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Bienvenue à Knockemstiff, petite ville perdue au coeur des États-Unis. Son unique station-service-supérette, ses serpents, ses rochers, le soleil. Rien à faire. Les jeunes qui dévient, manque d'envie, manque d'espoir, l'ennui. Les parents, les adultes, ont quitté le "droit chemin" depuis longtemps, s'engageant sur les voies sinueuses de l'alcool, la violence, le sexe, l'inceste. Chaque maison cache une histoire et c'est chacune de ces histoires que Donald Ray Pollock nous livre ici, brute, sans compassion ni misérabilisme, sans concession non plus. Une grande voix de la littérature américaine à découvrir !
Nous retrouvons dans ce roman le portrait d'une famille Sarde assez atypique. La mère est un être errant dans les méandres d'un inconscient perturbé, décalée par rapport au monde qui l'entoure. La tante enchaine relations stériles sur relations stériles, amours sans lendemain mais gardant toujours l'espoir de fonder une famille. Le frère est un être absent, absent au monde, ne prenant la parole que pour évoquer la musique, le piano, son seul refuge. Un père toujours aux quatre coins du monde, mission humanitaire, préférant sauver les autres plutôt que sa propre famille. Et il y a enfin la narratrice, une jeune fille qui porte un regard doux-amer sur les membres de sa famille et entretient une relation sado-masochiste avec un homme marié.
Malgré la pesanteur des thèmes abordés dans le roman : religion, suicide, sexualité... on ne peut s'empêcher de ressentir une sensation de légèreté à la lecture de ce roman, c'est là que réside le talent incontestable de Milena Agus.
Victoria est une jeune fille noire dont la mère est malade, elle s'en occupe jour et nuit jusqu'au jour où celle-ci décède. Elle garde en mémoire le souvenir d'une nuit passée chez une riche famille blanche : les Staveney. Souvenir oscillant entre le rêve et le cauchemar, mais assez perturbant pour que des années plus tard, retombant sur la maison de cette famille, elle décide de s'y intéresser un peu plus. Devenue une belle jeune fille, elle fait la rencontre du fils cadet des Staveney, Thomas, dans la boutique de disque où elle travaille. Ils vont entamer une relation qui ne durera qu'un été mais qui ne restera pas stériles puisque Victoria tombe enceinte. Elle se sépare cependant de Thomas sans lui annoncer sa grossesse. Ce n'est que 6 ans plus tard, un mariage soldé par un deuil, un second enfant, usée par des années de précarité, que Victoria se décide à dévoiler sa paternité à Thomas. La famille Staveney le prend plutôt bien et décide de s'investir dans la vie de cette enfant, en lui offrant notamment l'éducation que sa mère n'aurait pas pu lui offrir.
Sous une apparente simplicité, Doris Lessing nous amène à nouveau à réfléchir sur les questions qui la hantent : celles du racisme et de l'injustice de naître noir, encore aujourd'hui.
Ce livre raconte les vies brisées, les hasards, les coïncidences, les rencontres, la vie en général mais des vies teintées de couleurs particulières. Il y a Matias, chauffeur de taxi qui vient de perdre sa femme d'un cancer fulgurant, et qui ne travaille désormais que la nuit, dort le jour dans une maison en travaux, à même le sol avec deux chiens hideux, inconsolable de la perte de sa femme il décide d'enlever le médecin qui n'a pas su diagnostiquer à temps ce cancer. Le médecin, Daniel, est un homme qui se rend compte que sa vie est un désastre. Il ne communique plus avec sa femme, qui passe son temps à l'humilier et à le haïr, depuis longtemps, sans se résoudre à la quitter. Son métier, médecin urgentiste, ne le passionne plus, il le fait de manière mécanique. Il trouve le réconfort dans le virtuel avec son avatar dans Second Life. Cerveau est une ancienne scientifique que la vie a brisée et qui passe désormais ses nuits réfugiée dans un bar et plus particulièrement dans l'alcool. Et enfin, il y a Fatma, prostituée africaine, que le destin n'a pas épargnée et qui tente de se séparer d'un maquereau dictateur et violent. De ces portraits des plus noirs, Rosa Montero arrive on ne sait comment à tirer une histoire pleine d'espoirs, de rencontres, de moments tendres et drôle à mi-chemin entre la fable et le conte philosophique. Une ode à la vie, la vie telle qu'elle est avec ses parts d'ombres et de lumière. Tout simplement.
