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Rita jeune norvégienne débarque à new-York en 1964 et Rita a le coeur qui bat la chamade au rythme de la Toccata et fugue en ré mineur pour son amoureux accordéoniste sur les toits de Brooklyn.
New-York, les années 60, le rêve américain... Mais elle le sait Rita que Disney a du plomb dans l'aile et du souci à se faire.
Elle le sait, Rita, qu'au Viêt-Nam où l'US Army bombarde les rizières au napalm, les guerriers ne sont plus ni des héros, ni des gentils comme dans Our Nation at War.
Elle le sait, Rita qu'il est bizarre que la police abatte un garçon noir de 15 ans à Harlem au nom de la légitime défense.
Elle grandit Rita... elle vit, elle prend conscience du monde qui l'entoure et son histoire, ses amours, son enfant, ses rêves et ses désillusions, s'imbrique dans l'Histoire où Malcom X, Frantz Fanon, Martin Luther King, les Beatles, Harry Belafonte et Mohamed Ali font entendre leur voix.
Un roman engagé où l'écriture écorchée d'Unni Nielsen colle à merveille avec les chaos de l'histoire des États-Unis dans les années 60. Et comme le rappelle l'auteur "elles ne sont pas rien que de l'Histoire ces années bizarroïdes d'avant 1968..."
"J'avais tant rêvé de Paris que je craignais d'être déçu en y arrivant. La vie était dure aux exilés, comme partout, mais la ville était douce. J'avais l'impression d'être un mot qui a enfin trouvé un poème"
Les oiseaux ont des ailes, les enfants ont des livres. Et les mômes sont bougrement chanceux quand ce sont Didier Daeninckx et Laurent Corvaisier qui leur racontent une histoire. Celle d'une vie hors du commun, celle de Missak Manouchian, jeune poète arménien, qui en 1943 décide avec ses compagnons, tous issus de l'immigration, de se battre pour libérer la France, le pays qui les a accueilli, de la barbarie nazie.
Un album magnifique.
Alors oui, les mômes sont de sacrés veinards mais que les grandes personnes (parfois grincheuses) ne se privent surtout pas de cette lecture afin de ne pas oublier ces immigrés résistants qui ont donné leur vie pour libérer la France de l'occupation nazie.
Et coup de bol... Didier Daeninckx sort en même temps un autre album tout aussi chouette : Nos ancêtres les pygmées, premier tome sur l'une des pages noires de l'histoire de France : la colonisation.
Almeria, 1936.
Ils sont là. Anarchistes, communistes, socialistes, catalans, andalous ou castillans, prêts à en découdre avec l'armée franquiste, prêts à défendre coûte que coûte ce petit port andalou. Parmi eux, Dartmann, l'allemand anti-fasciste, Marco, le déserteur italien, Ieuan, le fils de docker londonien, Solena la guerillera et enfin Le Jefe...
Malgré la débâcle inéluctable, l'indifférence et l'inertie des démocraties européennes, le petit peuple d'Almeria est debout, sans casque, sur le fortin de Los Millares tel le dernier des mohicans. Fuego !
Un étonnant premier roman, premier tome d'une trilogie. Une écriture cousue main, des dialogues virtuoses, ciselés, des personnages bouillants, terriblement vivants.
Ce plat de sang andalou se dévore (férocement) et rend hommage à l'insoumission du peuple d'Almeria.
"Volveremos. Aucun point d'exclamation. Une simple affirmation, une promesse. On reviendra"
Quand un lapin coeur-à-prendre rencontre une lapine solitaire chabadabada chabadabada... sauf que l'embrouille avec les lapins c'est qu'on passe en rien de temps de 2 à 3, puis à 4, puis à 8... bref on se trouve très vite confronté à un sérieux problème de démographie à longues oreilles !
Un album délicieux, original, décapant, jubilatoire avec une vraie surprise à la fin.
(Et puis mine de rien on y apprend que Fibonacci est un mathématicien célèbre du 13e siècle qui a résolu un drôle de problème... le truc idéal pour frimer en cour de récré...)
Issu d'une génération sacrifiée, de celles qui veulent tout déglinguer pour se réinventer, Malek, 21 ans, rêve sa vie en technicolor avec pour décor Central Park et Broadway et s'embarque pour la grosse pomme histoire d'y étudier le cinéma. Seulement, voilà on est en 2003 et depuis 2 ans la chasse aux sorcières a méchamment repris son envol au pays du magicien d'Oz. Dur atterrissage pour Malek, des cow-boys déguisés en douaniers lui piétinent son rêve à sa descente d'avion. Il se croyait français, il est arabe, musulman, fanatique, terroriste...
Un premier roman poignant porté par une écriture brillante qui cogne, qui cingle, un uppercut.
