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Ses coordonnées

Adresse:
39, avenue Georges Clemenceau
06220 VALLAURIS
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Téléphone : 04 93 64 82 84

Site Internet : http://www.lamuseagitee.com



Les coups de cœur de ses libraires

  • Jérôme Peyrelevade : La porte des enfers - Laurent Gaudé - Actes Sud, Arles, France | Leméac, Montréal, Canada - 27/08/2008

En amenant son fils à l'école, Matteo tombe en plein milieu d'un règlement de comptes dans les rues de Naples. Son petit garçon prend une balle perdue au ventre et décède dans ses bras. Matteo et sa femme, Giuliana, sont anéantis, et perdent toute raison d'être. Si Giuliana entre en colère comme on entre en croisade, Matteo quant à lui erre comme une ombre dans la ville des nuits entières. Jusqu'au jour où il rencontre une drôle de confrérie, quatre personnages originaux et pleins de compassion, qui le pousseront à rejoindre le royaume des morts, à passer la porte des enfers, pour retrouver et ramener son fils à la vie.

Pas de doute, Laurent Gaudé n'a rien perdu de sa force narrative. Suivre ses personnages se débattre avec leurs destins tragiques dignes des contes mythiques de nos ancêtres est un régal. La description des enfers, avec pour guide une âme en perte de son être, à la manière de Dante, est d'une originalité rare. On retrouve un peu du Soleil des Scorta, un peu de La Mort du Roi Tsongor, dans cette balade aux bords du Styx, dans le noir et la lumière de ces rudes combats contre la vie et la fatalité. Et l'on termine le roman en ayant déjà hâte de lire le prochain.


Si l'on aime à pénétrer des univers vraiment personnels, il faut lire les nouvelles de William Goyen.
Dans cet ensemble de 7 nouvelles, l'auteur nous transporte dans un réel imaginaire et dans un rêve aux teintes quotidiennes. L'enfance est au coeur de la plupart des textes. Une enfance qui est trahie, trop éloignée de l'innocence.
Plus que l'enfance, c'est surtout l'enfant qui y palpite, avec une mélancolie adulte et un regard grand ouvert sur un monde livide.
Ainsi, dans le premier écrit dont est tiré le titre du recueil, un jeune garçon solitaire et fragile se lie d'amitié avec le fils d'une famille de paysans déracinés, qui ont emménagé à la ville par nécessité. Noyés dans les deuils, ils repartiront moins nombreux, laissant le jeune garçon aimanté de leurs désolations, l'âme pleine d'une compassion triste.
La poésie fait parfois son chemin en éclaboussant le récit de quelques ombres incroyablement pures sur un fond noir et blanc. On croise des êtres singuliers qui se promènent au milieu de paysages taris. Des êtres malmenés et d'autres illuminés de grâce.
On ne ferme pas ce livre sans ressasser une phrase (à la manière de William Goyen qui utilise dans son écriture ce martèlement répétitif) :
Cette souffrance de l'homme est elle définitive ?


Cipriano Parodi est un jeune auteur vénitien à l'imagination foisonnante. Lorsqu'il reçoit une invitation de la part de Caspar Jacobi, écrivain contemporain déjà mythique, à venir le rejoindre à NY pour travailler dans son équipe, il ne se doute pas des effrayantes épreuves qu'il devra affronter. Cipriano, d'abord sous le charme de Jacobi, voit petit à petit ses illusions partir en fumée, et son imagination se mettre à la merci de celle de son maître. Et puis c'est tout son imaginaire qui semble incorporer celui de Jacobi, pour finalement s'insinuer imperceptiblement dans le réel, comme si la frontière entre imagination et réalité n'était qu'artificiellement maintenue par la seule volonté désuète du lecteur.

C'est un rêve, une fable vénitienne digne d'un Fellini, teintée de la magie d'un Hugo Pratt, que nous propose Alberto Ongaro. Extraordinaire roman, tant par son écriture que par son originalité, où le lecteur est probablement le plus envoûté des personnages, et ne peut s'assurer totalement de garder un pied dans la réalité à la fin de sa lecture.


Comment écrire sur son amour sans paraître solennel, voire emphatique ?
Peut être simplement en parlant de soi et de l'être aimé. Celle qui a inspiré ses écrits à André Gorz est une femme maintenant vieille et malade. C'est ainsi qu'il la voit et pourtant l'amour est là, plus fort que jamais.
De leur rencontre, de leur vie, l'auteur fait un récit tendre, sans complaisance avec ses erreurs de jugement. Un récit dans lequel irradie cette lumière qui illumine sa vie, sa femme.
Le parcours d'une vie est tracé sans autre motivation que de continuer à vivre avec elle, à le lui dire et à la chérir.
On se demande qu'elle femme exceptionnelle elle peut être ou quel homme exceptionnel est il.
On lit avec beaucoup d'émotion l'histoire d'un homme et d'une femme qui ont refait le monde à leur image, traversé cette vie ensemble. Une histoire singulière et pourtant universelle, à l'image d'un amour digne et profond.


