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C'est un curieux djinn qui a du se pencher sur le berceau d'Insa Sané. Le garçon est musicien, comédien, écrivain. Artiste à tout crin et avec quel brio. Un gars qui a du, môme, croquer du Hugo pour la chronique sociale, du Shakespeare pour la dramaturgie et une pointe de Queneau pour les mots.
L'écriture d'Insa Sané est chaloupée et rugueuse, ciselée et cadencée. Le phrasé est poétique et les mots ont la gouaille de Sarcelles. Une écriture qui vous harponne pour ne plus vous lâcher, qui vous entourloupe, obsédante comme une ritournelle, avant de vous laisser à terre, anéanti et comblé.
Sa comédie urbaine (débutée avec Sarcelles-Dakar, puis du Plomb dans le crane, Gueule de bois et aujourd'hui Daddy est mort) est multiple, engagée, foisonnante. Ses personnages, des gamins trop facilement estampillés «jeunes de banlieue», des couards, des barges, des braves, des fleurs de bitume cabossées qui rêvent d'une place au soleil à l'ombre des tours de béton.
Alors si vous n'avez jamais lu un roman d'Insa Sané, vous êtes sacrément en veine parce que ça vous fait quatre romans à dévorer (attention à l'addiction) et un écrivain talentueux à l'extrême à découvrir... alors souriez..."une histoire devrait toujours commencer par un sourire d'au moins trente deux dents. Un sourire comme seule la rue, au coin d'un de ses plis, peut t'en offrir parfois ".
(Et pour la bande son : écoutez Insa Sané et le Soul Slam Band et particulièrement "Immigrés")
Ali est invité à l'anniversaire d'Illa, sauf qu'Illa vient de déménager à l'autre bout du livre et que ce n'est pas franchement la porte à côté. Bien évidemment, le voyage est long et semé d'embûches et de multiples péripéties. Il faut parcourir un désert, grimper sur une montagne, traverser un océan, échapper à un policier mal-embouché qui le trouve mal dessiné et lui demande ses papiers, marcher sur un fil, traverser un cauchemar qui fout les chocottes...mais vaillamment Ali continue son petit bonhomme de chemin.
Chaque page est un chef d'oeuvre où se croisent et s'entrecroisent à l'envie collages, sculptures, peintures signées en vrac : Basquiat, Miro, Calder, Pollock, Matisse, etc. Les détails et les références (toutes citées en fin d'album) fourmillent, les clins d'oeil sont multiples.
Une merveille d'album signée Lionel Léouanic qui éveille la curiosité, vous en met plein les mirettes...une première introduction à l'art, signée d'un coup de maitre.
Et vous voulez savoir si, au final, Ali retrouve Illa ? La réponse est oui, et le plus beau des cadeaux pour Illa c'est Ali, mais dépêchez-vous de tourner la dernière page parce qu'Ali et Illa n'osent pas se faire un bisou devant vous !
Ils sont trois.
Trois rescapés de la guerre d'Espagne, trois combattants antifascistes qui ont laissé leurs illusions sur le fortin de Los Millares en 36.
Ils sont trois. Deux hommes et une femme contre la barbarie du monde qu'Hitler a créé : barbelés, croix gammée et talons claqués et face à eux Mauthausen.
Mauthausen, mille fois mille enfers, où croupit Marco, leur companero. Marco qui porte un prénom sous son matricule, sous son triangle bleu. Vamos ! La peur au ventre mais vamos !
Après l'épatant Un Plat de Sang Andalou, David M Thomas poursuit sa trilogie sur l'iliade des républicains espagnols de fort jolie manière : une écriture virtuose, bouillonnante servie par des dialogues percutants où la rigueur historique n'éclipse jamais la ferveur épique et romanesque. Talentueux !
Herman et Dominique filent le parfait amour.
Ils se promènent le matin, se font couler un bain moussant le soir avant de regarder Thalassa de Georges Pernoud à la télé. Herman et Dominique s'aiment... Sauf que Dominique est une moule, une véritable moule de bouchot domestique.
Bref, Herman et Dominique vivent leur petit quotidien amoureux, peinards jusqu'au jour où Dominique se fait la malle ne laissant qu'un petit message : Je suis partie chercher le pain (et je ne reviens pas)...
Comment Herman se remettra t-il de cette déception amoureuse... A vous de le découvrir à la lecture de ce mini album à l'humour décalé, très décalé... savoureux
«Carrefour était comme l'écume des villes. Tout ce que la mer urbaine n'avait pas englouti était venu s'échouer ici, dans les derniers méandres du Mississipi. Un amas hétéroclite d'anciens ouvriers des raffineries er des puits de pétrole, de paumés qui croyaient poser leurs sacs quelques semaines et qui sont restés accrochés là, de chasseurs d'alligators ratés attendant sans fin les touristes, de familles fuyant les banques et les dettes impayées. Des noirs et des indiens pour la plupart. Carrefour : juste le bout de la course pour des itinéraires tordus.» David est né et a grandi à Carrefour avec une seule perspective : être embauché chez le gros Miles, le garagiste du coin. Alors pour élargir l'horizon de ses possibles, David écrit, partout, tout le temps. Seulement un jour, après s'être fait humilié par un auteur venu dans son lycée à qui il a montré ses textes, David voit surgir sur sa peau des écailles : une chose, une sorte de double créateur s'empare de lui.