L'aîné des frères Grinche n'a plus que neuf doigts de pied. Soit disant que l'aîné des frères Grinche s'est fait mordre le petit orteil du pied droit. Soit disant aussi qu'il nagera de travers avec un orteil en moins. La faute à qui ? A l'iguane que la voisine Manola, originaire du Mexique, élève dans sa baignoire... enfin c'est ce que voudrait faire croire le père Grinche, prêt à inventer les histoires les plus tordues parce qu'on est forcément louche quand on n'est pas né ici. Seulement, Dimitri, lui est bien décidé à tordre le cou à tous ces ragots, ces préjugés, bref à toutes ces idées "moisies", celles qui sentent le renfermé parce qu'elles sont restées dans la tête de quelqu'un de fermé, au lieu de prendre l'air avec les idées des autres.
Un p'tit roman très chouette et plutôt salutaire...
Deux p'tits gars en pyjama, au fond de leur lit, se moquent copieusement des filles : elles sont ennuyeuses à toujours coiffer leur poupée et en plus elles dorment avec tous leurs doudous parce qu'en vrai les filles c'est rien que des trouillardes ! Sûr ! Elles ont même peur des fantômes... Des fantômes... euh mais les fantômes ça existe pas pour de vrai si ? Pris de doute, nos deux p'tits mecs, un rien froussards, courent se réfugier en compagnie d'une armada de doudous dans le lit... d'une petite fille...
Un album très rigolo. Les personnages de Manuela Olten avec leurs bouilles rigolardes sont si expressives qu'on se prend au jeu de rigoler nous aussi au diapason avec les deux garçons. Un seul regret : on trouverait drôlement chouette que Manuela Olten récidive avec les filles cette fois-ci...
" Les profs et les patrons cherchaient à nous faire croire que la vie c'est du chacun pour soi, que l'amitié c'est bon pour les loisirs. Mais être seul ce n'est pas naturel, ça gâte la jugeotte. Ceux qui tiennent les ficelles (et qui savent très bien, eux, se serrer les coudes autour du gâteau) ils font exprès de fabriquer de la solitude pour la bonne raison que les gens seuls travaillent davantage parce qu'ils s'ennuient et dépensent plus parce qu'ils ne partagent rien"
A Marseille, quatre apprentis mécaniciens étouffent dans leur LEP ("pour lire et écrire il faut rester assis ça c'est une loi de la nature, et nous, si on s'étaient échoués dans la mécanique, c'est qu'être assis on en avait vite plein les fesses. On n'était pas plus bêtes que les autres mais impossible de domestiquer notre derrière") et décident de se faire la malle au volant d'une BMW volée. Un souffle de liberté pour nos quatre héros. Libertaires à leur manière, bouillants et brouillons. Mais pour les fâcheux qui n'y verraient que des sauvageons irresponsables... trop fastoche ! ! Loin d'être idiots ces quatre-là nous livrent leur regard aussi juste que décapant et un tantinet acide sur la société et la bêtise humaine.
Une folle équipée aux allures de cavale à l'issue quelque peu fatale, portée par une écriture alerte et drolatique. On rit souvent, on réfléchit beaucoup, une lecture savoureuse...
Bibi est un petit loup plutôt vorace.
Un insatiable goinfre prêt à tout dévorer et pas question de partager. Face à une ribambelle de salades vertes, de haricots mange-tout ou de pommes, notre sacré morfal n'écoute que son ventre et invente un tas de stratagème (un ogre, un géant poilu ou encore un colosse vert) pour faire fuir ses amis histoire de tout s'empiffrer.
Après ce repas pantagruélique quoi de mieux qu'une bonne sieste digestive ! Seulement notre glouton va se retrouver nez à nez avec un ogre géant poilu prêt à n'en faire qu'une bouchée. Mais un égoïste c'est pas très tendre sous la dent.
L'ayant échappée belle, Bibi va planter une pomme qui, devenue arbre, va donner des fruits et il invite ses amis. Tout est bien qui finit bien... Pas sûr quand vous êtes 4 copains pour 3 pommes.
Un très chouette album pour expliquer aux plus petits que la vie c'est pas toujours tout pour Bibi !
"Si le racisme est difficile à combattre, c'est probablement qu'il a des racines beaucoup plus profondes que la simple ignorance ou la perversité dominatrice".
William Wilson
Océan noir c'est l'histoire du peuple noir du XVe siècle à aujourd'hui et des liens tourmentés et complexes qui unissent trois continents : l'Afrique, l'Europe et l'Amérique. Issu de ce métissage, William Wilson, artiste plasticien né d'une mère française et d'un père togolais, nous livre chaque moment clé de cette histoire, de l'esclavage à l'indépendance, en passant par la colonisation et les combats contre la ségrégation à travers un texte et 18 tentures réalisées selon l'art traditionnel béninois.