Bunny Munro est vendeur en produit de beauté, obsédé sexuel, alcoolique, drogué. Voilà le portrait haut en couleurs du dernier roman très attendu de Nick Cave. Cependant, derrière tous ces travers se cache un homme fragile, un homme traumatisé, qui doute. Ces deux aspects (flamboyant et obscur) de sa personnalité vont s'affronter tout au long de ce roman passionnant.
Tout commence lors d'une partie de jambe en l'air dans un motel, Bunny reçoit un coup de fil de sa femme en pleine crise d'angoisse. Le lendemain, en rentrant chez lui il la retrouve pendue dans la chambre. La douche est froide, la fuite s'impose. Il embarque son fils, Bunny junior, enfant intelligent accroché à son encyclopédie et admirant son père comme un dieu vivant, pour quelques jours de vente à domicile de produits de beauté. Croyant fuir ses responsabilités et la réalité en s'éloignant de chez lui, il y sera confronté à chaque instant, jusqu'au dénouement tragique.
C'est un magnifique roman sur les relations père / fils dans un univers à la fois coloré et sombre, propre à Nick Cave, univers que l'on trouve déjà dans ses chansons.
C'est avec une intelligence rare et la juste émotion suscitée par ce moment, que Laurent Seksik nous relate dans ce roman, à mi-chemin entre le réel et la fiction, les derniers mois de la vie de ce génie des lettres allemandes : Stefan Zweig. Nous quittons New-York pour nous rendre dans sa dernière demeure à Petropolis, au Brésil, accompagnée de sa secrétaire, épousée en seconde noce, Lotte, jeune femme à la santé fragile mais dont l'amour fut assez fort pour suivre son mari dans la mort. A travers une sorte de journal, nous vivons avec l'auteur ses doutes, ses espoirs puis son effondrement face aux nouvelles qui lui arrivent d'Europe : ses amis morts, l'horreur et la barbarie qui s'étendent, les juifs déplacés, torturés, tués... Et les souvenirs. Ceux d'une Vienne flamboyante, riche d'idées, d'utopies, de conversations, de lettres, de livres (de chef d'oeuvres). Même si l'on connait l'histoire, ou plutôt l'Histoire, Laurent Seksik arrive à nous emporter avec lui dans les méandres de la conscience de Zweig à l'aurore de cette vie au dénouement tragique.
Allemagne, 1945. Maria Liedmann vient de perdre son petit garçon de 3 ans, Gregor, dans un bombardement. Elle rejoint une colonne de réfugiés et retrouve son père Emil. La voyant dévastée par cette perte il décide de tout faire pour lui redonner le moral. C'est alors que dans la population fuyante il trouve un orphelin. Il "l'offre" à Maria, lui faisant promettre de ne jamais rien dévoiler à personne, ce petit garçon sera désormais Gregor, pour tout le monde. Cependant, durant toute sa vie, Gregor est hanté par des souvenirs qu'il ne comprend et cette impression constante qu'il n'est pas celui qu'on voudrait qu'il soit. Il a bien reçu quelques indices de son oncle Max mourant, mais ne sait comment les interpréter. Comment construire sa vie, son identité, se construire, quand on sait qu'on n'est pas à sa place mais que l'on a aucune preuve ? La vie de Gregor sera pleine d'errances, de fuites, de questionnements, qui influeront malgré lui sur ses relations avec son fils, sa femme, ses amis. Magnifique roman des origines, de la quête de soi. Qu'est-ce qui constitue une identité ? Qu'est-ce qui nous définit ? Ce que l'on détermine pour nous ou ce que nous décidons d'être ?