Et puis, il y a aussi ces disparitions étranges d'adolescents. Des gosses qui du jour au lendemain ont disparu sans laisser de traces. Des gosses ambitieux, qui se rêvaient peintres, musiciens juste histoire de se tirer de Carrefour.
Un roman fort réussi. Un récit enivrant, troublant, difficile à lâcher, qui oscille dans la moiteur du bayou entre roman noir et fantastique.
Quand on est un humain, il n'y a rien de plus terrible que de se cogner le petit orteil au saut du lit... l'équivalent existe pour les lapins à la différence près que c'est se prendre un gland sur la tronche à peine sorti de son terrier qui met en rogne nos amis à grandes oreilles. Bref, c'est enquiquinant, crispant, agaçant, énervant, EXASPÉRANT ! ! Notre lapin-râleur part donc arroser de jurons (délicieusement mis en image sous forme de pictogrammes) toutes les bestioles qui sont sur son chemin de la plus petite à la plus grosse...mais surgit un minuscule poussin qui lui offre un bouquet de fleurs, bien décidé à ne pas s'en laisser conter (des gros mots à la figure).
Un album à hurler de rire, épatant, court, d'une efficacité jubilatoire. Et promis, si vous vous êtes malencontreusement cogné le petit orteil ce matin, courrez chez votre libraire, une bonne tranche de rigolade vous sauvera votre journée !
De Didier Daeninckx à Ingo Schulze, dix auteurs européens pour dix histoires autour d'un seul thème : le mur. Quelque soit l'histoire, un mur est là et questionne : c'est le mur d'une prison, c'est une frontière dans un bois, c'est le mur de la peur qu'un homme riche finit par ériger en tombe autour de lui.
Dix univers différents pour dénoncer l'absurdité, la violence, la brutalité des ces murs construits à travers le monde (États-Unis, Cisjordanie, Zimbabwe, Afrique du Sud...), symboles de peur, de haine, de discrimination et foutus pieds de nez aux droits de l'homme et à la liberté.
«Je suis beau, je suis beau
Un fait tout simple que j'ai appris.
Je te l'affirme, c'est incroyable
Croiser la mort m'a fait grandir.
Regarde-moi, souris-moi, tu as désormais devant toi Ce prodige que l'on nomme un homme»
Plutôt beau gosse, un peu grande gueule, des allures de méchant garçon, Martin est un adolescent bien dans sa peau qui partage sa vie entre ses copains Matthew le taciturne et Mark le comique et une petite amie apprentie mannequin.
Mais un soir, une rencontre hasardeuse, une course poursuite avec une voiture de police, un accident et Martin se retrouve cloué sur un lit d'hôpital le visage gravement brulé, calciné, défiguré. Comment faire face ?
Entre des amis qui fichent le camp, une petite amie qui embrasse un autre garçon, les regards insistants, méchants ou compatissants ? Martin va devoir apprendre à apprivoiser ce nouveau visage avec l'aide d'un psy aux allures de star du rock et la danse hip-hop comme exutoire, Un roman alerte, vibrant signé par Benjamin Zephaniah, unique poète rastafari titulaire d'une chaire à l'université d'Oxford et de Cambridge - et ça mine de rien, ça vous pose un homme...
Voici Burt.
C'est un drôle d'oiseau orange et aujourd'hui Burt va le faire.
Il s'est préparé. Mentalement.
Physiquement, il a tout vérifié.
Il a évalué les risques. "Allez Burt !"
C'est sûr Burt a quelque peu hésité avant de le faire. Juste un peu. C'est pas que ce soit un froussard Burt mais bon fallait oser quand même... et puis tous ses amis étaient là, ils y croyaient. Alors Burt l'a fait.
Un album minimaliste pour faire un pied de nez rigolard aux petites peurs. Et puis si Burt l'a fait... chacun doit pouvoir oser.
Dans son sac à dos, Ram trimbale une brosse à dents, du dentifrice et du savon. Le tout en modèle réduit, spécial voyage... sauf que Ram ne part pas en voyage.
Ram est un lutin. Un minuscule lutin caché dans un monde trop grand. Un lutin clandestin planqué dans l'immensité de l'aéroport de Roissy. Un lutin sans papiers.
Mais un aéroport c'est pas une maison. Et Ram a appris à jouer les enfants sages, à ne pas se faire remarquer, à faire semblant de partir en voyage pour ne pas se faire embarquer par la police. Heureusement, il y a Ayu, la reine de la soupe géante aux amandes.