Océan noir est un objet curieux et unique, un livre atypique et magnifique à mettre entre toutes les mains. Et chacun, africain, américain ou européen de s'interroger sur les traces de ce passé loin d'être révolu puisqu'il détient les clés de notre compréhension du présent. Un album placé sous le signe Sankofa : "retourne-toi et prends", autrement dit "apprends du passé"
Par ailleurs, les tentures réalisées pour ce livre sont présentées à la galerie Philippe Lawson (Paris VIe) jusqu'au 23 mai et devraient voyager (on l'espère) en province.
"Pit Totem regarde dans son miroir le temps qui passe. Maintenant il a un fils : Pat. Il est excellent au rugby, en histoire de France et en histoires drôles. Pat sait même compter jusqu'à cinq en wolof""
La famille Totem c'est un clan, une clique, une smala. Ils vivent ici, ils viennent de là ou d'ailleurs. A chacun ses racines, ses amours, ses talents, ses peines, ses rêves.
Une grande tribu universelle qui parle toutes les langues norvégien, kabyle, indi), des prénoms multiples (Sanjit, Virginie, Arturo), des origines diverses mais chacun est unique. Mince alors ! y'a pas que les gens célèbres qui méritent l'intérêt. Tous ces gens (extra)ordinaires imaginés par Alain Serres, Laurent Corvaisier leur a tiré le portrait en les peignant sur de grandes planches de bois. Et chouette nouvelle la famille Totem n'en finit pas de grandir : deux albums sont parus, deux albums emprunts d'humanité et de tendresse.
(Eh psst ! Messieurs Corvaisier et Serres à quand le prochain faire-part de naissance ?)
D'accord notre petit homme ne répond pas aux critères du parfait rugbyman, à savoir un caractère bien trempé, une musculature développée, un courage indomptable mais qu'importe ! Bien décidé à tâter du cuir le voilà parti en goguette à la recherche d'un adversaire de taille...
Un album minimaliste et rigolo pour amateur-trice de ballon ovale. Viril soit, mais que cela reste correct !
Cinq enfants miséreux, la fringale au ventre et grelottant de froid, collent leur museau à la grille d'un soupirail et regardent avec envie le boulanger faire son pain et rêvent d'un monde meilleur. C'était en 1870 et un jeune adolescent de 15 ans, déjà poète, déjà révolté, dénonce la misère. Il s'appelle Arthur Rimbaud.
Un album très réussi, un poème à (re)découvrir mis en image par Lauranne Quentric qui retransmet avec un talent certain toute l'actualité de ce texte... des enfant meurent sous les tirs de roquettes, crèvent la faim dans des bidonvilles, sont expulsés du pays des boulangers...
Un premier oiseau se perche sur un fil électrique, puis un deuxième qui le salue, puis un troisième... Un à un les piafs se saluent d'un banal mais néanmoins cordial Salut ! Mais quand le dixième est une oiselle... c'est une autre chanson ! Les moineaux se font beaux parleurs, fanfaronnent, cabotinent et piaillent à qui mieux-mieux : "Vous nichez chez vos parents ?", "C'est quoi votre p'tit nom ?", "J'vous offre un verre de terre ?"... de vrais jacteurs ! Seulement la demoiselle moinelle est un tantinet crâneuse et elle en a vu d'autres... gare à la chute !
Un album farceur pour apprendre à compter jusqu'à 10 (sans oublier le zéro !)
Lili c'est une cogneuse, une castagneuse.
Une phrase de trop, un regard de travers et les coups fusent. Ceux qui lui cherchent des noises en sont pour leur frais, elle leur poli la tronche à coup de châtaignes. Lili c'est une dure à cuire, une terreur des cours de récré.
Il y a pourtant quelqu'un qu'elle aime bien : son grand-père, un ancien coco qui a mangé sa carte. Lui ce qui l'intéresse c'est la politique mais la politique c'est un tantinet compliqué à expliquer à une môme de cm2 (coco, c'est le mari de la cocotte, non ? genre une ancienne poule transformée en coq et on l'appelle coco). Pourtant ça l'intéresse la politique, Lili, parce que c'est des histoires de bagarre. Comme cette histoire avec Aslan, le nouveau de la classe qu'on veut renvoyer dans son pays la Tchétchénie... et Lili comprend qu'il faut avoir des raisons pour se battre plutôt que se battre pour avoir raison. Et puis comme l'explique le grand-père : la violence elle peut être dans les mots. Ca peut faire plus mal que les poings, il faut juste savoir maîtriser son arme pour être efficace.
Un très, très chouette roman, histoire d'aborder avec intelligence et humour, la violence, l'engagement, la politique...
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