  • Anouk : Hors saison - Lourdes Ventura - Buchet Chastel, Paris, France - 29/05/2008

Victoria est une secrétaire solitaire, un peu psychorigide, et dont l'existence ordonnée et proprette correspond à ce qu'elle pense être la Vie. Sauf que Victoria caresse le doux rêve de devenir écrivain et qu'à 46 ans, elle juge le moment venu pour s'autoriser à tenter l'expérience de l'écriture. Confortablement installée dans une villa en bord de mer, elle compulse ses notes entre deux promenades, réfléchit à son sujet, compare les désordres des héroïnes de la littérature anglaise du 19 ème et essaye de trouver l'inspiration sans avoir jamais elle-même connu le trouble des sentiments amoureux. Les rencontres fortuites qu'elle fera durant cette retraite studieuse, vont faire basculer sa vision de l'âme humaine et ouvrir une brèche dans son coeur qui ne demandait que ça.

Lourdes Ventura propose un roman très visuel, éclairé par de minutieuses descriptions d'un univers chargé de romantisme, tout comme ses personnages dont elle explore l'intimité et les motivations avec beaucoup de justesse.


  • Jérôme Peyrelevade : L'homme qui tombe - Don DeLillo - Actes Sud, Arles, France - 07/05/2008

Sorti de l'enfer des tours du World Trade Center, Keith revient à l'appartement de son ex-femme, couvert de cendres et de sang, divaguant à moitié, comme par instinct, une mallette qui ne lui appartient pas dans la main. «L'après» se déroule tout seul, sans heurt et sans volonté, chacun suit les traces de ses névroses et retourne sans cesse sur ses pas. Si Keith reprends une vie de famille depuis longtemps abandonnée, c'est dans les bras d'une autre rescapée qu'il tombe, comme sa femme tombe dans les oublis de ses patients atteints d'Alzheimer, qui font tout pour se rappeler comment c'était avant. Mais c'est comme si «avant» n'existait plus pour personne. L'apocalypse semble née le 11 septembre et ne cesse de s'étendre, moins chaotique que méthodique. Les vies ne se reforment pas tout à fait, et chacun est cet «homme qui tombe» des toits ou des gares, dans une mise en scène macabre et dérangeante, de «l'art de rue» pour crier en silence un mal-être touchant toute l'Amérique.

Don DeLillo retrace avec un grand talent les névroses de ses personnages, d'une plume sensible, aussi trouble et nerveuse que cette Amérique assommée de l'après 11 septembre, ce colosse qui vient de s'apercevoir que ses pieds sont d'argile. Voilà un témoignage rare de la culture américaine telle qu'elle se redéfinit depuis 2001.


  • Jérôme Peyrelevade : Chaos calme - Sandro Veronesi - Grasset, Paris, France - 05/05/2008

Pietro n'est pas là lorsque sa femme fait une rupture d'anévrisme sous les yeux de leur fille Claudia. Il n'est pas là car il est en train de sauver une inconnue de la noyade. Pétri de culpabilité, il décide de passer ses journées devant l'école de Claudia, dans sa voiture la plupart du temps, dans le café du coin ou le parc mitoyen. Il observe la vie alentour, les habitants du quartier, les passants, et porte un regard tendre et amer, cynique et doux, sur la vie qui continue son chemin. Il attend. Mais il ne souffre pas. Il est dans cette phase étrange où le drame est bien présent mais n'a pas encore explosé en lui, ni en sa fille d'ailleurs, dans un «chaos calme» comme il le définit.
L'enchaînement des conséquences de cette immobilité porte tout son entourage, personnel et professionnel, à venir se liquéfier dans sa voiture, chacun y allant de son malheur, de la triste anecdote qui a bouleversé sa vie. D'abord objet de compassion, Pietro devient l'analyste involontaire de son monde, l'oreille attentive et discrète dont ces êtres au bord de la rupture avaient besoin. En tous les cas jusqu'à ce que sa fille vienne remettre quelques pendules à l'heure.

Un roman fort, très bien écrit et aux idées souvent originales. Un sens du retournement absurde digne de Beckett, un existentialisme doux, entre humour tendre et cynisme noir. On referme ce livre en regrettant déjà que ses personnages ne nous accompagnent pas plus longtemps. Une réussite.