Un très joli petit roman, essentiel, à offrir (aux plus jeunes comme aux autres) pour ne pas oublier ces lutins qui ne peuvent aller nulle-part... simplement parce qu'ils n'ont pas de papiers. Des fichus papiers avec des tampons dessus qui donnent le droit de vivre ici.
"Le phénomène social de la xénophobie présent à l'état latent dans toute société humaine ne peut asseoir son empire sur le champ politique que lorsque les élites dirigeantes désignent l'étranger comme un problème." Jerôme Valluy
La création en France en 2007 d'un ministère de l'identité nationale et de l'immigration était-il un simple gadget de campagne éléctorale ? A cette question, chercheurs et spécialistes répondent, montrant que ce ministère est la résultante de l'institutionnalisation d'une xénophobie de gouvernement ancienne, séculaire, qui puise ses racines dans l'histoire coloniale et dans l'émergence des premières politiques anti-migratoires. Une xénophobie qui s'illustre notamment par les traditions de mise à l'écart des populations immigrées à travers l'étude des camps d'étrangers et des foyers de travailleurs migrants.
Un essai érudit, accessible pour apprendre, pour comprendre et contester.
Une cour d'assises. Sur le banc des accusés : Kolia, jeune homme jusque là sans histoire, comparaît pour vol et enlèvement sur mineur de moins de 15 ans. Face à lui : le président et ses assesseurs, les avocats, le procureur, les parents de la victime, les témoins, les experts, les neufs jurés, ses deux soeurs Anna et Léna, accusée, elle, de complicité.
Trois jours de jugement. Trois jours d'audiences, de plaidoiries, de réquisitoires jusqu'à la délibération en enfin le verdict. Trois jours où tous les protagonistes prennent la parole, mêlent leurs voix, commentent l'avancée du procès, livrent leurs sentiments, des bouts de leur vie, leurs opinions, leurs émotions, leurs doutes et leurs troubles.
Trois jours plongés au coeur d'un procès.
Trois jours pour se forger une intime conviction.
Un roman noir implacable, impeccable, captivant.
C'est dans les bas-fonds du Pyrée des années 30 que nous entraîne David prudhomme, là où résonne le rébétiko, cette musique populaire, sociale, contestataire née au XIXe siècle qui chante la douleur de l'exil, la mélancolie, les nuits de débauche et les femmes. Du blues mâtiné aux accents des bouzoukis et des baglamas, joué par des marginaux déracinés, frères d'infortune : les rebètes. Mais sous la dictature du général Metaxas ces traines savates chantants dérangeaient.
Un album magistral.
Et n'en déplaise aux dictateurs rabats joies mais on y goûte avec délice au charme vénéneux de ces cloaques malfamés, on s'y étourdit, on s'y enivre à l'envie en compagnie de ces maestri, ces canailles virtuoses, charmeurs, buveurs, fumeurs de haschich, voyous libertaires avides de tous les plaisirs, des artistes prêts à se damner (et nous avec) pour quelques cordes pincées sur un bouzouki... et ce jusqu'au bout de la nuit.
Marseille, années 50 : des bateaux rentrent d'Indochine où la guerre s'est mal terminée pour la France. D'autres se préparent pour l'Algérie où la guerre d'indépendance commence... Salam et Lucie nés de parents sénégalais, autre pays colonisé par la France, apprennent l'histoire de France "Nos ancêtres les gaulois vivaient dans des huttes en bois. Alors Ousmane, leur père, se fâche et leur raconte l'histoire de Sarraounia qui au début du XXe siècle pris les armes pour repousser l'armée française au Tchad.
Un premier tome sur une page sombre et sensible de l'histoire française, celle de la colonisation. Un album magnifique, essentiel qui titille l'intelligence et l'esprit critique des enfants (si, si ! je vous jure ils en ont... souvent même plus que certaines grandes personnes...) signé par Didier Daeninckx qui s'attache depuis des années à raccommoder les trous de mémoire (fichu boulot...) sinon : "en oubliant notre passé on se condamne à le revivre"...
Dans le troquet de David Merveille, on bat la mesure. Chacun son tour, chacun son style, il suffit juste de presser le bouton du juke-box pour que s'en échappe hip-hop, musettes, blues, disco... des cadences endiablées du punk aux douces mélodies de musique de chambre à chacun son goût, à chacun sa rengaine.
Un petit album drôlement chouette et pour ma pomme un zeste de miss Aretha Franklin (Dr Feelgood), un soupçon de Gogol Bordelo (Wonderlust king), une pincée de Boby Lapointe (ça va ça vient)... et une lichette de Ricchi & Poveri (Sara perche ti amo)... parce que comme le dit Bernard la musique est un cri qui vient de l'intérieur...
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