète dont ces êtres au bord de la rupture avaient besoin. En tous les cas jusqu'à ce que sa fille vienne remettre quelques pendules à l'heure.

Un roman fort, très bien écrit et aux idées souvent originales. Un sens du retournement absurde digne de Beckett, un existentialisme doux, entre humour tendre et cynisme noir. On referme ce livre en regrettant déjà que ses personnages ne nous accompagnent pas plus longtemps. Une réussite.


Hailsham est un centre, quelque part en Angleterre, qui accueille des enfants, de tout petit à l'adolescence. Marquée par son passage dans cet établissement étrange, Kath nous relate avec mélancolie ses souvenirs d'enfance. Les journées d'étude, de sport, et d'activités créatives en tous genres, les regroupements et les échanges d'oeuvres artistiques entre élèves, les «gardiens», chargés d'éduquer et préparer plus que de surveiller. Mais préparer à quoi ? Eduquer dans quel but ? Pourquoi l'art parait si essentiel à tout le monde ? Quel avenir attend donc ces enfants chargés de mystère, craints par leurs professeurs malgré leur douceur et leur innocence ? Qu'y a-t-il juste derrière l'enceinte de Hailsham ? Quel monde et quelle vie attendent Kath, Ruth, Tommy et les autres ?

Ishiguro dévoile son intrigue au fil des pages, et croise les histoires parallèles pour mieux capter et surprendre. On se retrouve comme ses personnages, un peu perdu dans un monde dont on reconnaît les secrets sans pouvoir les percer. A l'instar de ses «gardiens», l'auteur lève un bout du voile à chaque chapitre, et l'on est comme happé par les questions posées et les réponses apportées, par ce monde si terriblement proche du notre, par les destins de ces jeunes que l'on voudrait sauver de leurs chimères.
Un roman d'anticipation intelligent autant qu'émouvant, saupoudré d'une pincée de philosophie qui n'est pas sans rappeler les plus illustres des prédécesseurs de Ishiguro : Aldous Huxley et Georges Orwell.


  • Anouk : Aïzan - Maryline Desbiolles - Ecole des loisirs, Paris, France - 18/04/2008

L'histoire raconte Aïzan, petite fille tchétchène venue habiter le sud de la France avec sa mère. On sait d'elle que son père est parti, que sa mère est belle, triste et forte et qu'elles souffrent toutes deux de l'absence.
Aïzan, dont l'imagination est le souffle, va apprendre à vivre dans une nouvelle ville.
Elle aura une soeur imaginaire qu'elle convoque dans le creux de sa main pour partager ces pensées et ses rêves. Petite fille déracinée, elle saura pourtant de rencontres en rencontres, apprendre à aimer, à voir et à connaître le monde, à dérouler aussi toute la tendresse en elle pour la partager avec les autres.
Maryline Desbiolles propose un roman pour enfants d'une grande densité, mêlant la mythologie grecque au destin d'une enfant en devenir.
L'écriture poétique serpente comme une rivière au soleil, arrosant les décors et les personnages très actuels d'une histoire aussi rafraîchissante que touchante.


  • Anouk : Moins qu'une pute - Régis Clinquart - Flammarion, Paris, France - 17/04/2008

Le titre donne le ton, âmes sensibles s'abstenir.
«Moins qu'une pute» est une longue lettre adressée à une femme qui a trompé et quitté l'auteur. La missive est rageuse, pleine d'un venin exemplaire et d'une flamboyante haine. C'est la véhémence du désespoir allié à l'intelligence d'une écriture hoquetante de crachats. On peut parfois rire tant le cri de douleur est grossier et sonore. Mais au fond cette lettre enivrante a peut être le courage qu'il manque parfois dans des ruptures en surface trop proprettes. Passons à «Romance». Voici l'auteur pitbull qui se transforme en un chien quémandant la caresse d'une qui ne veut rien lui donner. On découvre l'ardeur d'un amoureux potentiel ivre de passion et d'érotisme, haletant de désir, fragile comme du cristal. On se demande comment cet homme peut être encore en vie en n'éprouvant que des sentiments aussi forts. L'écriture tambourine et martèle la même force vive que dans la précédente nouvelle.
Le point de vue de régis Clinquart est résumé dans cette phrase extraite du livre : «non, rien ne s'est jamais écrit d'important ou de sincère sur l'amour autrement que sur le mode du combat».
On ferme le livre en ayant l'impression de devoir cracher un bonbon à la mente, impossible à sucer tant il arrache la bouche...


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