Hailsham est un centre, quelque part en Angleterre, qui accueille des enfants, de tout petit à l'adolescence. Marquée par son passage dans cet établissement étrange, Kath nous relate avec mélancolie ses souvenirs d'enfance. Les journées d'étude, de sport, et d'activités créatives en tous genres, les regroupements et les échanges d'oeuvres artistiques entre élèves, les «gardiens», chargés d'éduquer et préparer plus que de surveiller. Mais préparer à quoi ? Eduquer dans quel but ? Pourquoi l'art parait si essentiel à tout le monde ? Quel avenir attend donc ces enfants chargés de mystère, craints par leurs professeurs malgré leur douceur et leur innocence ? Qu'y a-t-il juste derrière l'enceinte de Hailsham ? Quel monde et quelle vie attendent Kath, Ruth, Tommy et les autres ?

Ishiguro dévoile son intrigue au fil des pages, et croise les histoires parallèles pour mieux capter et surprendre. On se retrouve comme ses personnages, un peu perdu dans un monde dont on reconnaît les secrets sans pouvoir les percer. A l'instar de ses «gardiens», l'auteur lève un bout du voile à chaque chapitre, et l'on est comme happé par les questions posées et les réponses apportées, par ce monde si terriblement proche du notre, par les destins de ces jeunes que l'on voudrait sauver de leurs chimères.
Un roman d'anticipation intelligent autant qu'émouvant, saupoudré d'une pincée de philosophie qui n'est pas sans rappeler les plus illustres des prédécesseurs de Ishiguro : Aldous Huxley et Georges Orwell.


  • Anouk : Aïzan - Maryline Desbiolles - Ecole des loisirs, Paris, France - 18/04/2008

L'histoire raconte Aïzan, petite fille tchétchène venue habiter le sud de la France avec sa mère. On sait d'elle que son père est parti, que sa mère est belle, triste et forte et qu'elles souffrent toutes deux de l'absence.
Aïzan, dont l'imagination est le souffle, va apprendre à vivre dans une nouvelle ville.
Elle aura une soeur imaginaire qu'elle convoque dans le creux de sa main pour partager ces pensées et ses rêves. Petite fille déracinée, elle saura pourtant de rencontres en rencontres, apprendre à aimer, à voir et à connaître le monde, à dérouler aussi toute la tendresse en elle pour la partager avec les autres.
Maryline Desbiolles propose un roman pour enfants d'une grande densité, mêlant la mythologie grecque au destin d'une enfant en devenir.
L'écriture poétique serpente comme une rivière au soleil, arrosant les décors et les personnages très actuels d'une histoire aussi rafraîchissante que touchante.


  • Anouk : Moins qu'une pute - Régis Clinquart - Flammarion, Paris, France - 17/04/2008

Le titre donne le ton, âmes sensibles s'abstenir.
«Moins qu'une pute» est une longue lettre adressée à une femme qui a trompé et quitté l'auteur. La missive est rageuse, pleine d'un venin exemplaire et d'une flamboyante haine. C'est la véhémence du désespoir allié à l'intelligence d'une écriture hoquetante de crachats. On peut parfois rire tant le cri de douleur est grossier et sonore. Mais au fond cette lettre enivrante a peut être le courage qu'il manque parfois dans des ruptures en surface trop proprettes. Passons à «Romance». Voici l'auteur pitbull qui se transforme en un chien quémandant la caresse d'une qui ne veut rien lui donner. On découvre l'ardeur d'un amoureux potentiel ivre de passion et d'érotisme, haletant de désir, fragile comme du cristal. On se demande comment cet homme peut être encore en vie en n'éprouvant que des sentiments aussi forts. L'écriture tambourine et martèle la même force vive que dans la précédente nouvelle.
Le point de vue de régis Clinquart est résumé dans cette phrase extraite du livre : «non, rien ne s'est jamais écrit d'important ou de sincère sur l'amour autrement que sur le mode du combat».
On ferme le livre en ayant l'impression de devoir cracher un bonbon à la mente, impossible à sucer tant il arrache la bouche...