Voici un ouvrage dont on ne sort pas indemne, un roman qui malmène le lecteur tant par le sujet que par la forme, un livre dont on ne peut cependant se détacher et qui amène à réfléchir. L'histoire principale est celle d'Ismaël Kidder dont la fille a été enlevée, violée et tuée. Cet évènement d'une extrême violence va le bouleverser. Il va alors enlever le premier "suspect idéal", le torturer et le tuer. Néanmoins si cette histoire est la base du roman, elle est loin d'en être le seul élément, dans ce livre on trouve aussi les réflexions d'un homme en colère contre un système politique et judiciaire défaillant, inhumain, cruel ; des réflexions philosophique sur la place de l'homme dans le monde, des réflexions linguistiques, des jeux de mots poétiques et même quelques dessins. Un livre décousu, voire déconstruit, à l'image de cet homme qui a tout perdu. Fort et déstabilisant !
1950, Corée du Sud ; 1959, Virginie occidentale. Deux époques. Quatre personnages. Quatre voix. Il y a Leavitt, le soldat qui agonise au front parmi une foule de réfugiés coréens. Sa fille, Lark, une jeune femme généreuse et courageuse qui s'occupe à plein temps et avec patience de son petit frère, Termite, handicapé moteur, mental, et presque aveugle. Tous deux ont été adoptés par leur tante, Nonnie, femme forte, aimante avec une histoire hors du commun pour une femme américaine des années 50. Avec des parcours, des histoires pareilles, on pourrait s'attendre à quelques chose de larmoyant. Hors Jayne Anne Phillips nous offre ici un roman très poétique, où chaque sens a une voix propre, parfois dur, parfois tendre, magnifique. "Taillé comme un diamant, avec la même authenticité abrupte et des éclairs de lumière" d'après Alice Munro, je ne peux qu'être d'accord avec elle !
"Un soupçon légitime" est une petite perle retrouvée, un "inédit". C'est un court roman ou une longue nouvelle, genre habituel chez Zweig, qui raconte l'histoire d'un homme, John Limpley, expansif dans tout ce qu'il est, vit et ressent. Il s'installe dans la campagne anglaise avec sa femme, par opposition très calme voire effacée. Cette attitude exacerbée va peu à peu agacer les voisins avec qui il a noué des liens d'amitié. Pensant l'apaiser, ou du moins canaliser cette énergie ils vont lui offrir un chien, Ponto. Adulé par John, le molosse se transforme en tyran jusqu'au jour où l'amour inconditionnel que son maître lui voue est détourné et porté sur son enfant à naître. Nous avons là tous les éléments d'un drame annoncé. La brièveté du récit rend la tension encore plus palpable. Zweig nous offre encore dans ce roman une analyse psychologique fine de ses personnages au service d'une intrigue qui met en lumière les conséquences dramatiques que peuvent avoir l'obsession et l'exacerbation des sentiments. Une vraie friandise à déguster sans modération.
Nathan Zuckerman est de retour ! ! ! Pour notre plus grande joie. Il s'est retiré onze ans à la campagne, a eu un cancer de la prostate qui l'a laissé impuissant et incontinent. Pour subir une intervention il se rend à New-York où il croise Amy Belette, la dernière maîtresse, la muse de Lonoff, son mentor. Il décide alors de revenir dans le monde des "vivants" et d'échanger avec un jeune couple d'auteurs, sa maison de campagne contre un appartement à New-York. Un coup de foudre pour la jeune femme de ce couple, Jamie, ne fera que le renvoyer à sa déchéance. Tous les thèmes chers à Roth sont à nouveau réunis dans ce roman : la maladie, les juifs, l'écriture, les auteurs et un certain regard sur le monde actuel qui ne manque pas de piquant. Un vrai délice !
Un ouvrage magnifique et émouvant comme il y en a peu. La faille, la fêlure, le grain de sable qui vient enrayer la routine calme et reposante d'une vie reculée et bouscule tout transformant un homme sain et sage un être assoiffé de vengeance. Ce déclic peut paraître anodin pourtant : le chien du héros se fait tuer par des chasseurs. Dès lors quelque chose se brise en Julius qui ne pense plus qu'à une chose : retrouver les assassins. Des sentiments poussés à leurs paroxysmes dans le calme et la tranquillité des bois enneigés. L'auteur sonde comme peu d'écrivain l'âme humaine avec habilité. Un roman original qui mérite vraiment d'être découvert.
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