  • Jérôme Peyrelevade : La muette - Chahdortt Djavann - Flammarion, Paris, France - 09/04/2008

Fatemeh a 15 ans. Elle va bientôt être pendue. Du fond de sa cellule, elle écrit ce court récit, pour témoigner. Pas pour que les gens lui pardonnent, mais pour qu'ils comprennent. Le récit d'une jeune fille en sursis, qui vient de connaître en quelques mois les bouleversements de toute une vie. L'amour et la mort réunis. L'amour de sa tante, dont elle conte l'indépendance, l'esprit de résistance. Muette, celle-ci ne cache pas ses opinions dans sa poche. Dans cet Iran tenu par les Mollahs, elle vit tête nue et ose dévoiler ses sentiments à l'homme qu'elle aime, sans se soucier de celui à qui elle est promise, pour ne pas dire vendue. Fatemeh livre ces bouts de vie cachés. Les regards, les caresses, l'amour, la sensualité des corps en désirs, les jeux, les rires, et l'horreur. La violence de certains hommes, la complicité de certaines femmes, et l'abdication ou la mort des innocents.

Un texte dense et sobre, fluide, presque léger malgré la dureté du propos. Des personnages touchants et profonds. Chahdortt Djavann ne sacrifie pas son récit aux artifices sentimentaux qu'auraient pu sous tendre son sujet. C'est une vraie réussite que ce court roman.


A lire les nouvelles d'Anne Brochet, on se sent un peu comme un enfant qui arracherait les pattes d'une mouche une par une pour voir comment elle volerait.
Ainsi, une femme débordante de désir se prépare à rencontrer un homme qui ne bande pas, une autre croit pouvoir se payer un amant accroc qui va lui voler son argent. Une femme abandonnée, une autre obèse, une qui écrase des grillons aussi fort qu'elle méprise son homme. Ces mêmes hommes sont absents, mais leurs petites lâchetés se tricotent au coeur de toutes ces histoires. Des ratages, des obsessions, du sexe énergique mais sans amour, le tout écrit avec beaucoup de précision et d'humour. A nous voir si minables sans nos ailes pour nous envoler, on en aurait presque pitié pour les mouches.


  • Anouk : Tissé par mille - Camille Laurens - Gallimard, Paris, France - 14/03/2008

Les livres peuvent donner matière à réflexion, matière à tisser les sensations à la connaissance.
Camille Laurens choisit ses mots dans un livre aussi sensuel que didactique.
Tissé par mille parle aux sens comme à l'esprit, enchaînant exemples et images pour saisir la justesse du langage et ses multiples emplois.
A la source des mots, on puise parfois avec étonnement un sens caché, retrouvé ou découvert avec bonheur.
Les pages s'enrichissent de mots ni rares, ni savants, et qui donnent le goût de bien lire et aussi de bien dire, avec esprit.
Il n'y a rien de démonstratif dans ce livre, seul un plaisir infini à partager avec l'auteur la finesse et l'agilité de son éloge du «bien dit».


La chanson de Charles Quint relate un évènement majeur dans l'histoire de l'auteur : la disparition de sa femme. Ou plutôt de son amour. De son seul amour. En tous les cas, du seul «amour unique» qu'il connut, dans la multitude de ses amours «morcelés», comme il les définit. C'est aussi son histoire de frère. Une relation fraternelle aux liens profonds, bien que tendus dans leur volonté si farouche d'être aussi différents que deux frères peuvent l'être. La chanson de Charles Quint parle donc d'amour, de sentiment amoureux, et fraternel, amical aussi, filial parfois. D'amour et de mort. D'une vie d'amour dans la mort de l'autre. De vie par-dessus tout, avec ses morts, ses fantômes, ses souvenirs et ses mille regrets, ses illusions et ses millions de petits bonheurs.

Erik Orsenna livre ici le plus intime des souffles. Celui qui forge un homme, et qui le porte.


  • Anouk : Balco atlantico - Jérôme Ferrari - Actes Sud, Arles, France - 07/03/2008

Dès les premières pages de ce roman, on sait qu'il va falloir faire un effort pour atteindre l'essentiel du propos.
Ne pas s'étendre sur l'anecdotique combat des nationalistes corses, la perversité du discours des hommes d'honneur, la mélancolie des soirées au bar, les quelques clichés au rendez-vous.
Au travers le regard d'un narrateur collectionneur de petites culottes et enclin à un cynisme alcoolisé et boudeur, on en apprend un peu plus sur les rêves des gens de l'Île, sur leur espoirs, sur leurs désastres, sur les immigrés rêveurs arrivés sur cette terre.
Tout ce qui compose la population de la Corse forme ce mélange de passions et de mélancolie palpable dans une histoire d'amour dont la genèse est racontée dans ce livre. Les femmes sont soit mère courage, soit madone amoureuse, soit salopes décervelées. Mais l'histoire d'amour est là, universellement au centre de la vie et du livre.
L'écriture est âpre, et provocatrice, l'auteur est peut être un romantique qui s'ignore ? A découvrir.


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